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Assainir le village de Tamarin
Dominique Dubois, 31 ans, aime le rouge qui est la couleur tendance du moment. Chez cette jeune femme qui apparaît et disparaît comme un tourbillon, cette couleur prédomine non seulement dans sa tenue vestimentaire mais jusqu?à la racine de ses cheveux. En effet, sa tête est parsemée de mèches rouges.
L?autre caractéristique de cette jeune femme est qu?elle est increvable. Elle enchaîne rendez-vous sur rendez-vous, déjeuner professionnel et interview avec le même entrain, avant d?aller vaquer, toujours au pas de course, à d?autres occupations qu?elle juge importantes. Elle reconnaît qu?elle a du mal à s?arrêter.
«Je fais tout en trop», dit-elle en riant.
Mariée à Nicolas Dubois, elle est la mère du petit Thomas qui a autant le sens de la répartie que sa maman car il précise à chaque fois qu?on le lui demande qu?il est âgé de «cinq ans trois quarts».
Depuis qu?elle raisonne, Dominique sait qu?elle peut se dépasser dans l?argumentaire de vente. Avec du recul, elle est pourtant incapable de dire pourquoi. «Je l?ignore mais depuis toujours, je sais que je suis faite pour ça.» Toujours est-il que c?est pour cette raison que cette Curepipienne francophone ? la sonnerie de son téléphone portable est «La Marseillaise» ? a opté pour un baccalauréat gestion, marketing et vente au Lycée Labourdonnais.
Et c?est délibérément qu?elle n?a pas voulu faire des études supérieures. La première raison est qu?elle avait déjà rencontré l?homme de sa vie qu?elle a épousé, il y a dix ans. La seconde étant qu?elle estimait qu?il y avait suffisamment de filières d?études à Maurice. Elle a d?ailleurs suivi une multitude de formations, notamment un Brevet de technicien supérieur en force de vente auprès de l?Alliance française.
Se sentant fin prête à prendre d?assaut les clients, Dominique s?est fait embaucher comme déléguée médicale auprès de Medical Trading. Les produits pharmaceutiques qu?elle représente alors sont destinés à la médecine interne et ses vis-à-vis sont des généralistes et des spécialistes du public comme du privé. Dominique tient à connaître ses produits sur le bout de ses doigts. De ce fait, elle suit de près toutes les recherches du laboratoire français qu?elle représente. Si elle quitte cette filiale d?Ireland Blyth, c?est non seulement parce qu?elle a eu une meilleure offre de Unicorn Trading mais aussi parce qu?elle a du mal à lutter contre l?invasion des médicaments génériques qui sont moins coûteux que les originaux. «On aura beau être une des meilleures vendeuses au monde, avoir le meilleur produit qui soit, à la fin de la journée, le prix compte pour beaucoup», explique-t-elle.
Chez Unicorn Trading, elle est chargée de représenter un laboratoire de lait infantile dont les bénéfices seraient quasi-similaires au lait maternel. «à part une grève de la faim chez les nourrissons, je ne vois pas comment ce produit pourrait ne pas se vendre», affirme-t-elle en rigolant, tout en reconnaissant que rien ne remplace le lait maternel. «C?est bien vrai que l?allaitement demeure ce qu?il y a de meilleur pour le nourrisson mais il faut aussi composer avec la réalité des femmes actives. Beaucoup doivent reprendre le travail et n?ont pas les moyens de poursuivre l?allaitement. Il faut donc en tenir compte».
Vivant à Tamarin depuis son mariage, Dominique ne se serait pas intéressée outre mesure à la vie de son village si sa maison n?avait pas été cambriolée l?an dernier. «Ayant un sens critique très aigu, je me contentais de critiquer ce qui n?allait pas dans le village. Lorsque nous avons été cambriolés, nous avons beaucoup misé sur l?enquête policière. Celle-ci n?a rien donné. J?ai trouvé inadmissible de ne pas avoir aucune piste.»
<B>Organiser des campagnes de sensibilisation</B>
Frustrés, elle et son mari décident de remonter la hiérarchie et d?interroger les policiers ayant la responsabilité du district de Rivière-Noire. Au cours d?une de ces rencontres, elle croise un sergent de la Crime Prevention Unit qui lui suggère, vu le nombre croissant de cambriolages à Tamarin, d?organiser des campagnes de sensibilisation pour les habitants.
Dominique ne se le fait pas dire deux fois et anime des réunions à domicile. Y assistent aussi des conseillers de village qui sont impressionnés par sa forte personnalité et son désir de conscientiser. Parmi eux se trouve Ezra Jhuboo, un de ses amis de lycée. à l?approche des élections villageoises, ce dernier lui demande de se joindre à l?équipe qui posera sa candidature sous l?appellation Piment Rouge.
Après mûres réflexions et consultations avec les siens, elle accepte. L?exercice de porte-à-porte dans lequel elle s?embarque subséquemment pour les besoins des élections lui fait réaliser que les Tamarinois mettent, «à tort», une coloration politique sur les partis en lice pour les villageoises. Tout comme elle prend aussi la pleine mesure de la pauvreté chez de nombreux habitants du village.
Dominique mène campagne avec la même fougue qui l?anime habituellement et au décompte final, Piment Rouge est élu en tête de liste. La présidence du conseil lui est confiée. Elle accepte en se disant que critiquer, c?est bien mais qu?agir, c?est encore mieux. Et contrairement à la pratique établie, elle verse les honoraires du président, soit Rs 2 900 et des poussières, sur un compte destiné aux urgences pour le village.
Sous sa direction, le conseil de village subventionne les frais des adhérents de la garderie Paille en Queue qui veille aux destinées d?une trentaine d?enfants issus de milieux défavorisés. «Nous aurions bien voulu pouvoir leur offrir un repas chaud mais nous n?avons pas encore les moyens de le faire. C?est terrible de voir des bébés de six mois être nourris avec du lait pour adultes, de constater que des enfants mangent au quotidien des nouilles express ou les aliments épicés que mangent leurs parents. Heureusement que dans une certaine mesure, nous bénéficions de l?aide du secteur privé.»
<B>Budget trop limité pour les conseils de village</B>
Dominique qui ne peut s?empêcher de pester quand les choses ne vont pas dans son sens, s?insurge contre les lenteurs administratives et en particulier contre un dossier qui traîne. Le conseil de village essaie en effet de faire en sorte que le ministère de tutelle ordonne le déplacement d?un socle avec divinité, installé sur la plage publique de Tamarin et qui se révèle un obstacle pour la mise à sec des embarcations en période cyclonique. «J?ai téléphoné à plusieurs ministres et aux députés de la région. Tous trouvent cela inimaginable mais rien n?est fait. En attendant, les Tamarinois pensent qu?à notre tour, nous tolérons cette situation.»
Elle a également appris, à ses dépens, que ses administrés ont la critique facile. Le conseil a fait nommer les rues du village d?après des animaux marins. Ce qui n?est pas au goût de certains qui l?ont fait savoir haut et fort. N?ayant pas sa langue dans sa poche, elle leur réplique qu?ils n?ont qu?à siéger à sa place !
La limitation du budget alloué aux conseils de villages ne permet pas l?exécution de grands projets. «Nous ne faisons que du rafistolage des rues alors que ce qu?il faudrait, c?est de l?asphaltage.» Elle espère pouvoir faire asphalter toutes les routes qui en ont besoin dans le village, en particulier celles des morcellements La Tourelle et Corail dont les nids de poule ne sont pas sans rappeler «des cratères», assure-t-elle.
Croit-elle pouvoir y parvenir avant la fin de son mandat? «Je continuerai à lutter avec l?appui de parrains. Je crois qu?il est possible d?apporter des améliorations mais davantage avec l?apport du secteur privé car le conseil de district et celui du village ne disposent pas de suffisamment de moyens.»
Bien que les réunions du conseil n?aient lieu qu?une fois tous les trois mois, Dominique qui ne fait pas les choses à moitié, n?est pas sûre de conserver la présidence car elle pèse lourd sur la vie familiale. Tout comme à ses yeux, cette entrée en matière ne va pas la mener droit vers l?arène politique. «Faire de la politique ne m?intéresse pas. Et puis, c?est une question de disponibilité que je n?ai pas». Il ne faut jamais dire «Fontaine? »
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