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Quand l?échange de seringues devient partie du quotidien?
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Quand l?échange de seringues devient partie du quotidien?
Depuis le 13 novembre dernier, soit 24 jours avant que le HIV and Aids Bill ne soit voté, le Collectif Urgence Toxida a démarré, sur une base pilote, l?échange de seringues pour usagers de drogue par voie intraveineuse. Cette mesure fait partie du programme pour la réduction de risque de transmission du VIH/SIDA et des Infections sexuellement transmissibles (IST). Nous étions présents à une de ces opérations jeudi.
La collecte de seringues souillées et la distribution d?un nombre quasi-proportionnel de seringues stériles, se fait du lundi au vendredi entre 17 et 19 heures dans deux quartiers à la périphérie de Port-Louis. Un grand nombre de drogués et de personnes atteintes du VIH/SIDA y vivent. Leur côté bon enfant est impressionnant. Tout comme les mesures de sécurité prises pour le stockage des seringues usagées et leur acheminement jusqu?à un incinérateur.
Jeudi, 17 heures. Claire, une sexagénaire qui s?est portée volontaire pour l?échange de seringues, et Henri, son compagnon de distribution arrivent avec un léger retard. L?homme transporte un gros sac noir contenant des seringues stériles, des seringues d?insuline neuves, des aiguilles et des préservatifs. Le sac rouge de Claire contient, lui, un bidon en plastique blanc avec un épais bouchon.
<B>Réticences envolées</B>
Ces travailleurs sociaux sont accostés par un homme qui leur apporte des tabourets qu?il dispose au coin de la ruelle. Claire prend place, dépose son sac et débouche le bidon. Elle sort ensuite des petites fiches sur lesquelles elle doit inscrire le sexe et l?âge du «client» ? comprenez l?usager de drogue ?, l?heure de l?échange, le nombre de seringues déposées et la quantité récupérée et le nombre de préservatifs requis.
Les volontaires n?attendent pas longtemps. «Kimanier matant», demande un piéton à Claire, avant de déposer deux seringues souillées dans le bidon et de réclamer un nombre identique de seringues stériles. L?échange effectué, l?homme salue les travailleurs sociaux et s?en va.
D?autres hommes les abordent ensuite, dont un jeune de moins de 25 ans, accompagné d?un ami. Tout en parlant à Henri, il dépose quatre seringues usagées et en prend quatre neuves. «Touzour de pou toi, de pou mama?», lui demande Claire. Il acquiesce en riant, prend les seringues et s?en va. Un autre jeune réclame «enn kourt», appellation désignant une aiguille.
L?opération se déroule sans anicroche, sous le regard tolérant des habitants du quartier. Si tel est le cas au bout de la huitième semaine d?échange, c?est d?abord parce que le collectif a organisé des sessions de sensibilisation à leur intention.
La dizaine de volontaires travaillant par paire lors des échanges a aussi suivi une formation portant sur l?usage de drogue par voie intraveineuse, le VIH-SIDA, l?hépatite et le comportement à avoir envers les «clients». C?est-à-dire faire preuve de respect à leur égard, garder une distance vis-à-vis d?eux, et les précautions à prendre pour éviter le contact avec les seringues.
Car si le virus du SIDA meurt au bout de deux minutes en dehors de l?organisme, celui de l?hépatite, qui est logé dans une capsule de graisse, met 15 heures à mourir une fois hors du corps. Urgence Toxida négocie actuellement avec la Santé pour que ceux affectés au programme d?échange de seringues soient vaccinés à l?hépatite B.
Avant que le HIV and Aids Bill ne soit voté et que l?échange de seringues ne soit légalisé, les usagers de drogue qui se présentaient aux travailleurs sociaux étaient méfiants. Mais leurs réticences se sont envolées. La consigne aux travailleurs sociaux est de distribuer un nombre proportionnel de seringues stériles à celui des seringues usagées. Mais ils ont été autorisés à faire preuve de souplesse, pour certains cas. Une fois remplis, les bidons de seringues sont scellés et acheminés jusqu?au store d?une organisation non-gouvernementale avant d?être incinérés.
La première semaine, les deux quartiers ont enregistré 195 «clients» qui ont retourné 142 seringues souillées. Ils sont repartis avec 191 seringues stériles. Au cours de la quatrième semaine, 464 «clients» ont retourné 420 seringues. Chacun est reparti avec une seringue stérile. Valeur du jour, les travailleurs sociaux distribuent 100 seringues stériles au quotidien. Et 500 «clients» sont concernés. Certains d?entre eux viennent de régions aussi éloignées que Sébastopol et Flacq.
Le ratio hommes-femmes est de dix à un. Leur âge varie de 18 à 67 ans. Le mineur repart bredouille. Un des «clients» a avoué être usager de drogue depuis 35 ans. Chaque jour, certains réclament des informations sur les centres de réhabilitation.
Le collectif animant ce projet d?une durée de six mois estime qu?à terme, il faudrait que l?échange de seringues ait lieu dans plusieurs régions de l?île, dans des locaux spécifiques, par un personnel à plein temps et rétribué. «L?idéal serait que le gouvernement offre le local, le matériel et rétribue le personnel alors qu?une ONG peut gérer le projet. Ce sera certes coûteux car une seringue se vend à Rs 4 l?unité. Mais ce sera moins onéreux que d?avoir à fournir des antirétroviraux à un nombre grandissant d?usagers de drogue séropositifs? »
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