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Chantages russes

12 janvier 2007, 00:00

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Après le gaz, le pétrole. Quelques jours après la conclusion d?une dispute avec la Biélorussie sur le prix du gaz, la Russie a interrompu, récemment, les livraisons de pétrole à sa voisine occidentale par laquelle transite le brut approvisionnant la Pologne et l?Allemagne, pour reprendre hier. Moscou a accusé le régime d?Alexandre Loukachenko ? la ?dernière dictature d?Europe?, disent les Occidentaux ? de ponctionner du pétrole sur l?oléoduc Droujba (?Amitié?), appelé ainsi depuis la période soviétique, oùles mots avaient, comme chez George Orwell, une signification contraire au sens commun.

L?énergie est l?arme principale dont dispose la Russie pour mener la politique de puissance à laquelle elle aspire depuis l?arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir. Elle a d?abord été dirigée contre les anciennes républiques de l?URSS qui refusaient de faire allégeance au Kremlin. Alors que celles-ci étaient approvisionnées en gaz et en pétrole à un coût très inférieur au prix mondial, Transneft et Gazprom, deux sociétés étroitement liées à l?administration présidentielle russe, ont décidé de moduler leurs tarifs en fonction du contrôle qui leur est consenti sur les réseaux de distribution.

La querelle Moscou-Minsk est plus inattendue. La Biélorussie et la Russie songeaient à s?unir, et M. Poutine était l?ultime soutien de M. Loukachenko. Mais quand le Kremlin veut parvenir à ses fins, aucune ?amitié? ne compte. La Biélorussie est l?objet d?un chantage analogue à celui exercé sur l?Ukraine, la Moldavie, l?Arménie, la Géorgie. Il faut s?aligner, payer ou grelotter...

Par ses effets immédiats et par ses conséquences à long terme, ce rebondissement de la guerre de l?énergie dépasse les relations bilatérales russo-biélorusses. L?Europe se retrouve en première ligne. Le quart du gaz et le tiers du pétrole qu?elle consomme viennent de la Russie. Cette dernière affirme qu?elle a toujours respecté les contrats passés avec les Occidentaux. C?était vrai, y compris au temps de l?Union soviétique et de la guerre froide.

Mais, depuis quelque temps, les coups de semonce n?ont pas manqué, même s?ils n?étaient pas adressés directement à l?Ouest. En s?en prenant à la Biélorussie, M. Poutine ne peut ignorer qu?il pénalise les Polonais, avec qui les relations sont exécrables, et ses amis allemands, alors qu?il pouvait compter sur leur indulgence.

Les Européens sont donc priés de comprendre ce qu?il en coûte de s?opposer aux ambitions des grandes sociétés énergétiques russes, qui ne sont que l?émanation du pouvoir politique, à moins que ce ne soit l?inverse. S?ils continuent à réagir en ordre dispersé, ils n?auront bientôt d?autre choix que de se plier à leurs exigences. Une politique énergétique commune et, plus généralement, une stratégie concertée vis-à-vis de la Russie sont plus urgentes que jamais.

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