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Invitation au voyage
Il ne se passe rien à Maurice? Le slogan sonne comme une invitation au voyage? à l?envers ! Il est un fait que les jours comme les nuits coulent comme une longue rivière tranquille, sans tambours ni trompettes, dans les profondeurs d?une île sans histoire. Même si, ça et là, il y a bien quelques soubresauts et, depuis peu, un début de quelque chose?
L?auteur du cliché n?est autre que le conformisme colonial qui a longtemps cloîtré les Mauriciens dans leurs pénates. Un conformisme qui a réprimé l?audace et brimé l?inventivité, qui a empêché les créateurs de voler de leurs propres ailes et forcé les plus inventifs à prendre le large.
Dans un tel paysage tropical étouffant, asphyxiant, l?artiste n?avait pas sa place. Ou alors il était assis au bout du bout du banc, le cul par terre. Il s?enfermait dans sa coquille et n?en sortait que de façon sporadique, un peu éberlué d?être encore en vie, comme dans l??il d?un cyclone.
Il y a eu plusieurs périodes durant lesquelles la vie artistique a connu des soubresauts. A la fin de l?époque française, lorsque le Tout-Port-Louis sortait dans les cabarets et se paraît de tenues légères. Plus tard, vers la fin du 19e siècle, avec l?émergence des poètes francophones ou encore dans les années 1950 avec la nouvelle littérature mauricienne, puis dans les années 1970 avec l?émergence de la chanson engagée.
Mais tout cela restait plutôt limité et très? conforme, encore et toujours, aux règles de la bonne conduite et des convenances. On osait, mais pas trop. On créait mais dans les limites prescrites. Il n?est pas étonnant qu?il ne se soit jamais passé grand-chose dans l?île paradis et que le cliché soit devenu une fresque gigantesque qui enserre l?île tout entière, comme les façades de Potemkine.
Quelques illuminés ont bien tenté de bousculer ce décor et de mettre un bon coup de pied dans le nid de mouches jaunes. Comme Malcolm de Chazal, avec son sens de la plastique et son aversion pour les préjugés. Ou Joseph Reginald Topize qui dérangeait la ?ras kouyon? en s?adressant comme à un seul homme aux ?malbars, chinois, africains et blancs?.
C?est dans un tel vacuum artistique que l?île Maurice a fait son entrée sur la scène du 21e siècle. Qu?est ce qui va bien pouvoir s?y passer, maintenant ? Lentement mais sûrement, la résistance au conformisme s?organise.
Les musiciens sortent de leur trou et les plasticiens libèrent les formes. Il y a une floraison de concerts, bons et moins bons, avec quelques recalés de la scène internationale. Les écrivains osent dire un peu plus haut ce qu?ils pensaient tout bas. Les nuits sont plus denses, les cabarets commencent à fleurir et les poètes font des vols planés au-dessus de la façade.
Maurice artistique commence à avancer dans les traces de ses cousines caribéennes et de sa s?ur réunionnaise, pour ne citer que ces références-là. Bref, les conditions propices à un vrai foisonnement artistique sont en train de naître.
Il s?agit donc de ne pas les tuer dans l??uf. Le meilleur moyen d?y arriver est de cultiver l?art. De l?ériger en principe absolu, bien au-dessus de la politique, du commerce et de la religiosité, les trois mamelles du conformisme institutionnalisé. Cultivons l?art, fêtons-le, faisons-en un mode de vie. Ouvrons-nous aux créations et aux inventions. Faisons de l?île un lieu où il se passe enfin quelque chose. Une invitation au voyage?
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