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La lente agonie des petits bijoutiers
Les petits bijoutiers sont dans l?impasse. La situation s?est considérablement aggravée depuis l?imposition, à toutes les bijouteries, de la TVA de 15 % il y a deux mois.
Les affaires ont nettement baissé et la montée en flèche du prix de l?or, qui a enregistré une hausse de 45 % depuis les six derniers mois, ne sont pas pour arranger les choses.
C?est l?amer constat de Rajendra Patten, Marketing Consultant à la bijouterie du même nom, dans l?étude qu?il a réalisée sur le secteur de la bijouterie à Maurice, pour le compte d?une grande chaîne de distribution britannique. Cette étude souligne ainsi le caractère marginal des petits bijoutiers qui représentent pourtant 80 % de l?effectif du secteur.
Selon l?auteur, les marges commerciales chez ces commerçants se situent entre 20 et 25 % du prix de vente, et cela représente en fait principalement le coût de la main-d??uvre. Le rajout de 15 % de la TVA provoque donc un impact négatif sur la demande, et elle accentue les problèmes de liquidité et de trésorerie. De plus, c?est un secteur, souligne Rajendra Patten, qui manque de moyens sophistiqués et d?expertise en matière de gestion administrative et financière.
Des produits importés clandestinement
« Les chiffres d?affaires ont baissé sensiblement », confirme, quant à lui, Navind Gunnoo, le président de l?Association des bijoutiers. « Selon notre constat, poursuit-il, bon nombre devront fermer leurs portes cette année en raison de la compétition déloyale causée par certains particuliers. » En effet, depuis quelque temps, le marché est inondé par des bijoux en provenance d?Inde, importés clandestinement par des particuliers et revendus à des prix défiant toute concurrence.
« Ces bijoux, constate Rajendra Patten, ne sont certes pas soumis à la TVA, mais sont en général de qualité inférieure. Les bijoutiers à Maurice sont contraints d?utiliser des qualités de soudure équivalente à la pureté du métal précieux pour leurs produits. Or les bijoux impor-tés ne sont pas soumis aux mêmes normes, encore moins quand il s?agit d?un marché clandestin ! »
La situation s?aggrave, renchérit Navind Gunnoo. « Ces importateurs vendent à crédit et offrent des facilités de paiement à leur clientèle. Pour les mariages, ils sortent le grand jeu : bijoux, cartes d?invitation et même vêtements pour la noce. C?est inadmissible ! », s?indigne notre interlocuteur. Ce dernier souligne également le mal que ces importations clandestines infligent à l?industrie de la bijouterie.
« Cela sonne le glas pour l?industrie. Dans un proche avenir, les touristes ne verront que des produits importés de l?Inde et pas de création locale. » Désemparés, certains bijoutiers se sont lancés dans le créneau pour rester dans la course.
Et ce secteur peut être divisé en plusieurs catégories, définies en fonction de leur origine, de leur taille et de leur importance. Les deux premières, soit 80 % des bijoutiers, sont les plus vulnérables à l?imposition de la TVA et à la concurrence du marché clandestin.
Et pour les trois-quarts des bijouteries, la connaissance du métier a été transmise de père en fils. Ces entreprises fabriquent et vendent directement aux consommateurs des produits inspirés par la joaillerie indienne. Dans leurs vitrines, dont la superficie ne dépasse pas les trois mètres carrés, on trouve peu de produits finis. Leurs points de vente se trouvent en zone résidentielle, urbaine ou rurale.
Tirer leur épingle du jeu
Dix pour cent des bijoutiers qui ont ouvert leur petite entreprise ont fait leur apprentissage auprès d?un artisan expérimenté ou grâce à l?IVTB. Il s?agit là de la deuxième catégorie. N?ayant pas encore assis leur réputation pour vendre directement aux consommateurs, ces commerçants font de la sous-traitance pour les autres bijoutiers. Leur point de fabrication est la zone résidentielle rurale.
Des bijoutiers qui ont une clientèle bien établie provenant de différents segments de la population, avec un chiffre d?affaires assez conséquent, font également partie de ces 10 %. Ceux-là ont une part de marché proche de 20 % de la clientèle touristique.
Enfin, ceux qui sont dans la production à grande échelle pour le marché domestique, aussi bien qu?à l?exportation, atteignent 10 % de l?industrie. La fabrication et les points de vente sont séparés. Ces bijouteries ont en moyenne 30 à 40 employés, disposent d?un département administratif, et fait, non négligeable, possèdent 80 % du marché touristique. Ce sont ceux qui parviennent le mieux à tirer leur épingle du jeu.
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