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Pourquoi vous paierez plus

30 décembre 2006, 20:00

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Une chose marquera les esprits, et surtout les portefeuilles en 2007 : la perte accélérée du pouvoir d?achat que les ménages vont subir. Les années 2005 et 2006 ont été celles des trois chocs : d?abord la perte des préférences commerciales, menant à des baisses de revenus et des pertes d?emploi dans les industries sucrière et textile ; puis une flambée des cours mondiaux du pétrole, qui plombe considérablement les dépenses énergétiques du pays ; et enfin une augmentation des tarifs d?électricité, du transport aérien ou du fret.

Bien que très handicapants, ces trois chocs n?ont pas nécessairement été ressentis par l?ensemble des Mauriciens dans leur quotidien. Mais le quatrième choc, celui de la perte soutenue du pouvoir d?achat se répercutera, quant à lui, sur tout le monde.

Et un double phénomène nourrit ce quatrième choc. Pour commencer, la dépréciation soutenue de la roupie par rapport aux principales devises avec lesquelles Maurice paye ses importations : le dollar, l?euro, la livre sterling et le yen japonais. Durant l?année, ces devises se sont appréciées dans une fourchette de 10 à 22 %. Cela a contribué à rendre plus chers les produits de grande consommations im-portés, et les équipements et matières premières qu?utilisent nos industries.

<B>L?inflation a prisl?ascenseur</B>

Parallèlement, l?inflation a pris l?ascenseur. Cantonnée dans une fourchette de 3,9 % à 6,3 % depuis l?an 2000, elle a atteint la barre des 10 % en cette fin d?année. Et selon les différentes prévisions, d?ici mi-2007, cet indicateur économique devrait stagner à 10 % et même atteindre les 12 % possiblement. Et qui dit inflation en hausse, dit aussi prix qui augmentent.

Les tendances se dessinent même pour 2007, et certains secteurs illustrent à quel point la hausse des prix va être généralisée. Gladys Leung, directrice de Golden Touch, une petite entreprise de construction, exprime ses craintes par rapport aux nouveaux coûts.

« Rien que pour la construction de bâtiments, nous avons pratiqué un prix de Rs 500 le pied carré en 2006. L?année prochaine, je crains que nous ne devions grimper à Rs 690 », confie notre interlocutrice. Une hausse qui s?explique par le coût du ciment et du fer durant l?année. « Mais j?apprends toutefois que le fer pourrait connaître encore une augmentation, de même que les autres matériaux importés. Nous n?aurons alors pas d?autre choix que de répercuter les coûts », précise-t-elle.

Ailleurs, dans un secteur qui focalise l?attention ces dernières semaines, les prix entament également leur essor. En effet, avec la rentrée des classes dans les jours à venir, c?est la ruée vers les manuels scolaires. Mais une fois encore la note sera salée.

« Pour les manuels scolaires imprimés à Maurice, nous avons dû revoir nos prix de 8 % en plus, à cause de la hausse du coût du papier », explique le directeur général des Éditions de l?océan Indien (EOI), Shafick Osman. Ce dernier précise que les prix des manuels importés vont évoluer dans la fourchette de 10 à 15 % en plus, à cause de la hausse du taux de change de la livre sterling et de l?euro. Ce qui a aussi entraîné une augmentation d?environ 5 % du prix des autres livres et romans que les EOI importe. Ce qui fait dire à Shafick Osman, qu?avec la révision à la hausse du prix des livres, « une nette tendance vers les manuels d?occasion » est notée.

Mais souvent, on ne peut espérer acheter du « seconde main » pour certaines choses, comme les produits alimentaires. Thierry Sik Yuen, directeur du supermarché éponyme, à Curepipe, ne se hasarde pas à spéculer sur le montant des hausses de prix pour 2007, mais admet néanmoins qu?elles sont inévitables. « Les consommateurs sont bien forcés d?acheter certaines denrées. Ce que nous devons faire, c?est leur proposer le meilleur rapport qualité-prix. Et pour cela, éventuellement, trouver de nouvelles sources et pays d?approvisionnement moins chers », affirme Thierry Sik Yuen.

De tous, c?est de loin Mosadeq Sahebdin, le porte parole de l?Institute for Consumer Protection (ICP) qui est le plus pessimiste pour les ménages.

« Le pouvoir d?achat diminuera davantage en 2007. Les consommateurs devront devoir se serrer la ceinture », avance Mosadeq Sahebdin. Il se fonde, pour cela, sur les relevés mensuels que fait son association.

Ainsi, selon l?ICP, mais aussi les conclusions du Multipurpose Household Survey de 2002, près de 75 % du salaire d?un ouvrier marié et avec deux enfants, passe dans les produits alimentaires. Cette fin année, le panier de la ménagère, qui englobe ces articles, est évalué à Rs 3 300. Or, Mosadeq Sahebdin pense que cette enveloppe atteindra Rs 3 600 d?ici mi-2007. Et quand on sait qu?un ouvrier lambda du textile gagne environ Rs 5 500 par mois, c?est plus de la moitié de sa paye qui part dans le garde-manger. Il suffit d?ajouter à cela le prix du gaz, des factures d?électricité et de téléphone, les frais scolaires et autres dépenses courantes? et voilà que l?ouvrier se retrouve sans le sou au milieu du mois !

Peut-on s?attendre que le pouvoir d?achat s?améliore néanmoins ? Il aurait pu en être ainsi si les causes du quatrième choc s?atténuaient. Avec le nouveau cadre de réglementation monétaire de la Banque de Maurice (le Repo rate), les analystes prévoient que l?inflation va probablement être contenue à un niveau plus acceptable d?ici fin 2007. Mais l?autre cause ne peut être contrôlée.

En effet, à l?instar de l?économiste Pierre Dinan, nombreux sont ceux qui affirment que la roupie ne cessera de se déprécier que quand les fondamentaux économiques s?amélioreront : notamment les déficits du compte courant, de la balance commerciale, et de la balance des paiements du pays. Sans parler du niveau d?endettement de l?État (plus de 60 % de son produit intérieur brut). Mais cette embellie n?arrivera pas, au plus tôt, avant la fin de l?année, selon les analystes les plus optimistes.

Autant dire que les ménages ne pourront pas trop attendre que les indicateurs macroéconomiques s?améliorent pour espérer retrouver un meilleur pouvoir d?achat courant 2007. En temps normal, on aurait attendu les compensations salariales pour que les choses aillent mieux. En effet, jusqu?ici, c?est un taux de compensation salariale indexé à celui de l?inflation qui permettait aux ménages de récupérer le pouvoir d?achat qu?ils perdaient à cause de l?inflation. Mais en 2007, les tripartites ne seront plus les mêmes.

<B>Une nouvelle formede négociation</B>

Comme la formule classique a été abandonnée, c?est une nouvelle for-me de négociation salariale qui sera en vigueur à quelques semaines du budget en mai-juin prochain. Ainsi, Moukeshwar Gopal, le président de la Mauritius Employers? Federation, entend faire jouer pleinement leur rôle aux deux nouvelles institutions : le National Wages Council (NWC) et le National Tripartite Forum (NTF).

« La nouvelle loi du travail va bientôt être votée pour donner vie à ces institutions. Tandis que le NWC donnera les lignes directrices pour les négociations sectorielles, la NTF créera une nouvelle plate-forme. »

Mais Moukeshwar Gopal donne en même temps quelques avertissements sur la nouvelle façon de négocier la compensation salariale. « On va devoir décider si on peut payer un taux de compensation aligné sur celui de l?inflation ou plutôt faire des sacrifices et préserver les emplois dans certains secteurs, comme le textile », explique notre interlocuteur. En prenant soin de préciser que les secteurs sinistrés comme le textile ou le sucre peuvent, éventuellement, consentir à des compensations salariales plus élevées une fois qu?ils auront renoué avec des seuils de rentabilité plus élevés.

<B>Mieux protégerleurs employés</B>

Yusuf Sooklall, le président de la Free Democratic Unions Federation, ne l?entend pas ainsi. Pour le syndicaliste, la situation économique difficile ne peut servir de justification à tout. « On s?est trop souvent réfugié derrière la mauvaise santé du textile pour dire qu?on ne peut pas payer les compensations salariales requises », estime le syndicaliste. Ce dernier enchaîne en suggérant que le gouvernement s?assure que le prochain exercice de négociation salariale collective se passe dans la plus grande transparence possible.

En effet, pour Yusuf Sooklall, plusieurs secteurs comme les finances ou encore le tourisme doivent pouvoir mieux protéger leurs employés contre la perte du pouvoir d?achat. Selon lui, ils en ont les moyens « Cela ne s?arrête pas là. Où cela est possible, les entreprises doivent pouvoir donner un coup de pouce à leurs employés grâce à des plans de participation aux profits, ou encore une participation accrue à la gestion de l?entreprise. »

Mais qu?importe. Qu?on soit dans un secteur prospère ou pas en 2007, le problème de la hausse du coût de la vie restera entier. Il faudra, en même temps, faire comprendre aux emplo-yés qu?une compensation salariale généreuse n?est pas envisageable vu la situation précaire dans les industries encore en convalescence.

Et aussi leur expliquer que le sacrifice consenti, notamment en termes de pouvoir d?achat diminué, sera récompensé sur le court terme sous forme de salaires améliorés et d?un coût de la vie qui reprendra enfin une pente descendante. Les temps durs ne pourront se pérenniser. Il faudra s?en convaincre?

<B> « Mono marques » ou « premiers prix » : Des produits qui séduisent</B>

Le caddie du consommateur moyen aura souffert cette année, d?une inflation galopante. Hausse des prix oblige, de plus en plus de consommateurs se sont vus contraints de délaisser les produits des grandes marques qu?ils avaient l?habitude d?acheter. Mais les Mauriciens ne se privent pas pour autant. Ils ont rapidement jeté leur dévolu sur des produits équivalents, mais moins chers, appelés « premiers prix » et « mono marques ».

Certains gérants d?hypermarchés ont, à un certain moment, craint pour leur chiffre d?affaires. Les multiples augmentations, dues à la dépréciation de la roupie face à l?euro et au dollar, ont sensiblement influé sur leurs revenus. « Les produits de consommation ont accusé des hausses, ce qui a eu pour effet de décourager les consommateurs d?acheter comme ils avaient l?habitude de le faire », laissent entendre, unanimes, les responsables des hypermarchés.

Face à cette situation, ils ont été forcés de s?aligner sur les « prix du marché » à plusieurs reprises tout au long de l?année. « Nous avons été contraints de procéder à des augmentations à plusieurs reprises et de nombreux consommateurs n?ont pu suivre », expliquent-ils.

Les gérants des hypermarchés ont cependant su trouver une parade. Ils ont introduit sur leurs rayons les fameux premiers prix et mono marques. Moins chers et de qualité égale, sinon meilleure, dans certains cas, ces articles importés d?Europe, ont su séduire les Mauriciens qui y ont vu un bon moyen de continuer à consommer les mêmes produits sans pour autant se ruiner. Introduits timidement au début de l?année par les hypermarchés « qui n?y croyaient pas trop », ces articles de consommation ont néanmoins su trouver leur clientèle.

Certaines enseignes ? Franprix et Leader Price ?, spécialisées dans la commercialisation de ces produits, ont même vu le jour à Maurice durant l?année écoulée. Elles ont immédiatement connu un certain succès auprès des consommateurs. Succès qui ne s?est pas démenti depuis. Sans se priver donc, les Mauriciens, optant pour une meilleure responsabilité, maintiennent leurs habitudes alimentaires tout en déboursant moins.

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