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La ceinture

21 décembre 2006, 20:00

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En ces temps de serrage de ceinture où nous sommes tous appelés à avoir une taille de guêpe, et où l?on voit tous les jours dans les journaux des compressions, de personnel cette fois, il est bon de se remémorer toutes les vicissitudes dues à cet accessoire vestimentaire démoniaque.

Rappelez-vous la frustration du bouillonnant Godefroy, revenant de guerroyer, avec sa cotte de mailles Croisée, et s?apercevant que le cadenas de la ceinture de chasteté de sa doulce moitié avait été fracturé, l?obligeant à déposer une plainte contre X ou peut-être même Y. Et pourtant, il avait pris la précaution, non seulement de le pourvoir d?une combinaison secrète, mais aussi de choisir la marque Yale, garantie par Nestlé et jugée inviolable, si vous me permettez l?expression.

Quels éléments renforcés de lingerie aurait-il fallu qu?il utilisât? Nous avons vu plus haut que la combinaison avait échoué. Une guêpière? Peut-être plus efficace puisque chacun sait que là où il y a de la gaine, il n?y a pas de plaisir. Sans compter qu?en ces temps troublés, les manufactures de sous-vêtements ne sont même pas protégées par la loi. N?a-t-on pas vu un fabricant de brassières condamné pour soutien abusif?

Moi-même qui vous parle, j?ai reçu dans mon temps pas mal de camouflets dus au ceinturon d?infanterie de millésime 14/18 que je porte constamment pour impressionner le bon peuple. Par exemple, dans les aéroports, il suffit que je ?passe dans machine? pour vérifier si je ne transporte pas d?armes contondantes, pour que la sonnerie retentisse illico. Au début, je croyais que c?était une rondelle de mitraille oubliée dans ma profonde, ou la broquette que je venais de clouer pour consolider ma semelle gauche, ou mon poitrail d?airain ou encore ma santé de fer qui affolait l?instrument. Eh bien non: c?était la boucle de ma ceinture faite d?un alliage sûrement à base de platine car elle m?avait coûté une petite fortune. Elle a d?ailleurs une histoire à elle que je vais vous narrer.

Je l?avais achetée dans un ?magasin vieux? de Curepipe. Quelques temps auparavant, j?avais voyagé sur MK jusqu?aux Seychelles et j?avais été frappé par l?avis qui décrète: ?Fasten your seat belt while seated.? Je ne sais pas si vous avez déjà attaché votre ceinture en restant debout. J?ai essayé une fois et n?ai réussi qu?à emprisonner mes genoux cagneux de cornac. Mais j?avais aussi fait un tour dans Air Seychelles où la notice préconise : ?Attass ou sang.? Pas étonnant donc qu?au magasin vieux, influencé par mon récent voyage, j?aie commis une boulette maison en demandant à la vendeuse:

  • Vous avez des sangles?

  • Des sangles? Vous voulez dire des ceintures?

  • Oui, c?est ça, je veux une ceinture.

  • En cuir?

  • Oui, je suppose, en cuir.

Après quelques hésitations, j?en choisis une solide, en peau de rhino sans doute et je m?approche de la caisse.

  • Combien cette sang ? cette ceinture coûte-t-elle?

  • Six cents roupies.

Je me dis que si c?est vraiment du rhino, le prix du safari doit être inclus.

  • Enfin, Mademoiselle, six cents roupies pour retenir mon pantalon? Je crois que je vais laisser tomber.

Devant cette éventualité, la caissière rougit comme un champ de pivoines. Je regarde ses boucles, elle regarde ma boucle, puis elle sourit et après un bref conciliabule avec la patronne, elle fléchit de cinquante roupies et je retiens mon calcif au prix de cinq cent cinquante doublons.

Et voilà comment, dix ans après, je vous écris ces lignes, while seated.

VOLCY

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