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Un mercenaire sud-africain implique le Kenya

21 décembre 2006, 00:00

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Les accusations anti-mauriciennes n?ayant pas eu l?effet escompté, les Seychelles dirigent, à partir du 7 décembre 1981, leurs tirs contre un autre Etat voisin, le Kenya en l?occurrence, impliqué dans la tentative du coup d?Etat, au dire, il est vrai, d?un mercenaire sud-africain. Ce dernier fait partie des mercenaires capturés aux Seychelles. Il se nomme Martin Dolinchek. Il se dit un officier supérieur de l?espionnage sud-africain, la South African National Intelligence Service. Il avoue que l?objectif du coup d?Etat était de réinstaller au pouvoir le président renversé, James Mancham. Des soldats et des policiers kenyans devaient, à cet effet, remplacer leurs homologues tanzaniens à la solde de France Albert René. Deux avions devaient les transporter aux Seychelles en cas de réussite du coup d?Etat.

Le gouvernement seychellois présente Dolinchek aux journalistes présents qui sont autorisés à l?interroger. Torse et pieds nus, vêtu d?un seul short, les mains menottées, le mercenaire explique qu?il s?est mis un congé pour aider Mad Mike Hoare. La SANIS n?est pas officiellement au courant de sa participation à la tentative de coup d?Etat. Il est arrivé aux Seychelles comme touriste sous le faux nom d?Anton Lubic, se faisant passer pour un Yougoslave. Les mercenaires sud-africains, libérés par la police de leur pays, sont en fait des réservistes de l?armée du pays honni de l?apartheid. On leur a fait croire qu?ils participeraient à une opposition militaire secrète.

C?est dans cette atmosphère troublée et confuse que le régime de France Albert René fait savoir que les navires de guerre états-uniens sont interdits d?escale aux Seychelles. Ils refusent de se plier à un règlement local, exigeant des bâtiments de guerre de préciser s?ils sont mus ou non par l?énergie nucléaire ou s?ils ont, à bord, des armements de ce type.

Notre presse indépendante ne se gêne guère pour présenter, avec un brin de scepticisme, les différentes accusations gratuites anti-mauriciennes, pour ne pas dire anti-ramgoolamiennes ou anti-duvaliennes, du régime du président putchiste France Albert René et a posteriori ses allégations contre d?autres pays voisins. Cela dérange Bérenger qui la convoque pour se plaindre du manque de solidarité du gouvernement travailliste à l?égard des malheurs qui s?abattent sur le régime de parti unique aux Seychelles. Quoi ! Pas le moindre message de solidarité. Au contraire ! un Suresh Moorba s?en allant accuser, dans le New York Times, ce parti unique au pouvoir à Victoria de vouloir déstabiliser notre gouvernement travailliste, démocratiquement élu et maintenu au pouvoir grâce à des doses régulières de... transfugion. Ce même Moorba qui accuse son ancien parti, le MMM, de vouloir importer des armes à Maurice. En passant, Bérenger déplore les maximes anti-mauriciennes du Dr Ferrari.

Arap Moi suit l?exemple militant et rompt son silence, niant toute implication du Kenya dans le coup d?Etat avorté aux Seychelles. Il décrit les allégations de Dolinchek d?absurdes et ridicules et l?invite à check and double check ses informations avant de les transformer en accusations publiques et internationales. Il n?en faut pas plus pour que France Albert René explique qu?il ne possède pas d?indices prouvant l?implication du gouvernement kenyan. « Mancham et les siens ont cependant loué un avion à Nairobi ». S?il ne peut accuser globalement le gouvernement kenyan, il sait que certains ministres de ce pays, et plus particulièrement les tenants de la libre entreprise à l?occidentale et les champions du libéralisme économique, n?apprécient guère le régime qui s?est emparé du pouvoir aux Seychelles à la faveur du coup d?Etat du 5 juin 1977. Il maintient cependant que 44 mercenaires ne peuvent pas faire un coup d?Etat s?ils ne sont pas sûrs, en cas de réussite, d?obtenir le soutien logistique adéquat d?un pays de la région pour les aider à légitimiser leur putsch.

On pense s?acheminer vers la fin des remous causés par la tentative sud-africaine de coup d?Etat, quand le consul seychellois en Australie, M. Gataon Barallon, relance le débat. Il accuse un avocat seychellois, établi à Freemantle, ouest de l?Australie, d?être le Premier ministre désigné en cas de réussite du coup d?Etat du 25 novembre 1981. L?avocat, ainsi mis en cause, dément être au courant de cette tentative mais n?est guère surpris des accusations qu?un régime putschiste colporte sur son compte, notamment d?être manipulé par le pays honni de l?apartheid. Il rappelle qu?il a été emprisonné pendant sept mois aux Seychelles, pour une prétendue conspiration, commise à l?encontre de France Albert René. Après sa libération, il jugea plus prudent de s?expatrier volontairement en Australie. On peut le comprendre.

De son côté, la « Sunbird Charters Ltd », compagnie aérienne mise en cause par France Albert René, admet qu?un de ses appareils a été loué, par téléphone uniquement, par cinq touristes américains. Elle a précédemment fait état de cette location mais par un homme d?affaires kenyan, avant de reconnaître son erreur. Le vol, d?abord prévu pour le 26 novembre 1981, est ensuite repoussé au 27, pour être ensuite annulé. Elle se spécialise dans des vols nolisés en Afrique. Elle a d?ailleurs conduit aux Seychelles un groupe de journalistes étrangers, partis couvrir sur place les séquelles du coup d?Etat avorté sud-africain.

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