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Les infirmières bulgares et le médecin palestinien condamnés à mort
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Les infirmières bulgares et le médecin palestinien condamnés à mort
Un tribunal de Tripoli a infligé avant-hier la peine capitale aux cinq infirmières bulgares et au médecin palestinien emprisonnés depuis près de sept ans en Libye. Reconnus coupables d?avoir inoculé le virus du sida à 400 enfants libyens, ils peuvent toutefois encore faire appel de ce jugement dénoncé par de nombreux pays dont la Bulgarie.
Sofia considère en effet que ses ressortissantes ont servi de boucs émissaires pour les conditions d?hygiène déplorables à l?hôpital de Benghazi où elles travaillaient. ?Nous condamnons et rejetons catégoriquement les condamnations à mort?, ont fait savoir le président et le Premier ministre bulgares Georgi Parvanov et Sergueï Stanichev dans un communiqué commun.
?Une fois de plus, les preuves indéniables de l?innocence de nos infirmières n?ont pas été prises en compte?, ont-ils ajouté, demandant ?aux autorités libyennes d?intervenir immédiatement? pour que le jugement soit révisé et les infirmières et le médecin libérés.
L?affaire pèse depuis longtemps sur les efforts du régime de Moammar Kadhafi pour redorer son image et sortir de l?isolement international. La communauté internationale ayant dénoncé une procédure inique après la première condamnation à mort des six accusés, les juges libyens avaient accepté d?organiser un deuxième procès, qui a finalement débouché sur le même verdict.
A sa lecture, les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien n?ont pas réagi. En revanche, le père d?un enfant infecté par le VIH, Ibrahim Mohammed al-Aurabi, a crié ?Dieu est grand! Vivent les juges libyens !?
L?avocat bulgare Trayan Markovski a annoncé à la radio bulgare que les accusés allaient faire appel auprès de la Cour suprême libyenne. Le ministre libyen des Affaires étrangères Abdel-Rahman Shalqam a ensuite déclaré aux journalistes que l?appel serait automatique.
Lors du premier procès, le Pr Luc Montagnier, le chercheur français qui a co-découvert le virus du sida, avait témoigné que le VIH sévissait déjà à l?hôpital de Benghazi avant l?arrivée des infirmières bulgares en 1998.
De nouvelles preuves ont été apportées en ce sens ce mois-ci, trop tard pour être présentées au deuxième procès. Dans son numéro du 6 décembre, la revue médicale Nature a publié des analyses des virus ayant infecté les enfants. L?information génétique du VIH change au cours du temps, ce qui en fait une véritable ?horloge moléculaire?. Conclusion de l?étude : les enfants ont contracté le virus du sida avant l?arrivée des infirmières bulgares et du médecin palestinien, peut-être même jusqu?à trois avant le début de leur contrat à Benghazi.
Verdict choquant
Idriss Lagha, qui préside un groupe de défense des victimes, n?est pas convaincu. Lundi, tandis que des centaines de personnes manifestaient leur soutien aux infirmières en Bulgarie, il donnait à Londres une conférence de presse. Idriss Lagha a notamment avancé que les infirmières bulgares avaient intentionnellement inoculé aux enfants libyens un virus ?conçu génétiquement? et ce, à des fins de recherche pour des agences de renseignement étrangères.
?Aucun médecin, aucun infirmier n?oserait commettre un crime aussi affreux?, s?était défendue le mois dernier, au cours du procès, Cristiana Valcheva, l?une des accusées bulgares, en compatissant à la douleur des victimes et de leurs familles. Parmi les enfants, une cinquantaine d?enfants sont déjà morts.
La Commission européenne et son président José Manuel Barroso se sont déclarés ?choqués par ce verdict?, a rapporté Johannes Laitenberger, le porte-parole de Bruxelles. Selon lui, l?Union européenne n?a pas décidé de prendre des sanctions contre la Libye mais elle ?n?exclut rien?.
Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy s?est également dit ?profondément choqué?. ?Je ne baisserai jamais les bras?, a promis le chef de la diplomatie française. ?Tant que l?appel ne sera pas donné, il y aura toujours un espoir?.
Le gouvernement de Moammar Kadhafi a demandé à Sofia de verser des dédommagements aux familles des enfants infectés par le sida. Mais le gouvernement bulgare a refusé, estimant que payer reviendrait à reconnaître la culpabilité de ses ressortissantes.
© Le Monde 2006 Distribué par The New York Times Syndicate
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