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Voix ?

17 décembre 2006, 00:00

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La voix ? Non, ce n?est pas le bout de papier que l?électeur glisse dans l?urne quand on l?appelle à voter. Ce n?est pas davantage le murmure dans les branches qu?entendait Jeanne d?Arc en gardant ses moutons. Pas non plus ce vague reproche qu?au fond de nous-mêmes nous adresse la conscience. Ni la voix de la raison, ni la voix de son maître. Encore que?

Que la voix du maître soit pour son chien une référence unique. La singularité d?une voix, organe d?une variabilité infinie, donne aux vocables d?un langage, un timbre, une tonalité, une « couleur » qui ne sont jamais identiques chez un individu, et toujours différents d?une personne à une autre. Produits par la vibration des cordes vocales, comme on sait, et le résonateur de la cavité buccale animé par ce muscle qu?est la langue, les sons et leurs inflexions, combinés au souffle, donnent la parole (spécificité humaine) ou le chant ; forme musicale du mot. Cet ensemble est sans équivalent dans la nature. Organe prodigieux donc, qui présente un choix de modulation, de hauteur, une « tessiture » comme disent les musicologues, qui étonne, transporte, enchante? Il y a du merveilleux dans la voix, et dans une voix qu?on aime une connivence indéfinissable. Subtilité, chaleur, étrangeté, que sais-je, l?on peut tomber amoureux d?une voix, alors même que la personne reste inconnue?

Dans une voix, il y a le don ; ensuite il y a le « travail ». Le chant, comme la musique, procède des deux.

Il se trouve que, récemment, j?ai pu, comme beaucoup d?amateurs, assister à ce concert de bel canto que donnait la Fondation Spectacles et Culture au théâtre du Plaza, afin d?aider à le sauver de la décrépitude. Le programme proposait un choix de Maîtres varié ? opéras et opérettes : Gounod, Saint-Saëns, Mozart, Verdi, Puccini, Bizet, etc. Musique servie au piano par J.B. Marie, revenu d?un tour du monde musical.

Mais les voix ?? L?incompétence se saisit à l?instant de les définir, n?étant ni musicien ni critique musical. Disons simplement que le cadeau de ces brillants talents a permis aux spectateurs de cette soirée de vivre un moment intense d?une beauté qui vous allège du monde quotidien. Il y a des voix magnifiques à Maurice. On le sait, il faut le redire, des voix avec lesquelles on souhaiterait communier plus souvent ; mais qui transportent aussi, ailleurs, leur soleil tropical?

Tous ces interprètes, à leur manière, mais avec la maîtrise et la ferveur de leur art, nous donnèrent des chants, espiègles ou poignants, d?une réelle beauté? Ch?urs des « Compagnons d?un rêve » mâles voix de Daniel Mahomudally, Bernard Devaux de Marigny, Jean-Michel Ringadoo (superbement doué?) ; ou le trio des « Dames de C?ur » : Elisabeth Forget, dont l?aisance alliée à la justesse et à la finesse d?interprétation, émeut et séduit ; Véronique Zuël, chez qui s?affirment le jeu de scène et la pureté fluide du chant ; Nathalie Desvaux dans cet immortel classique de « Madame Butterfly », « sur la mer, calmée » En fin de spectacle, cette gerbe de talents présenta à l?assistance enthousiaste, un bouquet de gaité avec « Griserie » d?Offenbach, suivie d?un dialogue croisé de joyeux fêtards célébrant le verre en main le « Roi Champagne », de Johann Strauss fils?

Gaie, tendre ou suppliante, chaleureuse ou distante, la voix crée la liaison entre la Terre et le Ciel, entre matière et surnaturel. Une voix d?ange, dit-on parfois? Elle est l?expression la plus subtile des sentiments, joie, tristesse, désespoir? Elle se fait incantation, prière, murmure. Légère, ou impérieuse, perçante ou grave, la voix est notre moyen de communication le plus riche, le plus élaboré, le seul qui puisse exprimer toute la gamme de nos émotions, de nos états d?âme. Le son de la voix est primordial puisque antérieur à la musique.

Extraordinaire don de la nature, il nous appartient de le cultiver, et surtout de le préserver.

« Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles, et l?harmonie la plus douce est le son de la voix de celle que l?on aime ». Jean de La Bruyère.

Michel BEDU

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