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Highlands : village d?aujourd?hui, ville de demain ?

11 décembre 2006, 20:00

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Des étendues verdoyantes de cannes à sucre bercées d?une légère brise. Nous sommes dans la région de Highlands d?où sortira, dit-on, une ville nouvelle. Le soleil de midi jette ses rayons sur les rues quasi désertiques des villages environnants, Bagatelle, Belle-Terre? Vema Goorayah, gérante d?un petit commerce, guette le chaland avec une patience d?ange. ?Je viens d?apprendre la nouvelle par les journaux. C?est un vaste et louable projet qui, j?espère de tout c?ur, se réalisera. Toute la physionomie de Highlands va s?en trouver métamorphosée et ce sera bénéfique pour la nouvelle génération?, dit-elle, enthousiaste, en désignant ses trois enfants de 15, 13 et 6 ans.

?Ils n?ont que la télévision et les consoles de jeux comme distractions. Des centres de loisir et des clubs verront le jour. Il y aura aussi bien une réelle embellie économique qu?un changement de mentalité ici.?

Cette mère de famille de 39 ans évoque bien les problèmes de pollution qui risquent à la longue de ressurgir. Ou cette quiétude si caractéristique des petits villages qui disparaîtra à jamais. Mais, dans la balance, elle est prête à sacrifier certains aspects de cette vie trop tranquille. ?D?ici, nous avons un accès facile à l?autoroute. Et ce petit chemin que nous avons l?habitude d?emprunter à vélo pour rejoindre Shoprite sera enfin asphalté.?

Comme pour faire écho à Vema, Erranah Appadoo, un vénérable enfant du pays et jeune retraité de 86 ans, chante les louanges de ce programme à venir. ?Get sa moulin la. Koma dir simitier. Le village où je suis né aura un autre coup d??il. Nous serons reconnus dans l?Ile Maurice entière. Mes petits-enfants et arrière-petits-enfants auront au moins un emploi. Avec le moulin et l?usine qui ont fermé, ce sera un plus. La capitale est trop congestionnée. Et ici nous avons une température idéale, rien à voir avec Port-Louis. On ne s?appelle pas Highlands pour rien.?

Cet ancien laboureur de la propriété sucrière espère ainsi ne plus voir les anciens travailleurs du moulin traîner leurs guêtres dans le bistrot du coin.

Au détour d?un chemin, nous croisons Beedwanee et Soobass Bawaneedin, ramassant des ?jambos? au pied de l?arbre fruitier. Mère et fils sont de fervents opposants à ce projet d?envergure et le clament haut et fort. ?Ce sera trop près de nos maisons. Regardez cette route, il n?y a pas un véhicule qui passe. Tout est calme. Il y aura un va-et-vient incessant. Les voitures rouleront trop vite sur le chemin. Cette ville nouvelle apportera son lot de chaos?, déplore ce receveur de 50 ans et père de deux enfants.

Comme pour tout nouveau projet, les spéculations vont bon train et la rumeur enfle. Soobass interpelle un rare passant, ?Gooroduth, tu as bien entendu qu?ils vont y faire construire une prison?. Et, ce dernier de répondre, ?les casernes centrales vont y être transférées et une deuxième ?cyber cité? érigée.?

Laissant les deux compères à leurs propres commentaires, nous tombons nez à nez avec Raj Goburdhun qui cueille des ?brèdes chouchou? dans son potager.

Né à Belle-Terre, il y a 38 ans, il se dit très favorable au développement de sa région. ?C?est un endroit bien attirant et tranquille mais nous n?avons pas d?ouverture ici. Les enfants de laboureurs qui ont réussi leur Higher School Certificate sont aujourd?hui au chômage. Ce serait bien si on devenait comme Ebène. Les autres gouvernements auraient dû avoir cette idée bien avant. Vivement qu?elle se concrétise.?

Une opinion que ne partage aucunement Mantee Gungabissoon, étendant son linge dans un léger vent. Cette femme de laboureur de 43 ans n?a pas toujours eu une vie facile. ?Je suis née et je me suis mariée ici. Mon mari sera à la retraite dans trois ans à l?âge de 50 ans. On ne pourra jamais joindre les deux bouts avec sa petite retraite. Et ce n?est pas mon fils de 23 ans qui est au chômage qui pourra changer la donne. La nouvelle ville ne lui apportera jamais un travail. Ce sont les autres qui viendront travailler ici, comme d?habitude.?

À deux pas d?elle sur le chemin du village, le petit Kevin Gungabissoon cueille une grosse papaye bien mûre, loin de toutes les tergiversations des adultes.

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