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L?effet Woo
C?est plus important qu?on ne le croit. Chaque industrie, quel que soit le pays où elle se situe, a besoin de héros, de capitaines qui donnent et maintiennent le cap quand les matelots paniquent durant la tempête. Au moment où notre industrie du textile- habillement entame sa sortie de crise, elle s?est enfin trouvé un nouveau « role model » en la personne de François Woo, le directeur général de la Compagnie mauricienne de textile (CMT). Il était temps, car le modèle précédent s?est fait vieux, et a perdu de sa superbe. En effet, le temps où Floréal Knitwear figurait parmi les géants mondiaux du « knitwear », à la fin des années 80, est révolu. Maintenant l?industrie locale du textile ne jure que par Woo.
Il est vrai que le parcours de l?homme force l?admiration.
En se lançant dans la confection, avec Rs 195 000 et 15 salariés en 1985, François Woo ne se doutait sans doute pas du brillant avenir qui allait s?ouvrir à son entreprise. Vingt ans après ses débuts, il est désormais à la tête d?un groupe qui emploie 8 000 collaborateurs et brasse pas moins de Rs 4,8 milliards de chiffres d?affaires annuels.
Cette semaine, c?est avec fierté qu?il a affiché sa nouvelle ambition : doubler son chiffre d?affaires d?ici deux ans et figurer parmi les leaders mondiaux du textile. Pour y arriver, il se donne les moyens de concrétiser ses ambitions, en investissant Rs 3 milliards durant les deux prochaines années dans une nouvelle filature et de nouveaux équipements de confection.
Mais le succès et le rayonnement de notre industrie du textile-habillement ne peut, malheureusement pas, dépendre que du succès, fut-il éclatant, d?un seul groupe local. Dans l?idéal, Maurice a besoin d?une demi-douzaine de Woo. Or, nous ne les avons pas.
Il faut toutefois admettre que notre pays compte aussi en son sein des entrepreneurs fonceurs comme Ali Parkar, le directeur général du groupe Star.
Bien que n?ayant pas les ambi-tions de François Woo, Ali Parkar n?hésite pas à investir dans de nouveaux équipements, et ce, afin de poursuivre le processus d?intégration de sa chaîne de production. Par ailleurs, il continue à recruter et à former en permanence des ouvriers.
À regarder de plus près les « success stories » de notre industrie du textile, on découvre des cons-tantes, une sorte de recette non écrite que les Woo et autres Parkar semblent suivre.
Le premier élément de réussite semble définitivement être un minimum de confiance dans son entreprise et dans l?avenir. François Woo a peut-être raison de dire, encore une fois lors d?un entretien publié cette semaine, que « le plus dur est toujours devant nous ». Mais il faut bien admettre qu?on ne planifie pas des investissements colossaux sans avoir un minimum de confiance et de visibilité sur ce que nous réserve l?avenir.
Le deuxième élément que semblent partager les entreprises qui réussissent est le traitement qu?elles accordent à leurs em-ployés. En la matière, on peut difficilement faire mieux que la CMT, qui construit des dortoirs pour ses ouvriers étrangers, des salles de sports pour les Mauriciens, et qui se donne les moyens de recruter de nouveaux ouvriers qualifiés en se lançant dans des programmes de formation conjointe avec l?« Industrial and Vocational Trai-ning Board » (IVTB).
Et comme une usine de textile ne se bâtit pas seulement sur le savoir-faire technique de ses ouvriers, la compétence pointue des cadres des finances et de la production est aussi recherchée. Les deux compagnies dont nous parlons attirent ces professionnels grâce à un cadre de travail agréable et à des enveloppes salariales qui n?ont rien à envier à ce qui se fait dans d?autres industries du pays.
Mais finalement, et quoi qu?on en dise, l?essentiel du succès d?une entreprise textile reposera toujours sur la qualité de son produit. Si François Woo, Ali Parkar ou des petites compagnies locales prospèrent, c?est avant tout parce qu?ils savent tous capter les attentes d?acheteurs exigeants pour lesquels la quali-té, les délais de livraison et le niveau de design et d?innovation sont essentiels.
« Ce gars, on doit le respecter », dit de Woo un autre grand capitaine d?industrie, Tim Taylor le « Chief Executive Officer » de Rogers. Mais l?effet Woo ne se résume pas qu?aux milliards investis et aux milliers d?employés recrutés.
Il s?agit aussi de croire suffisamment en l?avenir et à son poten-tiel d?innovation pour s?investir dans un projet industriel et de valoriser suffisamment ses collaborateurs pour qu?ils donnent le meilleur d?eux-mêmes.
Sans oublier de rester au plus près des attentes de ses clients, afin de ne pas se faire mettre hors-jeu. La recette ne s?applique pas qu?à l?industrie textile. C?est le sésame du succès de toute entreprise, et c?est tout.
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