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Golo, mort pour avoir volé des légumes
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Golo, mort pour avoir volé des légumes
À Allée Brillant, tout le monde s?est étonné de ne plus voir Pierre Laval Moura, alias Golo, un grand gaillard mélancolique de 46 ans, déambuler dans la rue en -marmonnant des phrases incohérentes.
Même s?il passait la majeure partie de son temps près du marché de Vacoas, il revenait toujours chez son frère, Jacques, pour retrouver un peu de chaleur humaine. Après un bon repas ou une tasse de thé, il reprenait son chemin pour arpenter les artères fréquentées de Vacoas. Il pouvait s?écouler des journées entières sans que Golo ne montre le bout de son nez dans le quartier. Mais sa famille ne s?inquiétait pas outre mesure de sa « disparition ». « Li ale vini koumsa depi dix banane. Li ti enn malad mantal », confie son frère.
Cela faisait dix ans en effet que Golo vivait dans une bulle, un monde où personne ne pouvait pénétrer et dont lui seul détenait les clefs. Et la maladie l?avait progressivement réduit à l?état de clochard. Loin d?être traité comme un paria, Golo n?avait toutefois personne pour s?occuper de lui. « Comme il n?était jamais là, c?était difficile de prendre soin de lui comme il faut », affirme un proche.
Lorsque les agents de police sont venus frapper chez lui samedi, Jacques, était à des lieues de penser au pire, même si cela faisait plusieurs jours qu?il était sans nouvelles de Golo.
« Les policiers m?ont demandé de venir identifier un corps. Je n?aurais jamais cru que je retrouverais mon grand frère dans cet état », affirme Jacques. Le corps de Golo avait été découvert dans une maison abandonnée à Angus Road, samedi dernier, dans un état de décomposition avancée.
En remontant la filière, les policiers se sont souvenus d?une plainte déposée par un planteur de légumes six jours avant la découverte du corps. Krishna Ramdoyal, le planteur, s?était alors plaint de Golo qui, selon ses dires, pillait régulièrement son champ. Il l?avait surpris encore une fois, un dimanche, en train de rapiner.
Son sang n?a alors fait qu?un tour et il l?a pourchassé en lui lançant des pierres. Il se serait ensuite saisi d?une barre de fer et lui aurait assené plusieurs coups à la tête. Saignant abondamment, Golo s?est enfui se réfugier dans la maison abandonnée d?Angus Road. Le malheureux ne survivra pas à ses blessures. Ce sont les voisins qui ont été alertés par l?odeur nauséabonde qui se dégageait de la maison après quelques jours.
Krishna Ramdoyal est, quant à lui, provisoirement accusé par la police d?avoir mortellement agressé Golo. Il a participé à une reconstitution des faits lundi.
Dans les méandres de la folie
Une semaine après avoir enterré son frère, Jacques a repris le cours normal de sa vie. Se souvenir de tout cela est douloureux. Golo était le quatrième d?une fratrie de six enfants. Célibataire, il a d?abord gagné sa vie dans un restaurant de la localité. Puis un jour, tout a basculé. « Enn kout linn tomb malad.
Li koumans koz tousel », confie Jacques. Golo est alors dirigé vers l?hôpital Brown-Séquard où on lui prescrit un traitement qui lui permet de, par à-coups, des moments de lucidité.
Les mois et les années passent. Golo s?enfonce peu à peu dans les méandres de la folie et rate ses rendez-vous à l?hôpital psychiatrique. « Il se sauvait pour ne pas y aller. Son cas s?est aggravé et il a commencé à disparaître », poursuit Jacques. Les tentatives pour le ramener à la raison échouent. Puis, c?est la lente descente aux enfers.
La rue devient alors son univers. Il arpente inlassablement les artères de Vacoas. Les maraîchers avaient l?habitude de lui donner des cigarettes ou quelques roupies. « Il n?insistait pas si on lui refusait quelque chose. Il était peut-être malade mentalement, mais il n?était pas violent », soupire sa nièce, Charlène.
Elle était loin de se douter qu?elle entendait la voix de son oncle pour la dernière fois le 28 novembre. Il était près de minuit et, comme à son habitude, Golo était passé à l?improviste. Il devait ensuite prendre le large pour ne plus jamais revenir.
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