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Nive Renaux et ses paysages intérieurs

10 décembre 2006, 00:00

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La galerie Hélène de Senneville, à la Pointe-aux-Canonniers, Grand-Baie, accueille, jusqu?au jeudi 14 décembre 2006, dimanche en matinée inclus, l?exposition de Nive Renaux, l?épouse de l?ambassadeur de France à Maurice.

Elle est d?origine malgache, pour être née à Morondava, port de pêche sur la côte sud-ouest de la Grande île. On chercherait en vain, cependant, dans son ?uvre des influences de la peinture malgache de l?école réaliste, dont Léon Fulgence vient de nous rappeler tout le savoir-faire et la maîtrise de l?art de conjuguer les couleurs pour l?ordonnance des masses et des effets.

Épouse de diplomate, elle a beaucoup voyagé et a notamment résidé au Soudan, au Canada, à Tunis, au Qatar. Hormis un portrait de femme d?allure saharienne, ce nomadisme diplomatique ne semble guère influencer la vingtaine de toiles de l?exposition à la galerie Hélène de Senneville. Nive Renaux a pourtant exposé ses ?uvres à Carthage, Tunisie et à Khartoum. Elles semblent cependant traduire davantage un besoin irrésistible d?extérioriser des paysages humains ? cela peut surprendre mais c?est ainsi ? qui tourbillonnent en elle et qui la maintiennent en constant éveil.

Elle n?est pourtant pas du genre à s?extérioriser beaucoup et donne plutôt l?impression de vouloir sonder ceux et celles que la vie et les devoirs diplomatiques placent sur sa route. Elle donne surtout l?impression de scruter de l?intérieur ses interlocuteurs pour deviner ce qu?ils cachent derrière la carapace de leurs apparences habituelles. Sa peinture paraît, en tout cas, le reflet de cet apparent besoin de communiquer d?une vie intérieure à une autre.

C?est beau comme une symphonie ensoleillée

Nous avons parlé de paysages humains à propos de ses ?uvres. Il est difficile d?y démêler, en effet, la part de l?humain et du paysage. Elle ne saurait concevoir l?homme hors de la nature qui lui sert de cocon. Elle est peintre par excellence des silhouettes, se contentant souvent d?un simple ovale ? mais un ovale qu?aurait apprécié Henri Matisse ? pour placer l?humain mais aussi la nature, notre matrice, au centre de son ?uvre. Ses silhouettes humaines peuvent tout aussi bien tenir lieu de grands arbres, balisant le monde dans lequel nous vivons.

Parallèlement, quand nous grimpons aux arbres servant de colonnes à son temple artistique, c?est pour découvrir une gestuelle humaine dans leurs frondaisons, des branches servant de bras, des ombres offrant la corpulence d?un torse, le déhanchement d?un buste. On y trouve des gestes, des élans, des dialogues.

D?autres arbres prennent allure de crucifiés, sinon de victimes en quête d?immolation et d?expiation. C?est dire comment nous tombons en arrêt devant des toiles qui sont autant d?appels à des réflexions philosophiques. Il faudrait un Christophe Vallée ou un Joseph Cardella pour en dégager tout le suc, toute la saveur. Le ciel, dans ses toiles, varie de la couche rocheuse d?une caverne platonicienne à un ciel de résurrection dont Turner est le premier à avoir chanté la splendeur. C?est beau comme une symphonie ensoleillée.

Silhouettes humaines ou arbres personnalisés, en attente de communication et de parachèvement, la peinture de Nive Renaux n?est jamais à court de ressources pour nous obliger à voir au-delà de la première impression. Celle-ci semble vouloir prendre à contre-pied le public. Puis, la toile s?éclaire peu à peu. Elle l?encourage à apprécier ce qu?il veut bien y voir. Un trait lumineux se veut offrande. Un autre se fait réception et une descente de croix devient don de soi, vie sacrifiée, transmission de mission.

Rester maître de son imagination

Nive Renaux excelle dans l?art de mélanger le réel et l?irréel, le figuratif et, non pas l?abstrait, mais la peinture intérieure. On voit une sorte de falaise ocre, sinon rouge, sous une frondaison qui étonne en raison de son réalisme, c?est pour découvrir que cette falaise est en fait un buste offert de femme car ce qui est beau ne saurait demeurer sous le boisseau.

À peine vient-on de regretter le côté trop sombre de l?une ou l?autre toile que la suivante ruisselle de splendeur lumineuse, dont ses quatre femmes (ou hommes) sur fond d?or ou encore un vase bleu, pourtant dit nature morte, mais émergeant vivant d?un tombeau-four de Murano ou d?une autre verrerie. C?est beau comme un matin de Pâques.

La croupe de son cheval, simplement esquissé, est une coupe de salut. Elle n?a pas besoin d?ailes pour devenir Pégase car tout, en cette ?uvre, est départ pour un monde nouveau, pour une inspiration poétique inédite.

Oui, il y a de la magie dans la peinture de Nive Renaux. Une magie qui fait que chaque toile dit quelque chose de différend, dépendant de l?humeur qui est le nôtre au moment d?entamer ce dialogue avec une ?uvre qui sort définitivement des sentiers battus et rebattus de la peinture mauricienne.

À la genèse de cette ?uvre puissante et réellement créatrice, il y a une femme qui ne se laisse conter par personne. Au-delà de sa nature féminine et peut-être même fragile, il y a une volonté de fer de ne pas se laisser indûment influencer, de ne pas perdre sa liberté de penser personnellement et de rester maître de son imagination comme de sa puissance créatrice.

S?il y a un reproche à faire, c?est bien que les privilégiés, ayant le bonheur d?être reçus, dans les salons de la résidence de l?ambassadeur de France à Floréal, n?aient pas davantage l?opportunité de pouvoir contempler à loisir les ?uvres de Nive Renaux quand la chance leur est donnée d?y être invités. Je propose donc que les salons de la Résidence de l?ambassadeur de France, à Floréal, deviennent un musée où seront exposées en permanence les ?uvres disponibles de Nive Renaux. Et ce ne sont pas les admirateurs de ses toiles qui manqueront à l?appel pour seconder ma motion.

PUBLICATION D?AQUARELLES DE MALCY DE CHAZAL

La Société royale des arts et des sciences met actuellement en vente une publication d?une soixantaine de reproductions d?aquarelles de Malcy de Chazal (1803-1880).

Il s?agit de représentations plus vraies que natures de plantes médicinales de Maurice. Les aquarelles originales ont été exposées en 1989 à la Société royale d?horticulture de Grande-Bretagne et ont obtenu la médaille Lindley, à cette occasion.

Eliza Zoë Malcy de Chazal naît aux Plaines-Wilhems le 30 mars 1804. Elle est la fille de Toussaint Antoine de Chazal de Chamarel et de Laurence Rivaltz de Saint-Antoine.

Elle épouse Jacques Gaspar de Chasteigner Dumée, le 7 décembre 1821 et divorce le 24 août 1830. Elle épouse, le 1er juillet 1831, William Moon. Elle contribue par ses dessins à des expositions de la Société royale des arts et des sciences, en 1847. Son époux meurt le 30 décembre 1862. Elle accompagne William James Caldwell dans ses missions (recherche de nouvelles variétés de cannes) en Australie et en Nouvelle Calédonie. Elle hérite de sa mère de la propriété du Mondrain (aujourd?hui la réserve naturelle de la SRAS), qu?elle réunit en co-propriété à son domaine de Mon Repos (aujourd?hui Henrietta S.E.). Elle laisse une ?uvre importante, constituée de dessins de plantes indigènes de Maurice, en possession aujourd?hui du MSIRI, de Kew Gardens et de John Dobie. C?est cette dernière collection qui est actuellement offerte aux bibliophiles pour seulement Rs 500 (édition cartonnée) et Rs 800 (édition luxueuse plein cuir vert) alors que ces exemplaires sont en vente à £ 30 et £ 55 respectivement en Grande-Bretagne.

Pour tout renseignement s?adresser à la Société royale des arts et des sciences c/o MSIRI, Réduit, Tél. : 454.10.61/10.73.

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