Publicité

«Je n?aime pas Navin Ramgoolam»

9 décembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Était-il vraiment nécessaire d?avoir recours à une grève de la faim ?

C?était notre dernier recours. J?ai tout planifié ? car c?est mon fort ? parce que je voulais forcer la main au gouvernement. J?ai expliqué à ces gens qui ont une confiance aveugle en Harish Boodhoo ce que veut dire une grève de la faim et ils ont voulu aller de l?avant. Et nous n?avions plus le choix car j?avais envoyé trois lettres déjà au Premier ministre mais que voulez-vous ! C?est Navin Ramgoolam. Li marse kouma kourpa olie li galoupe kouma leopar. Et je lui ai dit qu?il a le droit de ne pas m?aimer mais il n?a pas le droit de ne pas aimer ces victimes qui souffrent.

● <B> Vous vous parlez maintenant ?

Oui, il m?a appelé trois fois.

● <B> Pour discuter de la vente à la barre ?

Et d?autres choses. S?il m?appelle, je lui parle. Il est mon adversaire, pas mon ennemi. Je n?aime pas Navin Ramgoolam, je ne vais pas passer par quatre chemins pour le dire mais je respecte sa position de Premier ministre. Je lui ai dit qu?en tant que chef d?état, il doit pouvoir faire la différence entre un canal, une rivière et l?océan. Il doit être au-dessus de la politique parce que ces victimes sont de tous bords politiques mais ils sont unis dans leur souffrance.

● <B> Êtes-vous finalement satisfait de l?engagement pris par le PM ?

Je n?ai pas mis les pieds à l?hôtel du gouvernement depuis 1986 ainsi je n?ai rencontré personne au gouvernement à ce sujet. Mais le Premier ministre a pris un engagement devant la population et les chefs religieux du pays. Et je n?ai qu?un seul avertissement à donner à Navin Ramgoolam ; s?il ne tient pas parole et ne libère pas la Cour suprême des griffes de la mafia, 600 personnes feront une grève de la faim devant sa porte à Riverwalk en janvier.

● <B> N?êtes-vous pas en train de vous tirer une balle dans la patte ? Le PM a dit publiquement son aversion pour les ultimatums.

Il ne répond pas aux ultimatums mais il répond aux grèves de la faim ? Malheureusement, Ramgoolam a démontré depuis juillet 2005 qu?il n?agit pas. Il réagit. Toutes les personnes qui ont menacé, qui ont fait du chantage, qui ont lancé des ultimatums, ont eu gain de cause. Le Tamil league, les extracteurs de sable, les taxis marrons, etc. Mais un vrai leader agit avant les menaces. Il faut prendre des mesures préventives car gouverner, c?est prévoir.

● <B> Ainsi il n?aurait pas dû céder à vos chantages ?

Á sa place, j?aurai cédé dès le départ à la réception de la première lettre.

● <B> Vous exprimez des craintes que le Premier ministre ne tienne pas parole. Par rapport à quoi exactement ?

L?information que j?ai est que le Borrower?s Bill sera présenté en janvier au Parlement. Mais cela ne s?arrête pas là. Le gouvernement de Ramgoolam n?a pas tenu ses promesses, le PM est arrogant, il est en transit à Maurice?

● <B> Qu?attendez-vous exactement du gouvernement au sujet de la vente à la barre ?

Qu?il fasse voter la loi, qu?il nomme un commissaire qui a des pouvoirs. Il ne faut pas nommer des cholos. Il faut des personnes de calibre.

● <B> Quels seront exactement les pouvoirs de ce commissaire ?

Il sera comme un Ombudsman. Ce n?est qu?en dernier recours qu?il enverra les affaires en cour. Il verra où il y a maldonne et prendra des sanctions. Le commissaire devra passer au peigne fin toutes les affaires précédentes, même des cas où des juges ont fauté.

● <B> Pourra-t-il remonter dans les affaires passées et classées ?

C?est l?engagement qu?a pris Navin Ramgoolam. La loi de 1982 est claire ; tous ces casseurs qui ont saisi des maisons ne sont pas des casseurs officiels.

Il n?y en a que trois à Maurice. Si une personne n?a pas de permis, le contrat ne tient plus. Si le taux d?intérêt est supérieur au taux légal, le contrat est nul. Il y a tellement de clauses qui n?ont pas été respectées et ce, malgré la loi. Pour qu?une personne puisse revoir toutes ces affaires, il doit être politiquement indépendant. Les audiences doivent être publiques et le commissaire doit référer tous les cas à la police.

● <B> C?est presque une commission d?enquête que vous demandez...

Non mais le PM a dit que le commissaire aura des pouvoirs. Il faudrait aussi un land court. Attendre que la Cour suprême s?occupe de ces affaires ne va rien changer pour les petites gens. Les larmes ont tellement coulé qu?il n?y a plus de larmes à verser aujourd?hui. S?il fait cela et applique le jugement de Liverpool, ce sera le plus grand service que Navin Ramgoolam rendra à ces gens. Brièvement, le jugement Liverpool dit que les termes techniques et difficiles qui sont inclus dans le contrat doivent être bannis, que les intérêts exorbitants sont illégaux.

● <B> Ne faudrait-il pas faire une différence entre ceux qui ne peuvent pas payer et ceux qui ne veulent pas payer ?

C?est vrai. Je peux vous dire que deux cas sur dix sont condamnables. Ils prennent des prêts pour s?amuser, parier, etc. Mais que voulez-vous ? La société mauricienne est ainsi faite. Il y a des victimes et des victimes de la société. Ils n?ont pas d?éducation. Pouvez-vous m?expliquer cette affaire de zéro dépôt ? Si vous allez en cour intermédiaire, vous verrez des centaines de gens endettés qui ne peuvent payer leurs dettes.

● <B> Mais justement les traiter comme des victimes serait les encourager à ne pas assumer leurs responsabilités, ne croyez-vous pas ?

Mais il faut les éduquer. Ce sont les avis publicitaires qui les encouragent à avoir cette attitude.

● <B> Mais vous ne pouvez pas empêcher la publicité !

Il faut faire voter des lois pour bannir ces publicités !

● <B> Les gens doivent pouvoir faire preuve de discernement ! Soit ils ont les moyens ou ils ne les ont pas !

Mais malheureusement la masse ne peut pas discerner. Il y a récemment eu ce cas d?un couple qui s?est acheté plusieurs articles électroménagers et qui n?avait pas l?intention de payer. Ils ont utilisé ces biens pendant trois mois en sachant bien qu?il y aurait une saisie. Il faut revoir le système.

● <B> Serait-il plutôt une question de mentalité ?

Aussi. C?est tout un programme d?éducation qu?il faut faire. Il était un temps quand les gens gagnaient Rs 10, ils dépensaient Rs 7 et épargnaient le reste. On ne voit plus cela de nos jours.

● <B> Un exemple de ce mauvais signal est peut-être l?annonce par le PM concernant le gel des saisies des maisons de la NHDC. Certains en ont profité pour arrêter leurs paiements.

C?était effectivement un mauvais signal. Les gens vont cesser de payer s?ils pensent que d?autres seront exemptés. Le raisonnement de Ramgoolam est mauvais. Mais je suis content d?avoir libéré des milliers de familles qui vivaient dans l?angoisse.

● <B> Mais n?êtes-vous pas inquiet qu?au lieu de les aider, vous soyez au contraire en train de les déresponsabiliser ?

Pas du tout. Ma lutte est contre la mafia qui a accaparé la vente à la barre. C?est le gouvernement qui n?est pas en train de s?attaquer à la racine du mal mais plutôt aux branches.

● <B> Expliquez-nous ce qu?il y a derrière la transformation de Harish Boodhoo de politicien en militant ?

Je respire et vit pour les autres. J?ai perdu mon père avant ma naissance et ma mère était mon inspiration. Je suis très sensible aux larmes et à la souffrance des autres. Et aujourd?hui, je suis devenu un symbole de la lutte contre l?injustice. Le social est dans mon sang. J?ai fait le tour du pays, j?ai dormi sur une natte depuis 20 ans, j?ai connu Sarita dans la vie sociale. Il y a des gens riches dans ma famille mais je ne les fréquente pas. Et puis je suis dégoûté de la chose politique depuis 1991.

● <B> Et comment vous définirez-vous ?

(Hésitations?) Comme un laboureur qui est né pour servir les petites gens.

● <B> Y a-t-il des gens qui pensent que vous n?êtes pas sincère ?

Je ne pense pas. Les gens me voient et me parlent. En sus de cela, je suis financièrement ruiné. Mais j?aime aider les gens et je suis en paix.

● <B> Vous avez mentionné en début d?année un possible come-back politique. Est-ce toujours d?actualité ?

Non sinon je vais trahir ces gens qui viennent me voir parce qu?ils sont de tous bords politiques. Les politiciens veulent exploiter le crédit dont je jouis dans le pays. Et qu?on le veuille ou non, je fais pencher la balance d?un côté ou d?un autre. Par ma présence ou mon absence, mwa ki fer eleksyon. Je suis le catalyseur.

● <B> Et si je comprends bien, vous êtes en train d?augmenter votre crédit auprès de la population de même que votre capital politique en aidant les pauvres ?

Oui et je pense que je suis plus fort que jamais.

● <B> Parlons un peu de l?opposition. Quelle est votre lecture de tout son cinéma ?

Il faut une opposition solide et forte et une population avertie pour empêcher ce gouvernement de déraper.

● <B> Et avons-nous une opposition solide et forte ?

Je ne répondrai pas à cette question parce que je ne fais pas de la politique.

Publicité