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Sucre : un plan pour amorcer le second pas de la réforme

9 décembre 2006, 00:00

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Aujourd?hui, il coûte Rs 3 pour produire une livre de sucre au Brésil, en Australie et en Thaïlande. A Maurice, la production d?une livre de sucre coûte plus de Rs 4. Le pays ne s?est pas trop préoccupé de cet aspect de la question, car son sucre avait un accès protégé à un prix garanti de Rs 9 la livre au sein de l?Union européenne. Un prix qui vaut le triple de celui du marché mondial.

Mais accès garanti et prix garanti vont disparaître. L?Europe impose une réduction du prix du sucre de 36 % qu?elle importe, étalée sur quatre ans. Avec une telle diminution, l?industrie sucrière mauricienne ne pourrait plus réaliser de profit. Une mort certaine pour l?industrie sucrière, comme à Saint-Christophe-et-Niévès, ex-colonie britannique des Antilles qui a déjà annoncé la fin de sa production sucrière.

Changement du paysage sucrier

Pour éviter un tel sort, Maurice adopte une stratégie visant à réduire ses coûts de production. C?est la Multi Annual Adaptation Strategy 2006-2015. Elle ne permettra toutefois pas au pays d?arriver aux mêmes coûts de production que le Brésil, la Thaïlande ou l?Australie ? ces pays bénéficiant d?une énorme économie d?échelle en raison de l?importance de leur production.

Maurice a aussi le désavantage des terrains escarpés et rocailleux qui empêchent une grande mécanisation. Mais le pays pourrait tout de même réduire ses coûts pour rester compétitif sur le marché de l?Union européenne.

Ainsi, le paysage sucrier de Maurice va diamétralement changer dans les trois années à venir. Sept des onze usines sucrières fermeront. Ce sera la mise à la retraite prématurée de plus de 6 000 ouvriers agricoles (l?industrie sucrière en compte 14 000 en ce moment). Environ 2 000 artisans connaîtront le même sort.

La stratégie vise également à faire de l?industrie sucrière une industrie de la canne. Celle-ci sera utilisée pour fabriquer une diversité de produits, le sucre et des sucres spéciaux, mais aussi davantage d?électricité avec la bagasse et de l?éthanol.

Regrouper les petits planteurs

La stratégie se résume dans les points suivants :

■ Dans trois ans, c?est-à-dire au plus tard en 2009, il n?y aura que quatre usines pour tirer un maximum de la canne à moindre coût. Ce seront les quatre pôles de production de sucre. Chaque pôle produira plus de 100 000 tonnes de sucre, mais aussi des sucres spéciaux, du sucre industriel, de l?éthanol et de l?électricité avec de la bagasse et du charbon. Cette centralisation et la production de produits annexes permettront, avec l?économie d?échelle, de réduire le coût de production du sucre.

■ Le volume de bagasse utilisé pour la production d?électricité doublera, permettant à l?industrie de gagner plus d?argent avec ce résidu. Une plus grande production d?électricité à partir de cette matière entièrement locale, permet de réduire la dépendance énergétique, d?économiser des devises et de produire l?électricité à moindres frais.

■ La main-d??uvre représente 50 % du prix du sucre. C?est un coût que les producteurs entendent réduire par divers moyens, dont la mécanisation. Ainsi, une bonne partie de la main-d??uvre sera appelée à prendre une retraite prématurée et volontaire, à travers le Voluntary Retirement Scheme (VRS) II, qui permettra aux hommes de partir à la retraite à 50 ans et les femmes à 45 ans, avec à la clé, une lump sum, un terrain de sept perches et une retraite réduite payée par la Sécurité sociale.

Le VRS II prévoit que les femmes laboureurs, âgées entre 45 à 50 ans, vont percevoir une compensation équivalente à deux mois de salaire par année de service. De même que celles ayant atteint 25 et 30 années de service. Les femmes ayant moins de 45 ans et ayant atteint 20, 25 et 30 années de service percevront 1,5 mois de salaire par année de service. Ceux ayant atteint plus de 55 ans, et ayant effectué 20 , 25 et 30 années de service percevront une compensation équivalente à deux mois de salaire par année de service. Le même taux sera appliqué pour les hommes âgés entre 50 à 55 ans.

■ Le nouveau plan prévoit aussi le recyclage des retraités prématurés et une aide économique pour leur permettre de se lancer dans d?autres activités économiques.

■ En centralisant les usines sucrières, les autorités vont en même temps regrouper les petits planteurs. Il y a 35 000 planteurs de cannes à Maurice, dont 25 000 petits planteurs possédant moins de deux hectares. Leur regroupement vise à augmenter leur production de 20%, avec un programme d?irrigation notam- ment, et une baisse de 20 % de leurs coûts de production.

Quoi qu?il en soit, le prix payé par l?Union européenne restera plus élevé que celui du marché mondial jusqu?à 2013 au moins. Une nouvelle révision sera alors possible. Maurice doit d?ores et déjà viser des coûts de production qui lui permettraient de vendre à profit sur le marché mondial.

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