Publicité
Marc Ravalomanana l’emporterait dès le premier tour
Par
Partager cet article
Marc Ravalomanana l’emporterait dès le premier tour
Trois jours après l’élection présidentielle du 3 décembre, les résultats du scrutin commencent à affluer du côté du ministère de l’Intérieur et de la réforme administrative. Même si la tendance générale est encore à l’avantage de Marc Ravalomanana, il faut quand même noter une certaine évolution de la courbe des voix des candidats.
Le principal enseignement à tirer de la journée d’hier concerne la relative baisse du score du chef de l’état contre la montée de celui de Roland Ratsiraka. Avec l’arrivée des résultats issus de 3 217 bureaux de vote supplémentaires en vingt-quatre heures, le chef de l’état sortant perd six points. De 69,7 %, Marc Ravalomanana “descend” à 63,39 %.
De son côté, Roland Ratsiraka connaît un bond de trois points. Le maire de Toamasina obtient 9,23 % des voix, contre 5,98 % la veille. Il monte à la deuxième place mais il est encore très loin, derrière le chef de l’état. Sentant le vent tourner en sa faveur, Roland Ratsiraka commence à sortir de sa réserve habituelle.
Faire le plein de voix dans son fief</B>
Les résultats issus des provinces de Toliara, Toamasina et Antsiranana influent sur les résultats officieux et partiels, actuellement. à Toamasina et Antsiranana, le candidat Roland Ratsiraka continue de tenir tête au chef de l’état. Les offensives de ce dernier dans la ville de Mahajanga et de la région Sava ne semblent pas non plus suffire pour creuser l’écart, au contraire.
À Toliara, les bons scores réalisés par Jean Lahiniriko portent un coup aux résultats globaux du chef de l’état, construits à partir du vote de la province d’Antananarivo. Dans la ville de Toliara, l’ancien président de l’Assemblée nationale caracole en tête avec 56,18% des voix contre 31,53 pour le chef de l’état.
Ce scénario se répète un peu partout dans la province, à quelques exceptions près. “Nous attendons également les résultats provenant des autres régions comme le Sud-Est de l’île, là où notre candidat a raflé la mise”, promet le député Saina Michel, directeur de campagne de Jean Lahiniriko.
De son côté, le candidat Herizo Razafimahaleo sort la tête de l’eau. Après une première journée difficile, l’ancien vice-premier ministre “attend des résultats beaucoup plus favorables dans les prochaines heures”, selon son staff.
Les résultats provenant d’Andapa, de Vangaindrano ou encore de Maintirano le maintiennent dans la course à la deuxième place, même s’il est battu à Ihosy, sa ville natale, et à Ambositra, sa ville d’origine.
<B>Une première journée euphorique</B>
Cela n’empêche pas le fondateur du parti Leader Fanilo de rester optimiste “face à la tactique de publication des résultats au ministère de l’Intérieur, favorable au pouvoir”. Mais il reste encore scotché à 7,52 % des suffrages exprimés.
Dans le camp du candidat-président, la prudence est de mise, après l’euphorie de la première journée. Lundi, le chef de l’état est venu à son quartier général, au Magro Ankorondrano. Il y est resté plusieurs heures pour suivre l’évolution de la situation. Depuis dimanche, aucune réaction officielle n’est plus entendue pour commenter les résultats affichés.
Certes, les tendances actuelles ne représentent que 24% des 17 581 bureaux de vote et près de 40 % des résultats. Il reste encore plus de quatre millions d’électeurs inscrits, à se partager entre les candidats.
Mais les plus gros réservoirs de l’électorat, à l’image de la capitale, sont déjà tombés dans l’escarcelle du chef de l’état.
Ce dernier garde encore un matelas confortable de 13% pour gagner au premier tour.
<B>Iloniaina ALAIN</B>
<B>Pluie de requêtes attendue à la HCC</B>
Après l’élection du 3 décembre, une autre bataille, cette fois-ci juridique et psychologique, commence. Plusieurs candidats annoncent déjà leur intention de formuler des requêtes.Trois jours après l’élection présidentielle du 3 décembre, les états-majors politiques commencent à réagir. Après les premiers résultats du scrutin, chaque camp affûte ses armes pour procéder à un tir groupé de réclamations auprès de la Haute cour constitutionnelle (HCC).
Le staff électoral de Norbert Lala Ratsirahonana certifie son projet de dépôt de requêtes auprès de la HCC. “Nous avons bon nombre de griefs, concernant l’organisation du scrutin annoncé comme un modèle du genre”, soutient le député Liva Raharison, coordonnateur de la campagne électorale de l’ancien chef d’état. Outre le candidat Norbert Lala Ratsirahonana, Herizo Razafimahaleo ou encore Jean Lahiniriko annoncent également leur intention de formuler des requêtes auprès de la HCC. Le candidat Roland Ratsiraka a déjà ouvert le bal lundi. “Nous constituons un groupe d’avocats pour préparer nos requêtes”, soutient Benjamina Ramarcel Ramanantsoa, directeur de campagne du maire de Toamasina.
Dans le camp du président sortant, il semble que son staff électoral ne pense pas trop à une telle démarche. Mais personne ne souhaite infirmer ni confirmer l’information d’une manière officielle. Procès-verbaux non-conformes, non distribution des cartes électorales aux électeurs potentiels des candidats figurent parmi les griefs signalés. L’absence de bulletins dans les bureaux de vote ou l’usage de la puissance publique durant la campagne électorale sont aussi évoqués. “Nous ne dévoilerons pas d’un seul coup nos batteries”, soutient le député Michel Saina, directeur de campagne de Jean Lahiniriko. La plupart des sanctions relatives à ces plaintes pourraient entraîner l’annulation des voix ou des résultats de certains bureaux de vote. Mais d’autres requêtes pourraient également entraîner la disqualification de candidat. Il faut dire que la saisine de la HCC lors des élections constitue une arme pour les candidats. Certes, la démarche leur permet de se plaindre auprès de la juridiction compétente sur les éventuels manquements à la loi, lors de l’élection.
Mais elle laisse également la possibilité aux états-majors politiques de rejeter sur l’organisation le mauvais score, pour l’instant provisoire, de certains prétendants à la course à la magistrature suprême. La preuve, la plupart des requêtes lors des précédentes élections ont été rejetées, une fois examinées par la juridiction constitutionnelle, par manque de preuves.
Le véritable intérêt des plaintes dépend donc de l’évolution des scores des uns et des autres. Dans la situation actuelle, les requêtes déposées à la HCC s’apparentent à une tentative de sauvetage des apparences des candidats, présumés battus. Pour l’instant, le candidat-président Marc Ravalomanana dispose d’une confortable avance (près de 50 points) sur les autres candidats, si l’on se réfère aux résultats publiés par le ministère de l’Intérieur.
Les yeux vont donc commencer à se tourner vers la HCC. Jusqu’à hier, la juridiction constitutionnelle, censée publier les résultats du scrutin, n’a encore reçu aucune requête, selon Samuel Ralison Andriamorasoa, greffier en chef.
<B>I.A.</B>
SUIVI DU SCRUTIN
<B>Des observateurs internationaux satisfaits</B>
Les conclusions des missions internationales d’observation de l’élection sont plutôt nuancées. Celles qui ont rendu public leurs rapports préliminaires, hier, se disent globalement satisfaites du déroulement du scrutin. Elles ont pourtant tenu à signaler quelques défaillances dans son organisation. L’institut électoral de l’Afrique australe (EISA) et la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) ont relevé quelques lacunes dans l’établissement des listes électorales et dans la distribution des cartes d’électeurs. “Un grand nombre d’électeurs potentiels n’ont pas figuré sur les listes électorales”, note Kingunge Ngomale-Mwiru, ministre d’état tanzanien, et chef de la mission de la SADC.
De son côté, Paul Bérenger, chef de la mission de l’EISA, raconte que les équipes de l’organisation “ont été témoins de situation où des erreurs sur les listes électorales ont empêché les électeurs d’exercer leur devoir civique”. L’ancien premier ministre mauricien met également l’accent sur la distribution des cartes d’électeurs qui n’était pas complètement achevée jusqu’à la veille du scrutin. “Cela a créé l’incertitude et la confusion chez certains électeurs”, ajoute-t-il. Le Comité national d’observation des élections (Cnoe) a craint que ces lacunes ne soient à l’origine d’une abstention massive, mais ni la SADC ni l’EISA ne veulent, pour l’instant, affirmer que celles-ci puissent avoir une incidence sur les résultats de l’élection.
“Malgré les lacunes, les Malgaches ont pu exprimer librement leur choix”, insiste Paul Bérenger.
L’EISA et la SADC n’ont pas assisté à l’élection modèle en Afrique que le gouvernement malgache disait vouloir organiser. Ils reconnaissent toutefois que celle-ci s’est déroulée dans le calme. Alors que la SADC parle d’“une élection bien conduite”, l’EISA évoque une consultation populaire “acceptable”, “l’idéal restant l’idéal”, selon les termes de Paul Bérenger.
“Ces avis sont globalement partagés par l’ensemble des observateurs”, avance de son côté, Bouri Sanhouidi, représentant résident du système des Nations Unies à la sortie d’une réunion avec l’ensemble des organisations d’observation. “Les observateurs ont surtout été impressionnés par la maturité politique des Malgaches”, poursuit-il. Mamadou Lamine Thiam, membre de la délégation de l’Union africaine, qui était encore hier en pleine rédaction de son rapport préliminaire, dit avoir “constaté une élection libre, transparente et sans violence”.
<B>Lova Rabary-Rakotondravony</B>
<B>Les recommandations de l’EISA</B>
● Création d’une commission électorale indépendante,
● Réforme de la Haute cour constitutionnelle en vue d’accroître son indépendance,
● Mise à jour des listes électorales avant les prochaines échéances électorales,
● Affichage et mise à disposition des listes électorales aux parties concernées pour une inspection publique,
● Mise en place d’un cadre légal en matière de financement des partis politiques,
● Révision du système de bulletins de vote multiples : prise en charge par l’état de toutes les dépenses liées à la production et à la distribution des bulletins de vote ou introduction du système de bulletin de vote unique.
<B>Impressions</B>
Largement en tête dans la capitale malgache, Antananarivo, avec plus de 70 % des voix après l’élection présidentielle du dimanche 3 décembre, Marc Ravalomanana, chef de l’état sortant, est convaincu de remporter une victoire au premier tour. En province, il remporte un succès plus mitigé.
Depuis des semaines, le camp présidentiel répète qu’il n’y aura pas de second tour. Les premiers chiffres émanant des provinces montrent que le vote a été régional, chaque candidat faisant le plein de voix dans son fief. Les résultats définitifs ne seront pas connus avant une dizaine de jours.
Marc Ravalomanana, de l’ethnie merina, issue des hauts plateaux, a naturellement remporté un bon score dans les deux grandes villes de la région, Antananarivo et Antsirabe. Les candidats arrivés en seconde et troisième position, Norbert Ratsirahonana et Herizo Razafimahaleo, sont également des Merinas. Roland Ratsiraka, neveu de l’ancien président Didier Ratsiraka, a obtenu 42 % à Tamatave, ville côtière dont il est le maire, et Jean Lahiniriko, l’ancien président de l’Assemblée nationale, 58 % à Tuléar, sa région d’origine. Aucun des deux ne dépasse la barre des 5 % dans la capitale.
Parti dans la course sans le soutien de son oncle, en exil en France, Roland Ratsiraka répète que, même si le président peut arriver en tête, il ne peut absolument pas remporter une victoire au premier tour. La même polémique sur les résultats du premier tour en 2001 avait plongé le pays dans une crise de six mois. Le scrutin s’est déroulé sans incident mais pas pour autant dans les meilleures conditions. Aucun des candidats, à l’exception du chef de l’état, n’avait de bulletin à son nom dans chaque bureau de vote. L’impression des bulletins était à la charge de chacun des candidats qui devaient les remettre à l’administration avant le début de la campagne pour qu’ils soient acheminés en province. La moitié des candidats n’avaient pas transmis leurs bulletins à temps et ont dû les transporter eux-mêmes. Marc Ravalomanana est parti en campagne avec un réel avantage. La loi électorale malgache, qui n’a pas changé depuis le précédent régime, est en effet relativement favorable au président sortant.
Il n’y a, par exemple, aucune limite fixée pour les dépenses de campagne et aucun des treize autres candidats n’a bénéficié des moyens du président, notamment dans les médias. La loi électorale ne prévoit pas d’obligation d’équilibre de temps de parole entre les candidats durant les journaux d’information ou les émissions politiques. Marc Ravalomanana avait donc antenne ouverte sur la télévision nationale, en plus des émissions sur sa chaîne privée Madagascar Broadcasting System. Un seul autre candidat, Norbert Ratsirahonana,a également une télévision privée locale. Le comité national d’observation des élections, collectif de la société civile, avait dénoncé des “lacunes” dans l’organisation, notamment dans l’élaboration des listes et la distribution des cartes d’électeurs.
Publicité
Publicité
Les plus récents