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Chavez, Castro : les commandants du socialisme caribéen
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Chavez, Castro : les commandants du socialisme caribéen
Tous deux sont commandants, tous deux croient au socialisme, tous deux projettent sur l’Amérique latine le souffle d’un anti-américanisme à tous crins et, le temps d’un week-end, le relais d’une histoire unique a semblé transmis entre Fidel Castro Ruiz et Hugo Chavez Frias : l’un s’éloigne quand l’autre s’affirme sur la même trajectoire, celle d’une révolution dirigée par un militaire.
Trop malade pour fêter le cinquantenaire des débuts de sa guérilla, Fidel Castro, samedi 2 décembre, n’est pas parmi ses fidèles ; Hugo Chavez, lui, dimanche 3 décembre, a obtenu sa réélection, avec l’ambition explicite de tenir le pouvoir jusqu’en 2021. Le second avoue qu’il ne sait pas s’il doit parler du premier comme d’un frère ou d’un père. Les deux commandants ont vécu, dans leurs vies privées et publiques, des épisodes si proches que leurs existences ressemblent à un bégaiement de l’Histoire, à plus de trente ans d’écart.
Les deux commandants sont chacun nés dans une famille de sept enfants, dans le nord et le sud de la mer des Caraïbes : Fidel Castro : le 13 août 1926, à Biran, dans la partie orientale de l’île de Cuba, au sein d’un milieu d’exploitants terriens aisés.
Hugo Chavez : le 28 juillet 1954, à Sabaneta, dans les plaines intérieures du Venezuela, au sein d’une famille d’instituteurs.
Tous deux sont des Lion dans des pays attachés au dire de l’horoscope.
Très jeune, Fidel Castro a été placé chez des proches, à Santiago de Cuba, afin d’aller à la “petite école”. Comme ses frères Ramon et Raul, il a attendu le décès de la première épouse de son père pour être pleinement accepté dans la maison familiale. (Son frère Raul – qui le secondait à la tête de l’Etat, du parti unique, du gouvernement et de l’armée – exerce l’intérim du pouvoir en raison de sa maladie.)
Très jeune, Hugo Chavez a été confié avec un de ses frères, Adan, à sa grand-mère paternelle, Rosa Ines Chavez. Il n’a pas caché que c’est elle qui a tenu auprès de lui le rôle de mère (Adan est aujourd’hui ministre de la présidence auprès d’Hugo Chavez.)
Le 26 juillet 1953, Fidel Castro se lance à l’assaut du pouvoir par la voie des armes en attaquant avec une centaine de rebelles la caserne Moncada, à Santiago de Cuba. Il échoue. Jugé, il est condamné à quinze ans de prison. Parole pour la postérité, en conclusion de son procès: “L’Histoire m’absoudra.” Il est libéré après vingt-deux mois de détention.
Le 3 février 1992, le colonel Hugo Chavez se lance à l’assaut du pouvoir par la voie des armes en attaquant, avec l’aide des trois cents bérets rouges et des troupes d’élite, plusieurs unités militaires et le palais présidentiel à Caracas. Il échoue. Parole pour la postérité, au moment de sa reddition : "Nous n’avons pas atteint nos objectifs – pour le moment." Condamné à huit années de prison, il est libéré au bout de vingt-six mois.
La guérilla menée par Fidel Castro provoque la fuite du dictateur Fulgencio Batista au cours du réveillon du Nouvel An, le 1er janvier 1959. Il a 32 ans. Trois ans plus tard, le 17 avril 1961, la brigade 2056 – quinze cents exilés cubains, armés et entraînés par la CIA – débarque dans la baie des Cochons, dans la partie ouest de l’île, afin de renverser le pouvoir révolutionnaire. En quatre jours, cette tentative est réduite à néant, tandis que Fidel Castro annonce, dès la mise en œuvre de l’opération, la “nature socialiste” de la révolution.
Hugo Chavez remporte l’élection présidentielle le 6 décembre 1998, avec 56 % des suffrages exprimés. Il a 44 ans. Quatre ans plus tard, le 11 avril 2002, un groupe d’officiers supérieurs appuyés par des entrepreneurs le placent en détention et amorcent la mise en place d’institutions provisoires dirigées par Pedro Carmona, le leader du patronat. Les divisions entre les auteurs du coup d’Etat et la confusion entre loyalistes et rebelles au sein de l’armée lui permettent de revenir au pouvoir quarante-sept heures plus tard. Sans chercher, comme il s’y est engagé, à prendre sa revanche sur ceux qui l’ont écarté du pouvoir, il s’attache dès lors à accélérer l’étatisation de l’économie et la militarisation de la société.
Fidel Castro et Hugo Chavez ont chacun pris pour référence le principal héros de l’indépendance de leur pays : le poète José Marti pour Cuba, le "libérateur" et écrivain Simon Bolivar pour le Venezuela. Tous deux combinent cette référence nationaliste avec une option socialiste.
Pour Fidel Castro, qui a fait approuver par référendum le caractère “irréversible” du socialisme à Cuba, il n’y a pas d’alternative. Cuba, selon la formule de nombre de ses discours, a le choix entre “le socialisme ou la mort”.
Pour Hugo Chavez, qui affirme que les communautés préhispaniques (Incas, Mayas...) étaient socialistes, il s’agit de retrouver cet état de fait de façon contemporaine en bâtissant le “socialisme du XXIe siècle”.
Pour autant, les slogans des partisans des deux hommes sont centrés sur leurs personnes. Dans la longue liste, les plus fameux sont “Fidel, Fidel, que possède Fidel pour que les impérialistes ne puissent rien contre lui” (Fidel, Fidel, qué tiene Fidel que los imperialistas no pueden con el) et “Hou, Ha, Chavez ne s’en va pas” (Hu, Ha, Chavez no se va).
Fidel Castro et Hugo Chavez ont un ennemi commun : les Etats-Unis d’Amérique. Ils ne manquent donc pas de s’attaquer à tous ceux qui agissent pour la première puissance du monde. Au premier rang : le président des Etats-Unis, George W. Bush, qu’ils moquent chaque fois que cela est possible. Pour le commandant cubain, il s’agit de “Bush le petit” ; pour son homologue vénézuélien, c’est “le diable”, mot lancé à la tribune de l’ONU avec un signe de croix pour conjurer le mal.
En Amérique latine, les deux hommes se sont opposés de même, jusqu’à la suspension des relations diplomatiques, au président mexicain, Vicente Fox, présenté jusqu’à son départ du pouvoir, le 1er décembre 2006, comme un serviteur des Etats-Unis. Pour Hugo Chavez il était “le toutou de l’Empire nord-américain”, pour Fidel Castro un “agnelet”.
Dans un registre plus intime, les deux commandants exercent une même animosité envers le Père Noël, qui fait courir le danger de rapprocher les jeunes esprits du monde mercantile et anglo-saxon de Santa Claus. Avec plus de quarante ans d’écart, ils ont l’un et l’autre interdit toute reproduction du bonhomme vêtu de rouge dans les locaux officiels de leurs pays.
<B>© Le Monde 2006
Distribué parThe New York Times Syndicate</B>
COÏNCIDENCES
<B>Grand voyage</B>
■ Castro est très malade et Pinochet mourant. Ils ne vont quand même pas nous quitter ensemble ! L’actualité s’offre parfois ce genre de coïncidence, dont l’un des deux protagonistes fait inévitablement les frais. Décédé le même jour qu’Edith Piaf, Jean Cocteau avait raté sa sortie : le 12 octobre 1963, dans la presse française, la chanteuse prenait le pas sur le poète. L’an dernier, le prince Rainier était à l’article de la mort, alors que les journaux, un peu en avance, publiaient déjà la nécrologie de Jean Paul II. Si les deux hommes s’étaient éteints en même temps, il n’y avait pas photo. Mais le pape est monté au ciel le premier, permettant au souverain monégasque, une semaine plus tard, un enterrement quasi pontifical... Castro et Pinochet, eux, ne peuvent pas partir le même jour. Ces deux personnages emblématiques de l’Amérique latine, qui n’ont partagé que le titre de dictateur, sont aux antipodes l’un de l’autre. Chacun voudrait tirer à lui la couverture médiatique. Ils se détestent trop. Même le diable refuserait de les faire voyager ensemble.
<B>Robert Solé</B>
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