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?D?ici 2008, la CMT sera un des dix leaders mondiaux de l?habillement?

7 décembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Dans quel contexte situez-vous les manifestations d?aujourd?hui ? </B>

C?est d?abord un paradoxe. A un moment où très peu de personnes ont encore confiance dans le textile habillement, nous venons de l?avant avec de nouveaux investissements massifs.

Il y a eu un moment de découragement au sein de l?industrie. Les conditions dans lesquelles nous vendions nos produits ont complètement changé avec le démantèlement de l?Accord multifibre. Aujourd?hui, l?offre est supérieure à la demande et il y a un déséquilibre sur le marché.

Beaucoup de pays et d?entreprises exportent des vêtements. Plusieurs pays pauvres démarrent leur processus d?industrialisation avec le textile car ce secteur permet de créer beaucoup de jobs en peu de temps.

Maurice a été hyper-protégée grâce aux accords de préférences commerciales. Ces protections arrivent à terme. Nous opérons dans un environnement complètement différent, et devons faire face à beaucoup plus de pays concurrents dont la Chine, l?Inde et des Etats d?Amérique latine.

Les entreprises mauriciennes qui ne font pas les investissements qu?il faut vont disparaître. Seules les sociétés qui investissent dans les infrastructures, les machines et les hommes se donnent les moyens de réussir. C?est dans cet esprit que la CMT mobilise un investissement de Rs 3 milliards pour les 15 prochains mois.

● <B>Qu?est-ce qui a permis à la CMT de continuer à croire dans l?avenir du textile habillement à un moment où beaucoup ont douté ? </B>

Dans toutes les périodes de transition, le doute s?installe. Nous sommes passés dans une ère nouvelle. Il y a eu des chocs auxquels beaucoup d?opérateurs n?étaient pas préparés. Les bons gestionnaires sont ceux qui peuvent anticiper l?avenir. A la CMT, nous avons su anticiper. Nous savions qu?il y avait des dates butoirs. De ce fait, nous avons conçu une nouvelle vision de notre business. Nous avons décliné cette vision en plusieurs stratégies pour réaliser nos objectifs.

Mais il fallait aussi avoir la détermination et la passion. Les machines et les infrastructures ne suffisent pas. Il faut des hommes et des femmes qui veulent travailler pour convertir les stratégies en objectifs recherchés. Nous n?avons jamais baissé les bras en 20 ans d?existence. Peu d?entreprises à Maurice ont investi autant que la CMT.

● <B>Vous disiez récemment que la CMT veut être parmi les dix premiers fabricants de vêtement au monde d?ici 2008. Comment comptez-vous y arriver ? </B>

C?est exactement comme au foot. Au départ, des équipes jouent au niveau du village. Par la suite, elles prennent part aux compétitions inter-villages. Les meilleures progressent au niveau national. Les championnes nationales ont la chance d?évoluer sur le plan régional. Celles qui sont d?un très bon niveau peuvent rivaliser sur la scène internationale. La CMT a démarré avec une unité de production à St.-Pierre. Aujourd?hui, nous pensons que la CMT a de bonnes chances d?être parmi les dix premières entreprises mondiales du textile. Cela implique, certes, beaucoup de choses.

Pour qu?une équipe puisse se qualifier en finale de la Coupe du monde, avoir des rêves ne suffit pas. Il faut surtout travailler très dur. Mais nous sommes confiants. D?ici 2008, la CMT sera parmi les dix leaders mondiaux de l?habillement.

Evidemment, il faut investir gros. Notre investissement de Rs 3 milliards s?inscrit dans cette logique. Nous avons beaucoup oeuvré au niveau de la formation cette année-ci. Nous avons initié des programmes de formation à tous les niveaux.

Nous sommes en train de former des techniciens et des commerciaux tels les merchandisers. Nous avons aussi lancé une initiative de formation de spécialistes dans le textile conjointement avec l?université de Maurice en sponsorisant des cours de deuxième cycle. Nous avons démarré la semaine dernière des programmes de formation destinés aux personnes du shop floor. Nous voulons de cette manière aider à développer les capacités dans cette industrie.

● <B>Pourquoi investir dans une deuxième filature ? </B>

Une filature coûte, certes, beaucoup d?argent. Notre première filature a nécessité Rs 1,6 milliard. La deuxième nous coûtera dans les Rs 2 milliards. Cela demande des moyens financiers énormes. Il faut des fonds propres assez importants pour pouvoir financer de tels projets. Mais notre survie dépend beaucoup de ces investissements.

Aujourd?hui, les clients nous accordent des délais de livraison très courts, de deux à quatre semaines. Les délais sont très raccourcis pour les produits de mode en particulier. A la CMT, nous allons bâtir notre competitive edge dans l?intégration. Il faut s?appuyer sur soi-même pour s?intégrer. Cela permet de mieux contrôler la chaîne logistique afin d?obtenir les intrants à la fabrication dans les temps nécessaires.

Nous pourrons fabriquer 52 types de fil avec la nouvelle filature. Ainsi, nous ne serons plus une entreprise qui produit uniquement avec du coton. Cette variété constitue une nouvelle force pour nous.

● <B>Comment la CMT peut-elle aider à repositionner le textile habillement mauricien sur le marché mondial ? </B>

Nous voulons contribuer à reproduire le modèle italien à Maurice. L?Italie est restée un grand producteur de textile malgré la montée en puissance de la Chine et de l?Inde. Les Italiens ont le savoir-faire. Ils ont du goût et ont accès aux matières premières.

Les fabricants italiens ont choisi le créneau des vêtements de mode qui implique des produits à haute valeur ajoutée. Nous ne sommes pas prétentieux, mais nous devrons nous inspirer de l?expérience des pays qui ont réussi. L?Italie demeure un leader dans l?habillement sans pour autant être le moins cher.

● <B>Dans quels créneaux l?industrie de l?habillement mauricienne devra-t-elle se concentrer pour assurer sa pérennité ? </B>

Le textile est très vaste. Des créneaux doivent être éliminés. Parmi eux, le heavy knitwear - les pull-overs - qui est une activité à haute intensité de main-d??uvre. D?autres pays qui ont des coûts de main-d??uvre dix, voire vingt fois inférieures aux nôtres, sont les leaders dans ce segment de l?industrie.

Dans le denim, il faut des produits à valeur ajoutée. Les qui produisent des denims classiques vont disparaître. Cela s?applique aux chemises également. Il nous faut fabriquer des chemises avec des tissus sophistiqués.

Ce sont des niches que nous pouvons exploiter à Maurice. Il nous faudra remonter la gamme et offrir de la valeur ajoutée à tous les types de vêtements. Il nous faut viser le moyen et le haut de gamme. Cela demande plus d?embellissement des produits. La disponibilité d?une large variété de fil grâce à notre prochaine filature sera un atout de taille pour la CMT.

Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>

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