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Visite de Margaret à Happy Village
La troisième et la dernière journée de la visite officielle de la princesse Margaret, à Maurice, en septembre-octobre 1956, commence par une des plus belles excursions automobiles de Maurice. Le cortège princier quitte le Réduit, traverse le village de Saint-Pierre, passe sous un arc de triomphe, fait de cannes à sucre, ?uvre d?artisans de Mon Désert-Alma S.E., et prend la direction de l?Avenir, Nouvelle-Découverte, Ripailles, Salazie.
La princesse aux yeux tristes a l?occasion de contempler notre Pieter Both sous toutes ses coutures. Avant de plonger vers le réservoir de La Nicolière, son cortège s?offre quelques minutes d?arrêt afin de permettre, à ceux qui le composent, d?admirer la vue dominant les plaines du Nord et nos îles prochaines plus belles quand les alizés donnent de la puissance. C?est aussi le panorama du débarquement des Anglais, en novembre 1810, à un Cap déjà Malheureux.
Le cortège se remet en route en direction de l?établissement sucrier The Mount et du jardin des Pamplemousses où une foule impressionnante attend fébrilement l?arrivée de notre visiteuse de marque. Elle prend place dans une Land Rover, toujours conduite par le surintendant Wright. Elle fait le tour des allées, partout acclamée par des milliers d?écoliers qu?accompagnent des adultes, appartenant à toutes les couches sociales de la population.
Au château de Mon Plaisir, elle fait plus ample connaissance avec l?île Maurice agricole. On lui présente N. Lucie-Smith, son directeur, L.F. Edgerley, directeur des Bois et Forêts, Paul Toureau, commissaire civil du Nord, T.H. Malpas, Youth Organiser, L.J.C. Maingard, commissaire des Girl Guides, Antoine Harel, président de la Chambre d?agriculture, Philippe Espitalier-Noël du Syndicat des sucres, Edgar Hughes, président du Control Board, le Dr Edgar Millien, officier de liaison à l?Agriculture, les députés du Nord, Aunauth Beejadhur, Heeralal R. Vaghjee et Seewoosagur Ramgoolam.
?Margaret fait ses adieux au Réduit. Une foule encore plus pressante lui fait une haie d?honneur ininterrompue sur son passage, multipliant les signes d?adieux.?
La princesse consent à ce que son nom soit donné à une allée qui vient d?être aménagée. Elle se dirige vers un coin du jardin où, avec l?aide de l?horticulteur Jacques Henri Julien, elle plante un goyavier bien sûr royal. A l?étage du château, les deux overseers du jardin, Kewal Nattoo et Manzakhan, s?assurent que tout se déroule comme une lettre à la poste.
Margaret a ensuite droit à une exposition de noix de muscade et de clous de girofle, provenant bien sûr du jardin. Nouvelle tournée en Land Rover dans les allées du jardin et nouvelles acclamations de la foule plus enthousiaste que jamais. Et le cortège reprend la route en direction de Flacq. A Brisée-Verdière, la foule fait si bon accueil au cortège princier qu?il doit réduire sa vitesse à cinq milles à l?heure. Au Centre de Flacq, la foule compacte permet à Margaret d?entrevoir plus longuement que prévu la magistrature de la localité, se voulant réplique de quelque manoir écossais.
Elle arrive à 11h30 à l?établissement sucrier de FUEL où l?accueille André Nairac, officier de liaison au département du Travail. Il lui présente Fernand Leclézio, l?administrateur des lieux, Maurice Rousset, commissaire civil de Moka-Flacq et Satcam Boolell, un des députés de ces districts.
Denise, fille de Knock Leclézio, lui offre, non pas un énième bouquet, mais un album photographique. La couverture est en peau de couleur bleu royal. Il contient des vues de Maurice et plus particulièrement de son industrie sucrière. Un présent pour le moins intelligent.
Après l?usine sucrière, Margaret a droit à la visite de Happy Village, cité ouvrière aménagée à proximité de l?usine pour artisans et laboureurs. Chaque maisonnette est pourvue d?une cuisine et d?une salle de bains attenantes. Une innovation sociale pour l?époque et qui ne passe pas inaperçue.
Retour au Réduit par Camp de Masque, Médine, Quartier-Militaire. Déjeuner et sieste rapide car à 14h30, une Garden Party rassemble dans les jardins gubernatoriaux 1 200 invités, comprenant les plus dignes représentants des différentes communautés ethniques et religieuses de Maurice.
Margaret y fait une apparition remarquée. Elle porte une élégante toilette jaune, des gants blancs et une toque de coquelicots jaunes, blancs et rouges. On lui présente quelques chevaliers de l?empire britannique et de la Légion d?Honneur : Sir Louis Souchon, Sir Edouard Nairac, Sir Edgar Laurent, H.G. Robinson, Raoul Rivet, N.A.C. Weir, Max Boullé, Octave Wiehe, les majors Dillon et Palmer.
18 heures, Margaret fait ses adieux au Réduit. Une foule encore plus pressante lui fait une haie d?honneur ininterrompue sur son passage, multipliant les signes d?adieux. Quelque 100 000 personnes l?attendent Place du Quai ou encore au Quai D. Elle a droit au même protocole que pour son arrivée mais cette fois-ci pour lui dire au revoir, lui souhaiter bon voyage et bonne continuation. Le Dr et Sushil Ramgoolam seront les derniers Mauriciens à la saluer avant qu?elle ne prenne place à bord de la vedette devant la reconduire à bord du yacht Britannia, amarré au Quai D.
La nuit tombe quand le Britannia illuminé s?engage dans le chenal de la rade de Port-Louis. A la surprise générale, il lance une fusée lumineuse rouge. La Montagne des Signaux, le Fort George, le Fort William, des navires en rade en font de même, éclairant pendant de longues secondes le ciel de Port-Louis. C?est encore plus féerique que le plus beau des feux d?artifices. Des feux de joie sur les montagnes autour de Port-Louis complètent le tableau de ce départ crépusculaire.
Fin donc de la visite officielle à Maurice de la princesse Margaret en septembre-octobre 1956. Commencent les polémiques soigneusement entretenues par des esprits chagrins. Un sujet que nous laissons volontiers à d?autres plus intéressés que nous à rappeler ces susceptibilités d?un autre âge.
Rappelons que la visite de la princesse Margaret suit celles de son arrière-grand oncle, le prince Alfred d?Edimbourg (24 mai-3 juin 1870), de ses grands-parents, le duc et duchesse d?York et futurs George V et Queen Mary (du 4 août au 8 août 1901), de ses parents, autres duc et duchesse d?York appelés à régner sous les noms de George VI et de reine Elizabeth, future reine-mère et centenaire (1er et 2 juin 1927). Elle précède celles de sa s?ur, la reine Elizabeth II et de son beau-frère, le prince Philip d?Edimbourg (26 et 27 mars 1972), de son neveu Andrew et de Sarah Fergusson, duc et duchesse d?York (28 septembre au 7 octobre 1982, dans le cadre du Festival de la Mer) et celles du frère du précédent, le prince Edouard, dont la dernière remonte à cette année.
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