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Politique ?

3 décembre 2006, 00:00

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Le concept de politique, au sens noble, est né dans la Grèce antique, tout comme l?idée de démocratie. Issu du terme « polis », la cité ? (rappelons-nous que la « cité » grecque était en fait un état ; l?agglomération réduite se disait « astu », correspondant au latin « urbs ») ? polis a donné « politique », (« politès », le citoyen) le gouvernement de la Cité, c?est-à-dire de l?État.

Selon Rousseau, on ne peut humainement pas séparer la politique de la morale. Machiavel, ce florentin du XVIème siècle conseillait exactement le contraire. Il eut, depuis, d?innombrables disciples, rassemblés sous la même bannière cynique : la fin justifie les moyens. La chute de la plupart des régimes totalitaires, au cours des dernières décennies, a montré les limites de la recette machiavélienne. Moins par vertu que par l?exigence croissante de l?économique sur le politique, qui prône de plus en plus, en deçà du « discours d?idées », l?impérieuse nécessité libérale ? plus ou moins contrôlée par les gouvernements. On voit ce type de système d?économie dirigée triompher jusque dans la Chine communiste. Dans notre monde « globalisé », l?économie fait loi. Dans les domaines de l?industrie, du commerce, de la production de biens de consommation, la compétition entre nations ou groupes de nations n?a jamais été aussi féroce? Dans ce nouvel ordre mondial, que devient la politique ? La conception humaniste du « bien gouverner » recule forcément au profit du « gouverner efficacement », c?est-à-dire en vue de la maîtrise des marchés.

Ainsi, le poids des idéologies a perdu beaucoup, confronté aux impératifs du libéralisme. C?est ce que pensait déjà Raymond Aron, lorsqu?il écrivait : «? Les exigences scientifiques, sociales, humaines de la croissance, passent désormais pour plus importantes que les modalités de la régulation. L?accent est mis sur les traits communs à toutes les croissances plutôt que sur ceux qui caractérisent un type de régime. Du même coup, les idéologies sont dévalorisées, elles tendent à perdre leur potentiel affectif. »

D?où ce thème de débat sur la « dépolitisation » des citoyens. Symptôme révélé notamment par chaque élection où se compte un nombre croissant d?abstentions, dans des pays de longue tradition démocratique. De plus en plus, l?électeur se persuade que, quel que soit le résultat du scrutin, le type de gouvernement qui s?ensuivra ne différera pas notablement, qu?il soit de gauche ou de droite. L?élu gouvernera, non comme il a promis, mais comme il pourra face aux urgences du moment. Urgences surtout économiques, impliquant les obligations sociales envers les individus : on ne peut pas diriger un état contre son peuple. À moins de prendre de grands risques? Ou d?établir une dictature.

Cette « ère du vide » où flotte actuellement la pensée, et à laquelle, confusément, chacun cherche à réagir, a permis de redécouvrir des valeurs disqualifiées au nom du progrès, des certitudes de la science. Hors de la politique, qui ne passionne plus que par épisodes, on retourne à des vérités sorties de la réflexion et du combat : la solidarité entre les hommes, l?humanitaire, la liberté de mener sa vie selon ses propres normes, un retour sur soi-même qui met au centre de tous les problèmes l?Individu. Dans son ouvrage « Bonheur privé, action publique », le sociologue Albert Hirschman essaye de concilier le privé avec le public? « Quand l?homme public chancelle sous le reproche d?hypocrisie ? quand on accuse son action publique de servir des fins personnelles ? le retour à la vie privée peut être tenu pour un pas vers le réalisme, la sincérité et même l?humilité. De même que la vie publique apparaît comme un remède à l?ennui de la vie privée, celle-ci offre un refuge face à l?agitation et à la futilité propres aux activités publiques.

De plus, les jolies formules des idéologies égalitaires ont pris « un coup de vieux », rengaines que l?on s?est lassé de réentendre. D?où cet ennui, ce déboussolage de nos sociétés. Le fameux « sens de l?Histoire » s?est effrité dans les gravats du Mur de Berlin. La marche du monde n?a pas de sens défini : tantôt elle avance, tantôt elle recule. Elle se répète et se contredit. Bref, elle est à l?image des hommes. Comment s?en étonner ? La philosophie des lumières a épuisé les quinquets de ses réverbères. On s?éclaire comme on peut : à l?explosif, ou à la chandelle du « Bon vieux temps » (voir les journaux?) La politique ? Elle penche de plus en plus vers une gestion marchande, qui puisse permettre à chaque foyer de passer, une fois la semaine, au supermarché. Les mots-clés : Pouvoir d?achat, Promotion, Consommation. Avec, toujours en fond sonore, les Droits de l?Homme bien-sûr.

L?« homo consumans » est rassasié, n?est-ce point l?essentiel ?

Quant au reste, les questions en suspens, pour y répondre, n?avons-nous pas désormais l?Internet ? Nouvelle panacée qui, ayant réponse à tout (dit-on), vous dispense de réfléchir et de trouver vos propres réponses. Le règne glorieux de la Technique s?affirme, envahit nos existences, et, au fond, nous gouverne? Et l?on en redemande. Il y a une espèce d?ébriété étourdissante dans la manipulation technologique de cet environnement électronique qui a transformé nos vies. C?est particulièrement remarquable (et nocif) chez les enfants.

Dans ce monde devenu mercantile et compliqué, la Politique n?a plus grand-chose à proposer. Comme le citoyen, elle fait de la navigation à vue, poussée par la nécessité d?éviter les écueils, et la menace de se perdre dans le « trou noir » de quelque Triangle des Bermudes?

Michel BEDU>/b>

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