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Navin Ramgoolam joue les trouble-fêtes

3 décembre 2006, 00:00

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Le fin stratège. C?est ainsi que l?on pourrait surnommer le Premier ministre, Navin Ramgoolam ces dernières semaines. Profitant des relations tendues entre le Mouvement socialiste militant (MSM) et le Mouvement militant mauricien (MMM), il n?hésite pas à mettre son grain de sel afin de s?assurer que ses adversaires ne s?allient pas de nouveau pour devenir trop gênants pour lui.

La stratégie de Ramgoolam semble porter ses fruits dans la mesure où les relations MSM-MMM se sont beaucoup dégradées durant les deux dernières semaines. Au point d?amener le leader du MMM, Paul Bérenger lors de sa conférence de presse, samedi dernier à condamner « le comportement de Pravind Jugnauth » dont le parti « fait le jeu de Navin Ramgoolam ». Alors que tout indiquait que le rapprochement entre ces deux factions de l?opposition était en bonne voie, la déclaration de Paul Bérenger sur le « comportement » de son ancien partenaire a en quelque sorte mis un frein « brutal » à cette initiative.

Depuis, un rapprochement entre les deux partis a été renvoyé sine die. Un « coup de froid » que certains observateurs politiques jugent « grave ». Paul Bérenger n?a pas digéré les propos tenus par Pravind Jugnauth lors d?un meeting public à Bambous. Celui-ci avait laissé entendre qu?il était disposé à donner un coup de main au gouvernement. Il avait tout de même pris le soin de préciser que cette « aide » serait essentiellement axée sur l?éducation, soit « en finir avec le système A + au Certificate of Primary Education ».

Une « aide » que le leader du MSM a réitéré vendredi dernier, lors du meeting de son parti à Rose-Belle. « Mo fer enn l?appel au Premier ministre, ki li mette sur pied enn comité national pu penche li lor sa dossier la et nou disposé amenn nou contribution pu aide bann zenfants sa pei la. »

Il n?en fallait pas plus pour que le MMM sorte de ses gonds. Les critiques de Pravind Jugnauth envers le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool n?y ont rien fait. « Ce coup de main s?arrête là », a toutefois prévenu Pravind Jugnauth. Et de préciser qu?un éventuel rapprochement avec le Parti travailliste (PTr) est exclu.

<B>Torpiller toute « entente » possible</B>

Le positionnement au sein de l?opposition, et les relations entre le MMM et le MSM, n?échappent pas à Navin Ramgoolam. Et dans son entourage, on affirme que le moment est propice pour torpiller toute « entente » possible qui se profilerait à l?horizon au sein des partis de l?opposition.

Prenant acte de ce « désordre » qui caractérise les relations entre le MSM et le MMM, Ramgoolam a choisi d?accentuer la perception selon laquelle il se rapproche du MSM. En ne manquant désormais aucune occasion de pointer un doigt accusateur en direction du MMM.

Afin de renforcer la méfiance que les dirigeants du parti mauve ont désormais à l?égard du MSM, il glisse quelques gentillesses à l?intention de Pravind Jugnauth lors de son discours à Solitude le 26 novembre dernier. Invité par le Mouvement social de Triolet et de Solitude, il a profité d?une remise de prix à l?issue d?une compétition sportive pour laisser entendre qu?il trouve certaines « qualités » au MSM de Pravind Jugnauth. Navin Ramgoolam a aussi évoqué les « critiques constructives » du MSM au Parlement tout en s?insurgeant contre les « démagogies » du MMM. Et d?ajouter qu?il « est salutaire que Paul Bérenger ne soit pas leader de l?opposition ».

Des coulisses, des membres de l?Alliance sociale jubilent de voir une opposition désunie qui, au lieu de concentrer ses attaques sur le gouvernement, se chamaille entre elle. Oubliées, la hausse du coût de la vie, l?Aston Martin du PM ou encore la contre-attaque sur le dossier Business Parks of Mauritius Limited (BPML). Dans l?opposition ce sont les coups bas que l?on pourra jouer à l?allié d?hier qui occupent les esprits. « Navin Ramgoolam est très au fait des relations entre le MSM et le MMM. Il a toutes les cartes en main et peut les battre et les redistribuer. Il ne se presse pas. Il veut garder toutes les options ouvertes, même s?il n?y a pas de véritable enjeu politique en ce moment. Il demeure incontestablement, le maître du jeu », jubile un proche du Premier ministre.

C?est justement au Parlement que Navin Ramgoolam se montre plus disposé à écouter les propos des membres du MSM, plus particulièrement ceux de Nando Bodha. Il se montre très attentif aux commentaires des députés du parti soleil, et même s?il affirme parfois être « offusqué », il entretient des relations cordiales avec certains députés de ce parti.

En revanche, on peut sentir chez lui une certaine « réserve » par rapport au MMM. Ce qui ne l?empêche pas d?entretenir avec certains de ses membres des relations cordiales. Nombreux sont les observateurs politiques à expliquer que Navin Ramgoolam situe son action politique beaucoup plus en fonction des perspectives économiques. « Il veut sortir le pays de la crise. Il déploie toute son énergie et demeure résolument optimiste quant à la finalité de son action. Ne comptez pas sur lui pour faire de petty politics. Il mise sur les réformes enclenchées », déclare un conseiller très proche du Premier ministre.

<B>« Nous allons répondre coup pour coup »</B>

Au niveau des instances de son parti, on ne cache pas que l?incapacité des forces de l?opposition à sceller une alliance, est du pain béni. Alors que les modalités de cette alliance butent sur le « leadership » ? car qui de Paul Bérenger ou de Pravind Jugnauth, sera aux commandes ? ? qui est à l?origine de la mésentente entre ces deux partis.

D?autant plus que Pravind Jugnauth n?a pas fait de mystère sur ses relations avec Paul Bérenger. « C?est vrai que nous avions renoué contact et que nous avions évoqué l?avenir de l?alliance MSM-MMM. Mais j?ai bien fait comprendre que nous ne pouvions refaire cette alliance sur les mêmes bases qu?en 2005. Il fallait prendre en compte les réalités du pays. Paul Bérenger n?a pas été d?accord sur ce postulat. Je laisse le peuple tirer ses propres conclusions. Qui est l?égoïste, lui ou moi ? », a déclaré Pravind Jugnauth, vendredi à Rose-Belle.

Pour quelle raison donc, Navin Ramgoolam devrait-il se précipiter et s?engager dans toute nouvelle alliance ? La question ne se pose pas dans l?immédiat, affirme-t-on du côté de l?Alliance sociale. « Nous avons une confortable majorité et nous contrôlons les municipalités et les conseils de district. Mais nous allons répondre coup pour coup. Navin Ramgoolam est dans cette logique. Il n?est pas question de laisser l?opposition débiter n?importe quoi », déclare un senior minister.

Le Premier ministre, toutefois, tout en étant conscient que la grogne a gagné la rue, ne délaisse pas pour autant le terrain politique. La réunion tenue à la municipalité de Quatre-Bornes sur le Fact-Finding Committee sur BPML, le mois dernier, au cours de laquelle il avait fait une sortie contre le MMM le prouve. Les critiques émises par les dirigeants de ce parti, qui qualifiaient cette Commission de man?uvre politique, avaient été sévèrement réprouvées par le Premier ministre.

Et il a remis ça, cette semaine, dans le cadre de l?affaire Ajay Gunness.

« Je trouve pour le moins étrange que le MMM émette des critiques à l?encontre de l?Independent Commission against Corruption, car ce sont les dirigeants du MMM qui avaient demandé que le dossier sur BPML soit envoyé à cette institution. Alors qu?il trouve à redire quand le dossier d?un de leurs députés est référé à l?Icac m?étonne. »

À défaut d?une opposition qui reserre les rangs, les proches de Ramgoolam estiment que les prochains mois devront être très calmes pour le Premier ministre. Mais Paul Bérenger ne semble pas l?entendre ainsi. Il persiste à dire que des développements politiques majeurs interviendront en début d?année. Et affaibliront considérablement la position du Premier ministre. On saura alors si la stratégie de Ramgoolam a été aussi efficace qu?il le croit.

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