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Jean-Claude Desvaux de Marigny, l?homme aux mains de verre

3 décembre 2006, 00:00

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Dans son atelier situé à Roches-Noires, trônent ici et là plusieurs morceaux et travaux de verre aux mille et une couleurs. Petite musique de fond. Du Michel Sardou, du Céline Dion ou un classique à la Strauss pour l?inspiration. Et cela donne du c?ur à l?ouvrage !

L?artisan aux cheveux poivre et sel, décontracté dans un t-shirt blanc, un short gris-vert et des baskets, manipule le matériel d?une main de maître et s?attelle à la tâche. « Avec l?art, on peut tout faire, on s?épanouit, on oublie les contraintes quotidiennes, on est libre comme un oiseau? » : ses mots regorgent de passion à l?égard de sa muse. Celle-ci l?a titillé dès l?enfance, l?a animé à l?âge adulte et l?inspire encore chaque jour depuis qu?il est à la retraite. Si bien qu?il a créé une petite entreprise qu?il a baptisée l?Art du verre mauricien. Honneur donc au verre, à cet art rempli de délicatesse.

Ses premiers pas dans cet univers, il les fait à dix ans. À l?initiative de son grand-père, Jean-Claude Desvaux de Marigny découvre le dessin grâce à des cours spécialisés. À l?époque, il utilise un panier de fruits et s?amuse à reproduire les ombres, les lumières et les formes sur papier. Ce dessin qui est l?emblème de sa passion naissante, le marquera à vie. Toutefois, en grandissant, Jean-Claude Desvaux de Marigny rêve de faire carrière dans l?architecture. « Mais j?étais paresseux et ne travaillais pas si bien à l?école », dit-il en riant.

À 19 ans, il change donc d?orientation et s?embarque pour l?Afrique du Sud pour une formation en Civil and Structural Engineering au sein d?un collège technique. « C?était un cours très enrichissant, car il me permettait de créer quelque chose. Tout se faisait manuellement, sans ordinateur à cette époque, avec des calculs et des slide rules. C?était difficile mais en même temps, j?utilisais les notions de dessin que j?avais », raconte-t-il.

Après quelque temps, il se voit contraint d?interrompre ses études avec des changements au niveau du cursus. Jean-Claude Desvaux de Marigny se lance dans un tout autre domaine en fondant une compagnie avec son frère. Ensemble, ils entreprennent la construction de low-cost houses. Marié à une Sud-Africaine, il travaille ensuite dans une autre entreprise de construction à Richard?s Bay, avant de revenir à Maurice où il exerce à General Construction.

Mais Jean-Claude Desvaux de Marigny continue à faire quelques allers-retours entre Maurice et l?Afrique du Sud où il exerce dans le même domaine, et suit également des formations plus avancées en dessin. Il se spécialise bien vite dans le fusain, la peinture à l?eau et à l?huile.

« C?est magique de créer »

Puis il se rend à une exposition en France et découvre le vitrail. Il est émerveillé, fasciné. Jean-Claude Desvaux de Marigny va ensuite en Australie où il adhère, avec son épouse, à un cours intensif pour s?initier à cet art. Il poursuit sa formation avec une spécialiste allemande.

Après ses cours, Jean-Claude Desvaux de Marigny se met à conter son propre art. Il aménage un atelier à sa résidence et importe des panneaux, des baguettes de vitres d?Afrique du Sud et des États-Unis. Il achète également des équipements dont des moules, des brûleurs à oxygène et à gaz, ainsi qu?un four pour s?exercer sur le verre. Au bout de quatre heures de travail, il cisèle le verre au diamant sur des tables nivelées pour un travail de précision.

Mélangeant deux techniques, il fusionne les différents types de verre avec minutie et y inclut des dessins pour éviter qu?ils ne se craquellent. Il confectionne des tableaux, des miroirs déco-ratifs, des plats, des appliques et des lampes, des bijoux, des bougeoirs, des objets décoratifs, en prenant soin d?y marier les couleurs et les designs très mauriciens et tendance. « Rien n?est gaspillé dans cet art. Les petits morceaux sont recoupés, reclassés pour créer des mosaïques. Puis, je m?inspire de tout. C?est magique de créer quelque chose de ses propres mains, de donner la vie car j?adore tout simplement ce que je fais, » confie-t-il.

Une fois la confection des plats carrés, ovales ou ronds, terminée, Jean-Claude Desvaux de Marigny s?est mis à faire son propre marketing pour vanter les mérites de ses produits. C?est ainsi qu?il a présenté ses plats très originaux dans les hôtels. Et ses efforts ont payé. Il vient d?avoir une commande. Il a également placé ses travaux dans une boutique à Grand-Baie et à Pailles. Comme il a récemment intégré l?équipe de Boz Art, il expose, avec d?autres artisans, ses ?uvres lors de foires dans plusieurs points de l?île. « Il y a tant de possibilités de créations à Maurice. Mais pour que nous puissions percer, il faut aussi avoir du soutien. Je pense que les opérateurs et les chauffeurs qui accompagnent les touristes pourraient nous aider en les emmenant à nos foires », ajoute l?artisan. Il exposera, avec d?autres artistes, au Garden Village, à Curepipe, à la fin de la semaine. Et au centre commercial du Barachois de Tamarin, les 16 et 17 décembre.

Comblé par la verrerie qu?il exerce à plein temps depuis six mois, Jean-Claude Desvaux de Marigny, également membre de la Small Enterprises and Handicraft Development Authority, entend mettre son art à la portée de tous. Avec des cours qu?il envisage de dispenser pour que chacun puisse créer.

Il caresse aussi un rêve pour notre artisanat local. Il entrevoit un centre national qui abriterait les produits, leurs auteurs, la formation et l?exposition, avec un coin restauration pour le casse-croûte ! « Cela existe déjà à l?étranger. Pourquoi ne pas utiliser notre créativité comme un beau tremplin et favoriser une synergie des artistes ? Cela serait un plus pour notre pays et ouvrirait aussi la voie aux talents de nos jeunes », conclut-il.

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