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Le pilote de l?avion détourné raconte
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Le pilote de l?avion détourné raconte
Les langues se délient dans les jours qui suivent la tentative de coup d'Etat aux Seychelles du mercredi 25 novembre 1981. L'express a rappelé hier la gratitude nationale que la population seychelloise, favorable au putschiste France Albert René, doit entretenir à l'égard de la policière Flavienne Pothin. Nos réminiscences portent, aujourd'hui, sur le témoignage du capitaine G. S. Sharma qui pilote le Boeing 707 d'Air India, détourné par 45 mercenaires pour pouvoir s'enfuir des Seychelles et rentrer en Afrique du Sud, le pays honni de l'apartheid.
Alain Gordon-Gentil rencontre le pilote G. S. Sharma. Il passe quelques jours de détente chez Me Kewal Gujadhur, en compagnie de son épouse, Geeta, et de ses deux enfants, Sheeshank et Kavita. Il raconte.
Son avion vient de Salisbury, capitale alors de la Rhodésie (aujourd'hui Harare, capitale du Zimbabwe). L'avion doit faire escale aux Seychelles avant de se rendre à Bombay, sa destination finale. Tout est normal à bord, sauf que le silence de la tour de contrôle des Seychelles commence à inquiéter l'équipage. Il songe même à dévier sa route sur Maurice quand soudain l'aéroport de Pointe-Larue rompt son silence et fournit à l'avion d'Air India tous les renseignements nécessaires pour atterrir aux Seychelles, comme prévu. L'équipage se prépare à l'atterrissage sans se douter de ce qui se passe au pays des dalons.
L'avion atterrit sans encombre. Il roule encore à toute allure sur la piste quand il aperçoit un premier véhicule blindé qu'il parvient à éviter de justesse. Quelques secondes plus tard, apparition d'un second au travers de la piste. Nouvelle tentative pour l'éviter. Elle sera moins heureuse que la première car il y a contact et le volet de freinage gauche est sérieusement abîmé.
La tour de contrôle ordonne à l'avion d'Air India de rester en bout de piste et d'éteindre toutes les lumières à bord de l'appareil. L'attente commence. Des hommes s'approchent. Bientôt s'ouvre une porte de l'avion. Des hommes, armés de mitraillettes, tiennent en respect équipage et passagers. Ils emmènent le commandant U.C. Saxena et le capitaine Sharma et les conduisent à la tour de contrôle où l'obscurité la plus totale règne. Ordre leur est donné de faire décoller l'avion en direction de l'Afrique du Sud. S'ils refusent, ils seront abattus sur place. Ils n'ont pas de choix et doivent surtout ne rien faire pouvant mettre en danger la sécurité des passagers.
Ils procèdent alors aux vérifications de routine. Le volet de freinage est hors d'usage mais pas au point d'empêcher l'avion de décoller ni de menacer la sécurité des passagers. On refait le plein. Quelque 45 mercenaires prennent place à bord de l'avion qui décolle à nouveau. Un des mercenaires, très versé en matière de navigation aérienne, se tient dans le cockpit avec le commandant Saxena et le capitaine Sharma. Trois autres, armés, se tiennent à l'entrée du cockpit. Ils surveillent passagers et équipage. Des mercenaires aident même à servir à boire et à manger aux passagers. Ils multiplient regrets, excuses et remerciements. ?Vous êtes arrivés au mauvais moment pour vous mais vraiment à point nommé pour nous.?
Plaisance prend contact, à un certain moment, avec l'avion d'Air India. L'équipage indien ne sait quoi faire. Il reçoit l'ordre de prétexter les ennuis au système de freinage pour justifier ce détour imprévu par l'Afrique du Sud. Prétexte plutôt étrange pour un avion indien pouvant bénéficier, à Bombay, de toute l'assistance technique requise. L'explication satisfait cependant les autorités aéroportuaires mauriciennes qui n'insistent pas.
Après l'atterrissage du Boeing 707 à Durban, l'armée sud-africaine cerne l'appareil et prend charge des mercenaires qui déposent les armes et se rendent aux autorités du pays honni de l'apartheid.
Le Seychellois Paul Chow fait savoir à l'hebdomadaire dominical anglais, The Observer, qu'il est le principal porte-parole du Mouvement de la résistance ayant commandité la tentative du coup d'Etat du 25 novembre 1981. Il est aussi l'interlocuteur anonyme, ayant proposé par téléphone à James Mancham de reprendre le pouvoir aux Seychelles en cas de réussite. Ce dernier aurait décliné l'offre.
Le Sunday Times de Johannesburg soutient de son côté que deux Sud-Africaines auraient trahi les mercenaires. Elles auraient quitté l'avion aux Comores et alerté les autorités seychelloises. Cette thèse contredit toutefois le manque de vigilance à l'aéroport de Pointe-Larue, permettant à la majorité des membres du commando de sortir de l'aérogare sans être inquiétés et de prendre place à bord de l'autocar devant les conduire au Reef Hotel. Dieu sait ce qui se serait passé aux Seychelles sans la perspicacité de la policière Flavienne Pothin.
Le Sunday Times confirme que Mike Hoare faisait partie de cette regrettable expédition. Les autres mercenaires sont 23 Sud-Africains, 9 Anglais, 5 Rhodésiens, 2 Irlandais, 2 Allemands, un Australien et un Autrichien.
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