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La vie dans un aquarium

30 novembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Agaléga aurait pu être le lieu de tournage d?un film exotique. Rien d?étonnant que des promoteurs touristiques s?intéressent de près à cette île. Le sable est d?une blancheur irréprochable. À concurrencer les Seychelles. L?île située à environ 1 250 kilomètres au nord de Maurice, soit à 44 heures de navigation, fait partie du territoire mauricien. Aucun avion commercial n?y atterrit, seul le Dornier, avion de la police mauricienne la dessert. Agaléga se compose de deux îles. L?île du Nord comprend deux villages, La Fourche et Village 25, alors que l?île du Sud a comme village Ste-Rita. Les quelque 260 habitants sont répartis dans ce village.

L?Outer Island Development Corporation (OIDC), l?administrateur de l?île, affrète deux fois par an le Mauritius Pride et elle sollicite aussi l?aide des pays amis quand un bateau militaire passe dans le coin pour approvisionner l?île ou encore transporter des élèves comme ce sera le cas en janvier.

Le déchargement de marchandises se fait toujours à l?ancienne. Les articles sont d?abord transbordés sur des barges pour être acheminés vers la côte. Il faut en moyenne deux jours et demi pour décharger environ 290 tonnes de marchandises.

Lieu privilégié des tortues de mer

C?est le lieu privilégié de ponte des tortues de mer pendant la saison appropriée. Le bleu du lagon se nuance de vert selon les endroits et le fond marin est un véritable aquarium naturel.

Agaléga possède probablement une des plus grandes cocoteraies de la région. Les deux îles sont couvertes de cocotiers, mais de différentes variétés. L?OIDC a exporté 30 000 litres d?huile de coco à Maurice cette année sans compter le copra et des fibres végétales.

La végétation sur l?île du Nord est très dense. Les fougères et les ?bois de manioc? semblent être les seules plantes à pouvoir faire face à la domination des palmiers. De plus, le sol est corallien ou sablonneux. Peu de pousses atteignent la maturité. Donc les riverains consomment peu de légumes. Le poisson et les grains sont le menu de base. Le taux d?humidité est aussi très élevé sur la grande île.

L?atmosphère est tout autre sur l?île du Sud malgré le fait que les deux îles ne soient séparées que de quelques kilomètres. La traversée est faite deux fois par jour dépendant de la marée et de la météo. Plusieurs vestiges, notamment des ruines et des bâtiments historiques, se trouvent dans le seul village de l?île, Ste-Rita. Il fait moins chaud que dans le Nord et la terre semble y être fertile. Un potager entretenu autrefois par un Mauricien a été envahi par des plantes sauvages après son départ.

À Ste-Rita, les habitants se plaignent de n?avoir pas une ligne téléphonique pour communiquer avec Maurice comme c?est le cas au Village 25 où on dispose de quatre lignes téléphoniques dont deux publiques. Il n?y existe pas non plus de bureau de poste. Ils doivent traverser la mer pour profiter de ces facilités. Un habitant confie qu?il n?y a pas assez de logements dans le Sud pour les nouveaux couples. La majorité des habitants sont des employés de l?OIDC et ne formuleront pas de critiques ? du moins pas ouvertement ? contre cet organisme. De plus, ils ne sont plus des contractuels depuis une semaine, mais des employés titularisés.

Des fonctionnaires rongés par l?isolement

L?administrateur leur loue une maison en dur à Rs 150 par mois incluant les frais d?électricité et d?eau, mais ils n?ont pas droit à un terrain à bail. Pour certaines personnes, il est important d?avoir ce bail car ce serait une garantie qu?elles ne seront pas expulsées un jour comme les Chagossiens.

Agaléga a aussi une petite communauté de fonctionnaires mauriciens travaillant à la météo, à la police, à l?hôpital et dans le secteur de l?éducation. L?isolement est le mal qui ronge ces fonctionnaires. Ils doivent toujours respecter le contrat d?un an qu?ils ont signé avant de mettre le cap sur l?île. Beaucoup ont craqué. Un infirmier qui est parti sur l?île la semaine dernière a fondu en larmes quelques heures après avoir déposé ses valises.

Quelques-uns ont souffert ou ont prétendu souffrir de dépression pour rompre leur contrat afin de rentrer chez eux. Ces fonctionnaires aimeraient bien un break après chaque six mois pour visiter leurs proches. Ils voudraient aussi que l?administration leur donne certaines facilités pour qu?ils se sentent chez eux.

Le médecin de l?Etat affecté sur l?île est le seul qui ait un contrat de deux mois. Le Dr Wsy Chu Sang affecté actuellement à Agaléga s?occupe des deux centres de santé dont le principal comporte six lits. Les blessures et des maladies bénignes sont traitées localement alors que les accouchements difficiles ou autres complications sont traités à Maurice.

C?est l?éducation qui est la parente pauvre dans l?île. Les deux écoles sont classées dans la Zone d?éducation prioritaire, mais sans les mêmes facilités que celles de Maurice. Il n?y a qu?une dizaine d?élèves qui fréquentent les deux écoles. Et il n?y a que deux enseignants dans chacune d?elles. L?un d?eux se charge des élèves des classes de Std I à III alors que l?autre s?occupe de ceux de la quatrième au CPE. ?Il n?est pas évident de faire trois curriculum pendant une journée?, confie l?un d?eux.

Le taux de réussite est très bas. Selon l?enseignant, quelques parents n?encadrent pas académiquement leurs enfants après l?école. Les enfants qui réussissent aux examens du CPE poursuivent leurs études secondaires à Maurice. Mais beaucoup ont du mal à quitter le cocon familial. Ils ont une mauvaise perception de Maurice. Ils ont entendu dire par d?autres jeunes qu?il y a beaucoup de crimes dans l?île. Ces nouvelles les découragent. D?autres préfèrent arrêter l?école avant la Form V pour rentrer à Agaléga. Pour ce qui est des tout petits, depuis quelque temps, les puéricultrices sont formées à Maurice pour mieux les encadrer.

Quoi qu?il en soit, les Agaléens mènent une vie paisible loin de la pollution. Il y a la mer, la plage et des chaînes satellitaires. Il y a aussi des terrains de sport. Il faudrait peut-être qu?ils s?organisent entre eux pour rompre la monotonie des jours trop pareils et ne pas sombrer dans l?alcool.

Textes et photos Patrick ST.-PIERRE

THEORIES

Et si c?est le pétrole qui attirait l?Inde ?

■ Mais qu?est-ce qui peut bien intéresser l?Inde à Agaléga? Le potentiel touristique d?une île minuscule, perdue à plus de 3 000 kilomètres de ses côtes, sans infrastructures aucune? Les sceptiques n?en croient mot. Agaléga, ou plutôt les eaux autour des îles jumelles, pourraient être d?un intérêt académique et stratégique pour la puissance émergente qu?est l?Inde, argue-t-on. Les vaisseaux laboratoires indiens sillonnent régulièrement l?océan indien dans le but déclaré d?étudier les fonds marins et de répertorier ses richesses. Ce pays a d?ailleurs prêté son expertise et sa logistique en la matière pour aider Maurice à préparer son dossier devant soutenir sa demande d?une extension de sa zone économique exclusive.

Que cherchent les Indiens dans cette région? Des nodules de métaux rares, est-il généralement admis. L?Inde en a même trouvé aux abords des failles tectoniques à mille lieues au-dessous de l?eau. Notamment dans les parages de l?archipel des Chagos. Certains avancent que ce n?est là qu?une couverture pour la prospection pétrolière. L?énergie est un enjeu majeur pour toutes les puissances du monde et à plus forte raison pour celles qui émergent. Ce serait logique que l?Inde cherche à se procurer des champs pétrolifères pour assurer une certaine autonomie à l?avenir. Du pétrole dans l?océan Indien? La question a toujours fait déborder les imaginations. En 1975 déjà, le gouvernement mauricien accordait à la firme américaine Texaco des droits de prospection dans les parages d?Agaléga, plus particulièrement sur les bancs de Saya de Malha. Les recherches de Texaco n?ont rien donné. Pour certains, Texaco n?a jamais vraiment cherché du pétrole. La compagnie aurait pris la prospection pour couverture, sa véritable mission ayant été l?aménagement d?une base militaire à Diégo Garcia. Prem Saddul, géomorphologue, un des rares Mauriciens qui maîtrisent ce sujet, avance qu?il est ?très peu probable? qu?il y ait du pétrole dans cette partie de l?océan Indien. Pour le savoir, il faut comprendre la constitution géologique du plateau des Mascareignes duquel font partie Maurice et Agaléga.

?La partie nord du plateau, là où se trouvent Saya de Malha et les Seychelles, est plutôt corallienne. Le sud est basaltique, c?est-à-dire peu propice à l?accumulation d?hydrocarbure, qui est à la base du pétrole et du gaz naturel. Le seul endroit où il peut y avoir du pétrole se trouve dans la partie nord, près des Seychelles, qui peut être représentée comme un prolongement du plateau golfique. Mais là encore, l?extraction risque de poser de gros problèmes.? Cet avis est remis en question par Simon Van den Berg, un ancien membre non scientifique de l?équipe Texaco qui a prospecté le banc de Saya de Malha pour le pétrole. Selon lui, les Américains ont trouvé du pétrole mais ont gardé l?information cachée pour des raisons stratégiques? Autant dire qu?on nage là en plein univers des polars.

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