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L?arme ultime
La grève de la faim, c?est le plus désespérant des combats. Si Harish Boodhoo et la soixantaine de victimes de la vente à la barre s?y sont résignés, c?est qu?ils ont jugé qu?il n?y a aucun autre moyen de se faire entendre par le pouvoir en place. Et, quand le jeûne politique devient, pour les victimes d?une injustice, la seule arme possible pour défendre leur cause, il y a lieu de s?inquiéter pour la qualité de la démocratie.
Depuis qu?il a entamé son combat contre la saisie des biens immobiliers dont les propriétaires ne peuvent honorer leurs dettes, Harish Boodhoo a utilisé tous les moyens d?action traditionnels. Les résultats de ces actions ont été bien maigres. Une alliance a chassé l?autre au pouvoir, mais le système de ?sale by levy? demeure intact. Les victimes s?accumulent. Rien que depuis le mois de septembre, quand le Conseil des ministres a décidé de mettre sur pied une commission d?enquête, une cinquantaine de propriétés ont été vendues à la barre.
Pour apporter une solution à leur problème, les victimes de la vente à la barre ont donc été contraintes à un chantage à la mort. Le recours à ce moyen extrême traduit un essoufflement de la vie démocratique dans le pays. Les canaux d?expression habituels ont été inopérants. Pour relayer leurs revendications, ils ne procèdent pas par des débats et des échanges. Ils négocient désormais en mettant en jeu leur vie.
Tous les arguments avancés par le mouvement dirigé par Harish Boodhoo ne sont pas forcément justes. Par exemple, il n?est pas possible d?abolir brusquement le ?sale by levy? sans trouver une solution de rechange. Mais il demeure que cette action de dernier recours était nécessaire pour amener les décideurs à prendre conscience du problème. Les cris des victimes ont, jusqu?ici, laissé les autorités indifférentes. Pourtant, il semble que le système actuel est pourri et que des casseurs et escrocs divers s?enrichissent aux dépens des gens innocents. Une première commission d?enquête a fait un constat accablant mais n?a pas eu de suite concrète. Des notables, dans la profession juridique ou ailleurs, ont été mis en cause par Harish Boodhoo mais la justice tarde à établir si ceux-ci sont complices ou pas des procédés mafieux qu?il dénonce.
Le petit groupe qui a décidé d?entreprendre une grève de la faim pour combattre l?injustice du système de ?sale by levy? va sans doute obliger le gouvernement à céder car la pression morale sur celui-ci serait vite intenable. Une nouvelle commission d?enquête sera instituée ou alors de nouvelles lois seront élaborées pour prévenir les abus et rendre le système moins cruel. Cette victoire prévisible des grévistes ne fera pas oublier qu?il leur a fallu prendre un risque mortel pour amener le gouvernement à infléchir sa position.
Notre modèle démocratique doit être bien malade. Dans le cours normal des choses, il aurait suffi à un groupe qui veut dénoncer une injustice d?exprimer son opinion pour que les autorités se saisissent immédiatement du dossier. Là, des gens ont été poussés à refuser de s?alimenter pour pouvoir convaincre de la justesse d?une cause.
L?épreuve de force se terminera vraisemblablement en faveur des grévistes de la faim. Toutefois, il est paradoxal qu?un gouvernement qui est resté sourd aux demandes légitimes de ces citoyens abusés entendra facilement les cris de leurs ventres affamés.
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