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La non fermeture “scientifique” de la pêche à la senne

28 novembre 2006, 00:00

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Nous collectionnons de nos jours des gabegies ministérielles, les unes plus époustouflantes que les autres. Citons pour mémoire le Festival des Terres dans le Triangle d’Ebène, le gaspillage scandaleux de nos meilleures terres agricoles, le lait a mal, la hausse de 20 % des prix des fers de construction, les vols répétés de ferraille à la place d’Armes comme au cimetière de l’Ouest (clôtures de tombes du début du XIXe siècle), l’éventrement projeté de la réserve naturelle de Ferney, le risible projet d’installer un Centre culturel africain Nelson-Mandela dans un Hôtel de la Poste fonctionnant pourtant sans relâche depuis 1868, les mystérieuses apparitions et disparitions des A+ aux examens du CPE, le scandaleux projet de confisquer les îles ancestrales de nos frères et sœurs agaléens pour les donner à l’Inde à des fins stratégiques, la démolition illégale de ce bâtiment historique qu’est l’école Onésipho-Beaugeard, en attendant celles de la School, de la gare Victoria, des locaux de la DWC (ancienne casernes du XVIIIe siècle). La liste est interminable.

Elle pourrait avoir commencé il y a 25 ans, en 1981, avec la décision du ministère de la Pêche, alors dirigé par Iswardeo Seetaram, futur Speaker, de ne pas fermer la saison de la pêche à la senne pour raison... scientifique.

Scientific purposes est, en effet, ce que les porte-parole de l’Hôtel du gouvernement répètent ad nauseam à ceux qui s’étonnent qu’un gouvernement mauricien, même travailliste, même ramgoolamien, ait pu prendre une décision aussi injustifiable. Quels sont les résultats escomptés de cette expérience “scientifique” aussi malencontreuse ? Nul ne le sait. Le mystère reste complet.

Des hommes de bonne volonté ont beau se rendre, à l’Hôtel du gouvernement, pour tenter d’expliquer à qui de droit qu’une telle mesure va à l’encontre de toutes les recommandations des experts mondialement connus venus nous conseiller. Peine perdue. Le ministère d’Iswardeo Seetaram ne saurait se tromper. Son infaillibilité est incontestable.

Curieusement, le poisson rodriguais échappe à cette stupidité ministérielle. En vertu du Fisheries Act de 1980, la pêche à la senne n’est plus autorisée depuis le 1er octobre 1981 et les pêcheurs rodriguais, pour le coup plus intelligents que les fonctionnaires mauriciens du ministère de la Pêche, sont les premiers à comprendre l’opportunité et la justesse d’une telle décision.

Un écolier du CPE sait que la fermeture de la pêche à la senne du 1er octobre au 31 mars de chaque année est indispensable si l’on veut permettre aux poissons de nos lagons de se reproduire.

Depuis le 1er octobre 1981, c’est l’anarchie la plus totale dans nos lagons. Les pêcheurs à la senne font la loi et même la pluie et le beau temps. Ils raclent les fonds de nos lagons avec leurs sennes. Ils les passent même dans les réserves d’Etat, au nez et à la barbe des gardes-pêche qui n’osent plus prendre de sanction contre eux, les sachant protégés par le gouvernement Ramgoolam. Des milliards d’œufs ne deviendront jamais... poissons et n’amélioreront jamais l’alimentation des Mauriciens.

En 1978, Maurice a importé pour Rs 46 millions de poisson. Ce chiffre pourrait passer à Rs 100 millions en 1981.

Le Mouvement pour la Protection des Lagons lance un véritable cri d’alarme. Nos lagons, dit-il, sont de véritables barachois naturels pour peu qu’on observe un contrôle adéquat. Pourquoi alors cette volonté systématique de détruire ce qui peut si facilement être préservé ?

Personne ne peut gagner dans une expérience aussi malencontreuse. Surtout pas nos 600 pêcheurs à la senne en train de ruiner, en 1981, leur gagne-pain pour plusieurs années à venir. Contrairement à ce que peut penser (comme c’est généreusement dit) le ministre Seetaram, ce prolongement de la pêche à la senne ne vient nullement améliorer notre approvisionnement en poisson mais vient durablement appauvrir nos lagons en les dépeuplant. Les pêcheurs savent que leur gagne-pain est en danger et tiennent pour premier responsable le gouvernement Ramgoolam.

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