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Mauriciens d?ailleurs

27 novembre 2006, 00:00

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Voilà un exercice périlleux. Comparer l?incomparable. Mais sans prétention de jouer au casse-cou, nous nous sommes mis en tête de jongler avec l?humain. En tout cas, de réunir dans une même réflexion, deux musiciens.

Linley Marthe ? Jean Bernard Marie. Aucun lien a priori. L?un est bassiste de jazz. Avec un parcours à faire baver tous les ?zenfan mizer? de Tranquebar et d?ailleurs. De rencontres magnifiques en master class, il a côtoyé Didier Lockwood et Michel Portal.

L?autre est pianiste. Se plie à la discipline du répertoire classique. à l?âge de trois ans, ses parents émigrent. Direction l?Australie. De là, bourgeonne une carrière internationale, avec des prestations dans une foultitude de festivals européens, avant d?atterrir au Carnegie Hall. Alors sont-ils pas bons ces ?p?tits? Mauriciens ?

Mais ce n?est pas pour les joies stériles du chauvinisme que nous avons voulu rapprocher ces deux sensibilités musicales. Même si a priori, les principaux concernés ne se sont jamais rencontrés. Qu?ils n?ont peut-être jamais entendu parler l?un de l?autre.

Ce qui nous intéresse, c?est l?image miroir qu?ils nous renvoient de nous-mêmes. Pour une fois, ce ne sont pas des spécialistes étrangers qui se piquent de nous dire ? un peu ? qui nous sommes. Ce que c?est que d?avoir la ?mauricienne attitude?. Mélange de fierté et de flou. D?horizons bouchés faute de débouchés. De lignes floues marquées par les barbelés des non-dits.

Justement, que dit Jean Bernard Marie. (Celui que Paul Olsen, président de la Fondation Spectacle et Culture et ?il de lynx de la programmation du Rezo Otayo a cherché pendant quatre mois. En ayant presque recours à ?des fouilles archéologiques?).

Que dit ce Mauricien d?ailleurs qui pour n?avoir jamais joué dans son pays natal se rattrapera en se produisant lors du concert exceptionnel de réouverture du Plaza. En gros, qu?il ne sait pas ce que c?est que d?être Mauricien. Qu?en côtoyant depuis qu?il est là, des gens de ce sang-là, il ressent des échos à l?intérieur de lui. Des résonances autres que celles des pianos sur lesquels il pose ses mains. Mais surtout, qu?il est en état de choc.

Le choc justement, c?est ce qu?a cherché Linley Marthe. On le sent à son besoin d?ailleurs. ?C?est bon de partir. à Maurice, on est tout petit dans le monde. On est un peu enfermé. Cela manque d?ouverture au niveau de la musique et dans la façon même de voir les choses?.

Ils sont combien les musiciens, les plasticiens, les artistes, à avoir déjà tenu ce discours ? Inutile de faire le compte. Ils sont tellement nombreux que ? konte fini, dimoun reste?.

Et pourtant lane vini, lane ale, c?est la même chose. Nous, les Mauriciens enfermés, cloisonnés ( soyons honnêtes et acceptons tous notre part de responsabilité), n?arrivons pas à répondre aux aspirations des talents qui naissent sur ce ?confetti? jeté en plein océan Indien.

Mais où est donc le problème. Nous l?avons déjà dit. Le constat de Linley Marthe est devenu une rengaine à force d?avoir été entendu. Pourtant, les choses n?ont pas changé. Ou peut-être devrions-nous dire qu?à force de l?entendre, nous n?y faisons plus attention ? C?est grave. En son temps, Eric Triton a swingué sur ce rythme-là.

Sommes-nous condamnés à compter sur les doigts d?une main ces Mauriciens qui fleurissent ailleurs ? Genre Mario Ramsamy avec Image. Les regarder de loin comme on contemple les météorites. Et laisser piétiner la majorité. Tous ces hommes qui valent des milliards.

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