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La vallée de Ferney : Force de la nature

24 novembre 2006, 20:00

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par Aline GROËME

C?est écrit. Rouge sur noir. Comme une blessure sur la peau d?ébène. Des chiffres et des lettres tracés à la peinture sur les arbres. Par centaine. Les condamnant à une mort certaine. Sentence assortie d?un coup de hache. Ces arbres, même rares, devaient succomber à la tronçonneuse, pour faire place à une route.

Et si le jugement a été renversé. Le South Eastern Highway Project stoppé, la condamnation est toujours imprimée sur l?écorce. Rappel lancinant de ce qui aurait pu être. Pour que nul n?oublie?

Une autoroute traversant la vallée. Nous avons beau nous forcer. Le souffle accéléré, les poumons dilatés, difficile d?imaginer du bitume dans la vallée de Ferney. Surtout en empruntant le parcours de randonnée proposé par CIEL & Nature. Officiellement inauguré aujourd?hui, nous avons eu l?occasion de le tester cette semaine. Partie émergée du projet de conservation de la vallée, le parcours de randonnée combine les joies de l?effort physique à la leçon de botanique. Pas pédante. Simplifiée.

Cela nous change. Giovanni Latouche, operations coordinator, notre guide pour l?occasion, n?a pas appris son discours par c?ur. C?est avec naturel (jeu de mots non intentionnel) qu?il mâche une impressionnante liste de noms de plantes rares, noms scientifiques inclus.

C?est aussi cela le plaisir d?une randonnée. Pouvoir profiter du paysage, s?immerger dans la sérénité des lieux sans être dérangé dans son voyage intérieur, par le bla-bla incessant du guide. Qui n?a pas déjà vu son début de communion avec la Nature, sa tentative de capter les ondes positives d?un lieu vivifiant, gâché par un accompagnateur atteint de parlote aiguë ?

Voilà l?un des défis du parcours de la vallée de Ferney. Garder éveillé l?intérêt du visiteur pour environ une heure et trente minutes. Stimuler à la fois ses capacités physiques (tout en restant tout public) et lui apprendre des choses. Le sensibiliser à la cause d?une nature dégradée. L?amener au chevet d?un lieu en demande constante d?attention.

Redécouvrir des plaisirs simples

Alors, comment faire pour que le visiteur accorde plus qu?un vague regard au bois d?éponge, au bois macaque, au bois perroquet, une espèce arrivée au stade critique tant les individus sont peu nombreux ? La solution de CIEL & Nature : lui montrer l?arbre in situ.

Nous piaffons d?impatience dans le visitors? centre. C?est que la photo de la vallée qui occupe tout un pan de mur de ce local en pierre de taille a su nous donner envie. Celle d?écouter le vent dans la ravenale autant que les battements de notre c?ur qui s?accélèrent au fur et à mesure du parcours.

Quinze minutes en bus le long d?un sentier qui cahote. à explorer des yeux ce paysage qui ne demande qu?à vous tendre les bras. Vingt minutes de marche dans la partie domestiquée de la vallée, celle occupée autrefois par les pâturages. Arpenter de vastes plaines. Envoyer valser portables et bruits de la ville. Redécouvrir des plaisirs simples. écraser une feuille d?ylang ylang entre ses doigts. Parfumer l?instant de sensations.

Assister en direct au combat indigène contre endémique

Avant que l?odeur de la forêt, mélange inimitable d?humidité et d?excitation, ne s?empare de l?air ambiant. Le sentier laisse la place à des marches en gravier qui s?amusent à monter et à descendre le long de l?angle des pentes.

«C?est la partie dégradée de la forêt», insiste souvent le guide. Et si au départ, le visiteur a tendance à garder le nez collé à la piste (de peur de rater une marche, de cogner son orteil à une racine ou de glisser dans la terre un peu humide), un joyeux pic-pic lui fait lever la tête.

«C?est le seul oiseau qui n?est pas en voie de disparition», nous renseigne Jean Claude Sevathian, botaniste de la Mauritius Wildlife Foundation, qui est aussi de la visite.

Son ?il averti sépare d?un coup le bois clou de la ravenale. Marcher à Ferney, c?est assister en direct au combat indigène contre endémique. Voir la ravenale, qui sous son costume d?éventail, étouffe d?autres espèces plus fragiles.

Soldats tout aussi acharnés : les moustiques. Arrivés à proximité de l?un des ruisseaux qui arrosent la vallée, ils foncent tout droit sur le sang frais. Short déconseillé.

Après l?effort, le réconfort. Fin des marches de gravier. Une montée abrupte. Et au bout : époustouflante vue sur l?océan. Avec posé au milieu du cadre, l?île-aux-Aigrettes. Essoufflé mais ravi, le visiteur se rappelle alors que la beauté, c?est aussi une question de respect.

INFOS PRATIQUES

Ferney, mode d?emploi

Le parcours de randonnée, décrit par les promoteurs comme étant accessible à tous, est un bol d?air frais à consommer en une heure trente environ. Tarifs : Rs 90 adultes, Rs 45 pour les étudiants et Rs 50 pour ceux du troisième âge. Un forfait qui inclut la visite du ?Visitors? centre? et le trajet aller-retour en bus du ?Visitors? centre? au kiosque ? d?environ un quart d?heure - jusqu?à la vallée.

Quatre visites sont prévues par jour, notamment pour contrôler l?impact de la présence humaine sur le site. Chaque session se fera avec un groupe de 20 personnes.

Horaires des randonnées, du lundi au samedi : 9 heures, 10 h 15, 11 h 30 et 14 heures. Le site est ouvert les dimanches et les jours fériés. Les visites sont à 9 heures, 10 h 15, 13 h 30 et 14 h 15. Les visites sont programmées sur réservation uniquement. Aidé d?un guide, le visiteur pourra apprendre à reconnaître de nombreuses plantes indigènes qui font la richesse de la vallée.

Le projet de conservation de la vallée de Ferney a nécessité un investissement d?environ Rs 15 millions. La deuxième année verra d?autres investissements importants dont le financement de la construction d?une station d?observation devant abriter une équipe de la Mauritius Wildlife Foundation et la réintroduction d?oiseaux endémiques.

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