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Les quatre B

24 novembre 2006, 00:00

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J?avais décidé de passer la soirée à écouter mes chanteurs français préférés, l?alternative étant de laisser Julot me traîner au restaurant.

Est-ce que tu aimes la cuisine japonaise ? m?avait-il demandé.

C?est le cadet de mes sushis, avais-je répondu fermement.

Quinze jours auparavant, j?avais organisé une soirée musicale en solitaire et j?avais opté pour des artistes dont les noms commencent par la lettre A, faisant une sélection hétéroclite avec Charles Aznavour, Paul Anka, Adamo et Louis Armstrong. Résultat: fiasco en la mineur.

Ce soir-là, j?avais décidé d?attaquer la lettre B. Renonçant à la musique classique qui frise parfois le cancer philarmonique, j?avais résolument mis de côté Brahms, Beethoven, Bartok et Berlioz préservant prudemment les fragiles tympans de mes voisins dont un possède un tromblon catalan, modèle Pancho Villa.

Je me suis donc installé sur le lit-divan, j?ai embroché quelques microsillons sur le tourne-disque antédiluvien qui a remplacé mon gramophone à cornet et me voilà tout ouïe. J?avais arrêté mon choix sur quatre grands B, délaissant Barbara dont l?aigle noir, à mon sens, mérite tout juste de finir en salmis. Je veux parler, bien sûr, de Béart, Bécaud, Brassens et Brel, avec lesquels je me suis découvert moult affinités.

Mes atomes les moins crochus ont trait à Béart mais j?apprécie quand même son Eau vive en ces temps de coupures de la CWA. Tout comme Bécaud, quand je suis seul et que j?ai un problème insurmontable, je le pose là, sur la table, en espérant que le temps le réglera. Mon point commun avec Brassens : c?est qu?auprès de mon arbre je vis heureux bien que le camphrier modère mes ardeurs. Quant à Brel, il me donne envie, à chaque printemps, de repeindre mon coeur au vin blanc.

Commençant courageusement par Béart dont la voix sirupeuse fait bondir mon taux de glycémie, j?ai enclenché ?Aux marches du palais? où le coeur de l?héroïne bat pour un petit cordonnier qui a zu sa préférence. Déplorant le fait que cette mélodie était sûrement parrainée par Bata (le prix encore collé sur le disque indiquant Rs. 59.99) j?ai bougé vers Bécaud mais c?était peu avant sa disparition et il était réduit à 25,000 volts ce qui a quand même fait tressauter mon appareil.

Je me suis alors précipité sur Brassens lui empoignant les bacchantes comme si j?étais une des onion girls de Brive-la-Gaillarde. J?ai débuté par ?Les copains d?abord? qui diffère de la version politique mauricienne: Les coquins d?abord. Puis j?ai versé un ruisseau de larmes sur l?Auvergnat et j?ai shifté sur Le gorille jusqu?au passage final où, ayant deux gens de robe dans son collimateur lubrique, il saisit à l?oreille le juge qui aurait mieux protégé ses arrières s?il avait choisi la magistrature assise.

Pour clore ce récital, Brel était au rendez-vous. J?aime les chansons où il est sans le sou avec Jef dont, au fil des moules et puis des frites, la dette s?allonge sur l?ardoise et j?adore par-dessus tout Madeleine malgré le fait que Julot, l?affreux iconoclaste, ait un soir dénaturé effrontément cette chanson en prétendant qu?il s?agissait d?un cinéphile qui l?attendait pour qu?elle paye sa place:

?Ce soir j?attends bas de laine, Nous irons au cinéma?.

Je n?avais pas pris de lilas, n?ayant personne à qui les offrir mais, bien que le vin soit aussi périssable que les fleurs, j?ai terminé la soirée au chambertin, ce qui est d?excellent augure pour la lettte C.

VOLCY

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