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Timide début de campagne pour les présidentielles malgaches
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Timide début de campagne pour les présidentielles malgaches
Un dimanche comme les autres à Antananarivo avant-hier. Pourtant, certains des 14 candidats à l?élection présidentielle du 3 décembre s?étaient préparés à frapper fort pour marquer les esprits, avec des stades réquisitionnés, des artistes connus engagés, le transport et la restauration des partisans prévus.
Malgré cela, la majorité des Tananariviens ont préféré vaquer à leurs occupations habituelles. Seuls les habitués et ceux venus prendre t-shirts, casquettes et fanions avaient fait le déplacement. Il faut toutefois retenir qu?en 2001, c?était la mobilisation générale pour le changement et que cette fois, Marc Ravalomanana a décentralisé ses meetings dans plusieurs quartiers.
Des 14 candidats en lice, seuls quatre ont voulu mobiliser leurs partisans dans la capitale. Le président Ravalomanana a invité ses sympathisants à une messe, suivie d?un concert et des discours politiques, sur le parking du siège de son parti. Norbert Ratsirahonana, a réuni ses partisans pour un meeting précédé d?un concert dans un stade de la périphérie urbaine. Rolland Ratsiraka, en a fait de même. Jean Lanihiriko, a convié ceux qui le soutiennent au grand stade Mahamasina, mais les gradins sont restés vides. Les autres candidats ont préféré jouer la prudence. Herizo Razafimahaleo a choisi de réunir ses militants dans un hôtel pour parler programme alors que Elya Ravelomanantsoa, seule candidate, a opté pour la visite des quartiers pauvres de la capitale, après y avoir assisté à la messe dominicale.
Cinq autres candidats ont déjà déclaré forfait. Ils ont, lors d?une conférence de presse samedi, déclaré qu?ils feront campagne pour expliquer que la consultation du 3 décembre est anticonstitutionnelle. Ils se rallient ainsi à la ligne de l?Arema pro-Ratsiraka qui déclare cette élection illégale.
Promesses non tenues
Parmi eux, on retrouve Ny Hasy Andriamanjato, ancien ministre des Postes et des Télécommunications sous Zafy et Ratsiraka, fils du Pasteur Andriamanjato, ancien président de l?Assembléé nationale, aujourd?hui porte-parole de l?opposition. Les autres sont Monja Roindefa, fils de l?ancien leader nationaliste Monja Jaona, le général Razakarinamana, ancien gouverneur d?Antananarivo, le pasteur protestant Daniel Rajakoba qui a été ministre en 1972 et Philippe Tsiranana, fils du premier président de la République malgache, Philibert Tsiranana. Les observateurs prévoyaient le désistement de ces candidats car, à l?exception d?Andriamanjato, les autres n?ont pas pu livrer les bulletins à la date limite. (Voir encadré)
Le manque d?intérêt manifeste de la population pour cette élection indiquerait, selon les observateurs, un fort taux d?abstention au scrutin du 3 décembre. ?Ce désintérêt s?explique par le mécontentement de la population devant la détérioration de la qualité de la vie et les promesses non tenues?, commente Solofo Rasoharana, directeur d?un cabinet conseils d?Antananarivo. Nombreux sont les Malgaches qui se disent déçus des promesses non tenues du président, mais ils avouent ne pas trouver d?alternative crédible parmi les opposants.
Jérôme BOULLE (Antananarivo)
Les principaux candidats
■ Marc Ravalomanana, 57 ans, président de la République, P.-d.g de la première société agroalimentaire du pays. Maire d?Antananarivo en 1998, il est porté au pouvoir dans des conditions controversées. Les fédérations des églises, l?armée, la magistrature et des intellectuels le soutenaient ouvertement lors de la crise de 2002. Son bilan est mitigé : il a l?effet positif de la reconstruction d?infrastructures dans un pays ruiné par presque une année de troubles sociaux et de marasme économique, mais n?a su juguler l?inflation, et la relance économique n?a pas été à la hauteur des promesses. Les actions sociales entreprises durant son mandat, dont la vaccination en masse, la distribution de lait dans les écoles, le matériel scolaire et l?uniforme gratuit, lui valent de la sympathie. S?il est perçu comme le politicien ?qui a entrepris quelque chose pour la population?, plusieurs lui reprochent de favoriser ses sociétés.
■ Norbert Lala Ratsirahonana, 68 ans, président du parti Avi, a un cursus chargé : magistrat, président de la Haute Cour constitutionnelle, Premier ministre et chef de l'Etat par intérim, en 1996, lors de l?empêchement du président Albert Zafy, il rallie, en 2001, le camp de Marc Ravalomanana et cumule les fonctions de conseiller et d?ambassadeur itinérant du président de la République, jusqu?à sa démission en juillet de cette année. Candidat malheureux aux présidentielles de 1996, il est le principal adversaire de Ravalo à Tana, avec des assises solides sur les côtes. Certains prévoient qu?il pourrait être présent au deuxième tour, s?il y en a un.
■ Herizo Razafimahaleo, 51 ans, président d'honneur et fondateur du parti Leader Fanilo. Il a lancé le quotidien l??Express de Madagascar?, qu?il a vendu en 2003. Gèrant d?une dizaine de sociétés commerciales, il arrive en troisième position, après Albert Zafy et Didier Ratsiraka, lors de la présidentielle de 1996. Mais en 2001, il est battu à plate couture, ne réalisant que 4 % des suffrages. Il a été ministre du Commerce et vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères. Formé à l?université de Michigan et à la First Boston Corporation aux Etats-Unis, il jouit d'une réputation d'économiste compétent et expérimenté, est respecté des intellectuels et bénéficie du soutien de nombreux cadres. Il lui est reproché un langage de technocrate, éloigné de la population.
■ Jean Lahiniriko, 50 ans, président de l?Assemblée nationale jusqu?à sa destitution en mai, a une expérience politique limitée. Cet ingénieur des travaux publics a été membre du cabinet du ministre de la Culture et de l'Information dans le dernier gouvernement Arema sous Ratsiraka. En 2001, il change de bord et soutient, sans faille, Ravalomanana à Tuléar. Il est nommé ministre des Travaux puis est propulsé président de la Chambre basse, mais quitte le perchoir après un bras de fer public avec le président de la République et son parti, le Tim. Ce trésorier national de la fédération des Eglises luthériennes sera un sérieux challenger pour Ravalomanana s?il parvient à rallier les côtiers, estiment des observateurs.
■ Pety Rakotoniaina, 44 ans, maire de Fianarantsoa, prépare sa campagne depuis un an. Membre du MFM, il a été nommé gouverneur de la province de Fianarantsoa à l?accession au pouvoir de Ravalomanana. En 2001, il aidait au démantèlement des barrages érigés par les milices de Ratsiraka dans sa province. Limogé sans ménagement par Ravalomanana en 2003, Pety s'est vengé en se faisant élire à la mairie de Fianaransoa. Il a ensuite fondé l'association "Tambatra" (Rassemblement) qu'il a essaimée sur tout le territoire malgache. Il bénéficie du soutien de certains notables du MFM.
■ Rolland Ratsiraka, 40 ans est le plus jeune des candidats. Neveu de Didier Ratsiraka et maire de Tamatave, ancien fief de son oncle, il est aussi député de Tamatave. Il n?a jamais été membre de l?Arema, mais jouit toutefois d?un capital de sympathie auprès des électeurs de ce parti. C?est ainsi qu?il triomphe à Tamatave au détriment du candidat officiel de l?Arema. Les observateurs ne le créditent pas d?un soutien national.
■ Elya Ravelomanantsoa, 44 ans, la seule femme candidate. Elle est styliste et directrice d?une société de communication. Elle est connue pour être la créatrice de Miss Monja, un défilé de mode très apprécié qui a parfois lieu à Paris. La présidente de l?Association des femmes entrepreneurs de Madagascar n?a jamais eu de mandat électif, mais a été membre du cabinet de Pascale Rakotomavo, ancien Premier ministre Arema, quand celui-ci était gouverneur d?Antananarivo en 2001. Elle a aussi fait partie de l?équipe de Norbert Ratsirahonana quand celui-ci était Premier ministre.
Scrutin à multiples bulletins
■ A Madagascar, le scrutin n?est pas à bulletin unique. Les candidats doivent eux-mêmes les remettre au ministère de l?Intérieur qui les fait disposer sur une table dans les centres de votes. L?électeur met dans l?urne le bulletin du politicien qu?il soutient. Chaque candidat doit donc remettre 17 millions de bulletins, soit deux fois et demie le nombre d?électeurs inscrits, estimé à 7 millions, pour couvrir les deux tours du scrutin. Les bulletins seront ensuite acheminés vers les quelque 18 000 bureaux de vote du territoire malgache. Les candidats qui n?ont pas déposé leurs bulletins sont Monja Roindefa, fils de l?ancien leader nationaliste Monja Jaona, le général Razakarinamana, ancien gouverneur d?Antananarivo, le pasteur protestant Daniel Rajakoba, ministre en 1972 et Philippe Tsiranana, fils de Philibert Tsiranana, premier président de la République Malgache. ?Il ne nous a été accordé que peu de temps matériel pour passer commande. A cela, s'est jointe une pénurie de papier et d'encre d'imprimerie?, explique le candidat Daniel Rajakoba, qui ne cache cependant pas qu'il suspecte des ?manoeuvres? du pouvoir en vue d'écarter le maximum de candidats. A ce jour, seuls Marc Ravalomanana et six de ses adversaires ont pu satisfaire cette exigence. Les opposants qui y sont parvenus sont Norbert Ratsirahonana, Jean Lahiniriko, Herizo Razafimahaleo, Elya Ravelomantsao, Rolland Ratsiraka et Ny Hasy Andriamanjato. Ce dernier a toutefois décidé de dénoncer ce qu?il appelle l?illégalité du scrutin. Le candidat Pety Rakotoniaina n?a pas pu déposer la totalité de ses bulletins, son imprimeur ayant accusé un retard.
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