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Savoir écouter l?autre, un besoin vital

12 novembre 2006, 00:00

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On ne communique pas toujours comme il le faudrait. Résultat, on ne voit pas venir les choses et on tombe des nues ensuite. C?est le grand drame de notre époque et les exemples ne manquent pas. Un suicide, une frustration qui finit en un bain de sang, une séparation, l?incompréhension entre parents et enfants. L?autre tragédie, c?est lorsqu?on fait l?effort de communiquer et qu?on s?y prend mal, on envenime alors les choses. « On est souvent tenté face à quelqu?un qui se confie à nous, de lui donner des conseils, ou sinon on le prend comme une source d?informations, on lui pose beaucoup de questions. En fait, cette personne a juste besoin d?une oreille attentive, de verbaliser ce qu?elle ressent », avance Jagdish Sanhye, secrétaire de Victim Support. Et si au lieu de parler, on essayait d?écouter, de vraiment écouter ceux qui nous entourent ?

C?est vrai que dans une société où la vitesse prend des allures folles, où l?action est survalorisée, où l?on est tellement occupé par nos soucis quotidiens, prendre le temps d?écouter les autres peut sembler passif. On est souvent plus apte à expliquer, à juger, à questionner, à moraliser, à sermonner, mettre en garde. « Parler est une nécessité, écouter est un art », disait Goethe. Si l?on en croit la boutade, ce n?est pas pour rien que nous avons deux oreilles et une seule bouche. En d?autres mots, nous devrions écouter deux fois plus que parler.

Plus facile à dire qu?à faire. L?écoute n?est pas un art facile. Comme on a appris à parler, il faut aussi apprendre à écouter. « Une personne qui vit quelque chose de difficile a surtout besoin d?être accueillie, rejointe, soutenue, comprise, acceptée avec son problème, de telle manière qu?elle soit encouragée à s?écouter elle-même, à entrer en contact avec ce qu?elle éprouve, à descendre en elle et à regarder son problème. » C?est ce qu?écrit Étienne Chaumet dans son livre Apprendre à mieux gérer nos conflits. Il a été directeur de l?École de théologie et de sciences humaines à Maurice et a quitté l?île, il y a un moment déjà. Ainsi écouter ne signifie pas enquêter, questionner, conseiller, donner une solution, interpréter. Écouter, c?est surtout laisser la personne trouver par elle-même son propre chemin.

Étienne Chaumet prône l?approche dite « centrée sur la personne plutôt que sur son problème », développée par le psychologue Carl Rogers. « Le meilleur moyen d?être présent pour une personne consiste à se concentrer sur son vécu et à le lui refléter de telle sorte qu?elle puisse s?entendre elle-même. » Jagdish Sanhye met en avant ce qu?il appelle l?empathie. « Vous vous mettez dans la peau de la personne pour comprendre ce qu?elle ressent. Cela ne veut pas dire que si la personne est dans un trou, vous descendez avec elle et vous pleurez avec elle. Il s?agit surtout de lui montrer que vous comprenez ce qu?elle dit. »

Si on pratique l?écoute active dans les organisations qui proposent de l?aide aux personnes en difficulté, on peut aussi chez soi, à la maison, au travail, apprendre à écouter les autres. Qui sait, cela nous permettrait de vivre dans un monde meilleur.

LES CLES D?UNE BONNE ECOUTE SELON VIJAY RAMANJOOLOO, PSYCHOLOGUE-CLINICIEN

■ Dans la communication, écouter c?est accueillir ce qui s?exprime sans porter de jugement, en tentant de comprendre le monde intérieur de l?autre dans son système de références à lui. Écouter activement, c?est permettre à l?autre d?en dire plus et de s?entendre lui-même lorsque je reprends ou résume ce qu?il vient de dire, ce que j?ai entendu ou du moins ce que j?ai compris dans ce qu?il a dit.

■ Prendre le temps d?écouter est peut-être le plus beau cadeau que nous puissions faire à quelqu?un et peut se résumer ainsi. D?une certaine façon, c?est lui dire « tu es important pour moi, tu es intéressant, je suis heureux que tu sois là. Je suis disponible à ta présence. Je me sens touché par ce que tu es, par ce que tu dis ».

Par ailleurs, écouter c?est commencer par se taire. Avez-vous remarqué combien de tentatives d?échange ou de pseudo-dialogues sont remplis d?expression du genre « Ah oui, c?est comme moi ! » ou « Moi aussi j?ai eu affaire à une telle situation » ? Cette pseudo-compréhension qui s?approprie le dit de l?autre pour mieux le phagocyter n?est qu?une occasion pour parler de soi, pour s?emparer du discours de l?autre et développer le sien. Écouter, c?est aussi donner à l?autre ce que l?on ne nous a peut-être jamais donné : de l?attention, du temps, une présence bienveillante. C?est en apprenant à écouter les autres que nous arrivons à nous écouter nous-mêmes dans notre corps, dans nos émotions.

■ Il faudrait que nous nous interrogions sur la façon dont nous avons appris à communiquer. On s?apercevra qu?on a appris à incommuniquer. On découvrira que, très tôt dans notre existence, on a été dépossédé de la parole par ceux qui nous aimaient et qui, croyant nous comprendre, parlaient pour nous. Les parents et les pédagogues, par exemple, proposent plus souvent des censures que des invitations à une parole libre. Plus grave encore, ils s?approprient notre parole pour parler sur nous-mêmes à notre place. Et pire, ils nient notre existence propre. « J?ai peur, dit l?enfant », « Mais non, il n?y a pas de quoi répond le père », « J?ai mal, dit l?enfant au genou écorché », « Mais non, ce n?est rien, répond la mère ». Ces messages paraissent anodins, ils partent de la bonne intention de rassurer l?enfant. Vouloir enlever leurs peurs aux enfants est une déformation parentale courante. Mais ces messages n?en signifient pas moins « Tu ne peux pas faire confiance à ce que tu ressens, moi, je sais ce que tu dois ressentir ». Ils dictent à l?autre les émotions et les sentiments qu?il doit avoir, ceux qu?il n?a pas.

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