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“Il faut planifier afin de conserver la qualité de la destination”

8 novembre 2006, 00:00

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● <B> L’année 2006 a été plutôt mouvementée, avec notamment la crise liée au chikungunya…</B>

Cela a été une année à la fois riche et difficile. ça a commencé avec les Assises du tourisme en février, un exercice qui a permis à l’association de brasser large.

Et puis, il y a eu le chikungunya qui a eu l’effet que l’on connaît.

Mais il y a eu une frustration, depuis, car nous avons débuté 2006 avec des perspectives de croissance de 8 % sur l’année. Il y a eu un sentiment d’impuissance, même si nous avons été pro-actifs avec la venue d’experts singapouriens pour nous aider à mieux comprendre le principe de contrôle et de maîtrise de la propagation du chikungunya. à partir de là, nous avons entamé une campagne de reconstruction de l’image de la destination en France. Nos efforts ont porté des fruits puisque la baisse dans les arrivées s’atténue. Elle est passée de plus de 42 % à 13,9 %.

● Vous avez évoqué les Assises… Le plan d’action annoncé n’a jamais vu le jour…</B>

L’exercice a été très intéressant car il nous a fait réfléchir sur différents thèmes. Le rapport est en gestation et le retard est dû à la crise du chikungunya. Cependant, dans les décisions prises tout au long de l’année, il y a des éléments de ce qui a été dit aux Assises. Mais il est vrai qu’il faudra finaliser ce rapport.

● Quelles sont les relations entre vous et vos partenaires du secteur public ?</B>

L’Ahrim siège sur tous les conseils d’administration des organismes parapublics du tourisme : Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), Tourism Authority, etc. Tout le monde est d’accord que la destination a un potentiel de croissance. Il y a une nécessité d’agir de façon convergente. Au début d’un tel processus, il y a beaucoup de concertation et des forums de discussions sur le positionnement de la destination, sur l’accès aérien, et des autres facteurs influençant le secteur.

● <B>Quels sont les points les plus sensibles ? </B>

Il n’y en a pas vraiment. Cela dit, avec le temps nous allons mieux structurer les consultations, mieux planifier l’avenir. La MTPA, par exemple, est en train de se “repenser”. La Tourism Authority aussi. Il faut une adéquation entre les investissements, le nombre d’arrivées et des chambres d’hôtels disponibles. Il faut un développement durable du tourisme. Il faut planifier afin d’améliorer la qualité de la destination. C’est une notion primordiale pour nous. Elle concerne l’ensemble de la destination. à Maurice, nous avons des clients qui reviennent régulièrement. Or, s’ils se font arnaquer, ils ne reviendront plus…

● <B>Êtes-vous inquiet du niveau de sécurité de la destination ? </B>

Maurice est vendue comme une destination calme et sûre. Il est essentiel de préserver cette perception. Nous avons les événements sociaux liés à la restructuration de l’économie. Il y a eu aussi des incidents dans les hôtels. Nous avons eu des réunions avec les autorités pour renforcer le niveau de la sécurité dans les hôtels.

<I>On a évoqué deux millions de touristes d’ici à 2015. Il faut prendre les décisions qui s’imposent, par rapport à la construction de nouveaux hôtels, à l’aéroport, aux routes, aux infrastructures publiques, à l’environnement…</I>

● <B>Peut-on imaginer une île Maurice avec uniquement du service cinq-étoiles ? </B>

La qualité n’est pas liée uniquement aux hôtels cinq-étoiles. Il y a des petits établissements, des opérateurs divers qui offrent un service, des prestations de qualité exceptionnelle.

De notre côté, nous lançons un tourism excellence award destiné à nos membres. Il y aura différentes catégories. Chacun dans son créneau devra garantir des normes de qualités minimales, dans un souci de protéger au maximum le service offert aux touristes.

● <B>Vous donnez l’impression de vouloir protéger le tourisme à tout prix, parfois au détriment du Mauricien…</B>

Non, c’est l’inverse. Nous voulons la qualité mais pour la destination et pour l’ensemble des prestations touristiques. Cela implique également le plus petit marchand. Nous souhaitons que tous les prestataires de services opèrent avec des normes acceptables. Un opérateur d’un bateau de plaisance, par exemple, doit avoir une assurance sur ses équipements, respecter des normes d’hygiène à bord et tenir compte de certains aspects de la protection de l’environnement pour assurer son avenir.

● <B>Vous préconisez presque une révolution des mentalités mauriciennes…</B>

Les autorités elles-mêmes semblent convaincues. Il faudra des normes, des activités avec des critères transparents en évitant le “champignonnage” d’activités. Il est risqué d’avoir des activités non contrôlées…

● <B>Les petits opérateurs se plaignent du fait qu’il n’y en a que pour les gros dans le tourisme… </B>

Àl’Ahrim, nous réunissons les petits et les gros opérateurs. Sur les 70 hôtels de l’association, 30 ont moins de 50 chambres. Nous rassemblons aussi des restaurants et l’association des tour-opérateurs est membre de l’Ahrim.

● <B>La location des bungalows aux touristes nuit-elle au secteur ? </B>

Ce ne sont certainement pas nos ennemis. Il y a de la place pour tout le monde, surtout depuis l’ouverture de l’accès aérien. Mais qu’il y ait un respect des normes, sinon la destination serait mise à mal et nuirait également aux bungalows. Chaque secteur du tourisme a son droit mais il doit aussi connaître ses obligations.

● <B>Le développement hôtelier ne se fait pas sans heurts sur le littoral… </B>

Il faut comprendre que Maurice a choisi un modèle de développement basé sur les services, notamment hôteliers. On a évoqué deux millions de touristes d’ici à 2015. Il faut prendre les décisions qui s’imposent, par rapport à la construction de nouveaux hôtels, à l’aéroport, aux routes, aux infrastructures publiques, à l’environnement… Il est évident que vouloir passer d’environ 800 000 touristes annuellement à deux millions sur une période de quelques années, aura un impact. Le tout est de planifier.

Il faudra construire deux fois plus d’hôtels sur les plages disponibles ou alors aménager des plages, dans le plus grand respect de l’environnement. Mais lorsque les décisions seront prises, il faudra les respecter.

● <B>Ces décisions seront-elles prises de façon unilatérale ? </B>

Il y a déjà l’environment impact assessment. Il y a déjà des cas intéressants de réaménagements. Il faudra trouver un mécanisme pour que dès qu’une décision est prise, qu’il ne soit plus possible de la contester. Sinon il n’y aura plus d’investissements étrangers…

● <B>Pourquoi êtes-vous tellement soucieux des investissements étrangers ? Les investisseurs mauriciens, vos membres en l’occurrence sont-ils désormais tentés d’aller ailleurs ? </B>

Pas du tout… Nous évoquons les investisseurs étrangers parce que le volume d’investissement est très important. On parle d’environ 15 000 chambres soit environ Rs 75 milliards, d’ici à 2015. Certes c’est une vision et elle peut changer. Mais déjà certains investisseurs sont là. Club Med, Shanti Ananda, Four Seasons, Sofitel… Ce sont des signaux forts.

Cela dit, les groupes locaux sont aussi présents. Naïade Resorts sera à Bel-Ombre, Véranda Resorts qui rénove ou encore Beachcomber qui a annoncé qu’il était prêt à investir entre Rs 3 et Rs 4 milliards dans des projets…

● <B>Sommes-nous en train d’assister à une révolution dans le paysage touristique mauricien avec la venue de nouvelles compagnies ? </B>

Je parlerais plutôt d’une évolution car il n’y a pas d’ouverture totale. Cette ouverture doit être calquée sur une vision de croissance. Pour cela, il nous faudrait un master plan sur le tourisme qui englobe la question d’accès aérien qui s’est beaucoup amélioré. Il y a un nombre accru de sièges et d’autres places seront disponibles avec Comair, Virgin, Virgin Blue, Qatar Airways qui a fait une demande et Air India qui est intéressée à revenir. Air Mauritius a également un plan de développement intéressant sur l’Inde et l’Australie, avec des perspectives importantes sur ces marchés.

● <B>Ne serait-il pas temps de s’intéresser à d’autres marchés au lieu de miser gros sur la France ? </B>

Bien sûr mais sans laisser tomber la France. Le chikungunya nous a finalement démontré l’importance de la diversification. Et elle donne déjà des résultats, en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, en Scandinavie maintenant ou encore en Russie, en Australie et bien entendu en Inde. Mais la promotion coûte aussi très cher et il faudra augmenter le budget si nous voulons avoir les moyens de nos ambitions.

● <B>Êtes-vous en train de préparer un master plan pour le tourisme ? </B>

Ce serait un outil essentiel et nous l’avons dit au gouvernement. Cela ne fait que quelques mois que la politique de croissance du tourisme a été énoncée, donc elle n’a pas encore été complètement digérée.

● <B>Où trouver les bras pour les 15 000 chambres annoncées ? </B>

Nous travaillons avec l’Empowerment Programme pour mettre en place des cours de formation afin de faciliter le recyclage ou la formation des quelque 3 000 employés dont nous aurons besoin chaque année.

● <B>Comment s’annonce l’année 2007 ? </B>

Il est trop tôt pour le dire mais nous sommes assez confiants. Ce décembre devrait être meilleur que décembre 2005. Quant au chikungunya, l’Ahrim reste vigilante, en attendant la campagne de sensibilisation publique qui démarre prochainement.

<I>Propos recueillis par </I> Thierry CHATEAU</B>

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