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Les leçons d?un black-out
Il s?agissait finalement d?une simple question de synchronisation entre producteurs et distributeur d?électricité. Petite question aux répercussions graves puisque le pays tout entier a été privé de courant l?espace d?une heure. Le black-out généralisé de dimanche dernier met en évidence l?urgence pour les producteurs et le distributeur de l?électricité d?accorder leurs violons.
Un black-out est le fruit d?un problème survenu soit au niveau de la production, soit à celui du transport. L?électricité est une commodité qui ne peut être stockée. On en produit à mesure qu?on en consomme. Il est donc évident que la production doit être en parfait équilibre avec la demande. Il y a délestage (coupures momentanées) ou black-out quand cette harmonie est bouleversée ou rompue.
Mais dimanche, le problème n?était pas au niveau de la production. Il se situait sur le réseau de transport de l?électricité, ces fameuses lignes de haute tension qui lient les centrales aux relais de distribution du CEB. Un problème mécanique survenu au niveau d?un de ces relais, celui de Dumas à l?entrée de Plaine-Verte, a provoqué un court-circuit.
Mais un court-circuit peut-il provoquer un black-out généralisé? La situation défie toute logique. Pourquoi le CEB n?a-t-il pas pu isoler la partie déstabilisée du réseau (Belle-Vue-Dumas) ? Pourquoi les autres centrales ont-elles emboîté le pas à Belle-Vue lorsque celle-ci a fait intervenir son mécanisme de protection pour se retirer du réseau?
L?explication est technique. Elle se prête également à polémique entre le CEB et Belle-Vue. Lorsqu?un court-circuit se produit sur une ligne de haute tension, un double mécanisme de protection entre en jeu. Celui-ci consiste à isoler la source du problème et le segment du réseau affecté. Il est activé d?un côté par le CEB qui a le soucis de protéger le réseau de transportation et de l?autre, par la centrale qui doit conserver ses équipements qui risquent d?être abîmés.
Réserve de 30 MW
?L?activation du mécanisme de protection est régie par une convention entre le CEB et la centrale. Celle-ci est tenue de laisser s?ouvrir les disjoncteurs du CEB avant d?activer les siens. L?opération est automatique. Les équipements sont synchronisés de façon à respecter cet ordre de préséance?, explique un dirigeant du CEB. Or, c?est là que les choses se sont gâtées.
Lorsque s?est produit l?accident de Dumas, le CEB a cru disposer d?un peu plus d?une demi-seconde pour isoler le réseau Dumas-Belle-Vue. Selon cet organisme, la centrale s?est engagée à temporiser pour ce laps de temps avant d?activer ses propres protections. Or, la centrale aurait violé cet accord en ouvrant les disjoncteurs bien avant. Le CEB a demandé des explications à Belle-Vue sur ce changement de délai de temporisation.
Mais à Belle-Vue, l?on soutient que ?cette réaction de la centrale est conforme au réglage d?origine qui est bien sûr parfaitement connu du CEB?. C?est ce que relève Jean Marie Richard, porte-parole de CTBV. Il ajoute que le CEB n?a pu régler le problème survenu sur le réseau durant la fraction de seconde que la centrale a prise pour s?isoler du réseau.
?Au moment où Dumas a court-circuité, Belle-Vue alimentait 30 % du réseau. C?est conséquent. Lorsqu?une telle charge se retire, il faut du temps pour y pallier. Or, nous n?avons pas disposé de suffisamment de temps. Résultat, le réseau a été déstabilisé et il s?est effondré?, explique-t-on au CEB.
Tout s?est donc joué dans l?espace de quelques infimes fractions de secondes. Le black-out aurait-il pu être prévenu ? Qu?aurait pu faire le CEB pour combler le déficit de 30 % sur le réseau ? ?Un centième de seconde est un temps énorme dans le domaine de la production et de la transmission d?électricité. L?ajustement se fait de manière automatique. Dans le cas présent, si Belle-Vue fournissait une charge inférieure au moment de l?accident, la situation aurait été plus facilement gérable?, dit notre interlocuteur.
Le CEB dispose d?une réserve de 30 mégawatts, soit environ 15 % de la demande. Cette charge est deux fois inférieure à celle assurée par Belle-Vue. Si le mécanisme de protection de la centrale était mieux synchronisé avec celui du CEB, cette réserve serait venue suppléer au vide laissé par le retrait de Belle-Vue. Mais comme la demande aurait continué à excéder la fourniture, le CEB aurait également procédé au délestage qui consiste à priver momentanément certains abonnés d?électricité.
Réseau intégré
Il aurait suffi de cette fraction de seconde, que le CEB reproche à Belle-Vue de lui avoir refusée, pour que s?accomplisse tout le processus de suppléance. Et les Mauriciens n?auraient rien su de l?accident. A l?exception, bien sûr des abonnés desservis par le segment Dumas-Belle-Vue qui eux, auraient été privés d?électricité le temps que le relais de Dumas soit réparé.
Ce genre d?accidents fait partie de la vie normale d?un système de production, de transport et de distribution d?électricité. Faut-il craindre à chaque fois que le pays entier soit plongé dans le noir ? Le mystère des autres centrales demeure. Pourquoi ont-elles emboîté le pas à Belle-Vue ?
?Je pensais que le réseau mauricien a été modelé sur celui de la France où l?on procède par section. En cas d?accident, c?est uniquement la région couverte par la section concernée qui est privée d?électricité. Cela est le même principe que celui gouvernant les réseaux domestiques. Quand un disjoncteur a sauté dans la cuisine, le reste de la maison est éclairé??, relève un professionnel du domaine.
Mais qu?il se détrompe. Le CEB dispose d?un réseau intégré et non segmenté. Cela veut dire que tout est lié et donc vulnérable au moindre contretemps. C?est un peu comme un immense réseau informatique qui peut être paralysé par un simple virus? Pourquoi le CEB ne s?est-il pas protégé contre cette vulnérabilité ? ?C?est physiquement impossible pour le moment. Pour pratiquer la segmentation, il faudrait que la capacité de production soit répartie sur l?ensemble du territoire. Or, le gros de notre production est toujours assuré dans la région de Port-Louis?, explique-t-on au niveau du CEB.
Maintenance
L?arrivée des centrales privées commence à changer la configuration. Le compartimentage du réseau devient envisageable, avance notre interlocuteur. Dès lors, le spectre des black-out généralisés devrait pouvoir être tenu à distance.
Mais on n?en est pas encore à cela. Pour le moment, le CEB tire les conséquences du black-out de dimanche et travaille sur une amélioration de ses dispositifs de sécurité en cas d?accidents sur le réseau. Ses ingénieurs sont en discussion avec ceux de CTBV en vue de régler le problème de synchronisation.
Cela n?est pas la première fois que Belle-Vue pose problème. Problème de maintenance, comme l?a suggéré dans une de ses sorties dans la presse le président du CEB, Patrick Assirvaden. ?Il s?agit plutôt d?une irrégularité de la part de Belle-Vue de calibrer son système de protection. Le CEB le fait chaque année. Belle-Vue ne la pas fait depuis l?an 2000?, soutient un porte-parole du CEB. Le problème de synchronisation serait né de là.
Dans le passé, la centrale de Deep River avait donné du fil à retordre au CEB. Cet organisme a commandé une étude portant sur la sécurité du réseau. PB Power, le consultant désigné il y a environ trois mois, soumet son rapport dans deux semaines. La mise en application des recommandations sera immédiate, indique-t-on au CEB.
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