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Deux pages de publicité pour l?Alimentation
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Deux pages de publicité pour l?Alimentation
Tâchons de nous souvenir de ce que le ministère de l?Agro-Industrie nous a concocté pour la Journée mondiale de l?Alimentation de cette année. Un journal de la mi-octobre 2006 nous parle certes de nouvelles formes de pauvreté qui nous interpellent, de pêcheurs menaçant de bloquer les travaux du dragueur Boskalis dans le port de pêche, d?Arvin Boolell promettant que se matérialisera, d?ici les calendes grecques, le slogan ?produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons?, de photos d?un modeste étalage de produits alimentaires, de terres à offrir à certains (information davantage foncière sinon de copinage qu?agricole), de la production de 115 000 tonnes de légumes souvent dopés d?additifs mystérieux, de 500 tonnes de viande de cerf (au mieux une livre par tête de pipe par an, hôtels et touristes non compris), de 80 000 tonnes de poisson dont 70 000 pour l?exportation (thon pêché hors des eaux territoriales, par des étrangers, pour des étrangers, avec seulement un transbordement local cum mise en boîte ou en tranche).
A chacun de nous de déterminer, en son âme et conscience, si cela suffit pour être digne de ce que doit être une politique agricole, garante de la volonté inébranlable d?une nation de vivre debout sans assistance excessive, en mettant toute sa fierté à produire ce qu?elle consomme et à consommer ce qu?elle produit, sans chercher à se nourrir d?illusions ni de slogans éculés, répétés d?année en année et aussi vite oubliés que proférés, même devant des médias aussi accommodants qu?un micro et le système de sonorisation auquel il est relié.
Il suffit, en effet, de se rendre dans n?importe quelle grande surface alimentaire pour constater l?indiscutable invasion de produits alimentaires importés à grande échelle, à des conditions souvent plus avantageuses que la vente des produits locaux. Il devient de plus en plus difficile pour nos moolkoos, pistaches grillées ou salées de rivaliser avec les gadjacks de Malaisie car floconneux à souhait et emballés sous pression. Nous préférons de plus en plus du vent malais plutôt que ce que notre cuisine mauricienne peut produire de mieux, mais avec un minimum de peine et d?application, guère au goût du jour, hélas.
Oubliées les sages paroles de Philippe Forget, rappelant, à la mi-octobre 1981, que la production alimentaire est la forme la plus élevée de moralité et de justice humaine. La Journée mondiale de l?Alimentation 1981 survient opportunément une quinzaine de jours après une seconde dévaluation de notre roupie (20%) et précède sa future dépréciation chronique ($, £, ?, là-haut Rs 30, Rs 60, Rs 40 respectivement contre Rs 10 et Rs 20 en 1981 pour ces deux premières devises).
Philippe Forget met en garde, à bon escient, contre v?ux pieux et critique hargneuse ?deux faces à la Janus d?une même pollution par paroles oisives?. La faim dans le monde est l?expression du déséquilibre entre consommation et production. Il cite Rodrigues, avec une population de plus en plus fonctionnarisée, en raison des solutions de facilités prônées par le PMSD, où une poussée de population coïncide avec une chute de production agricole. Il cite le taux minable, à Maurice, de consommation de l??uf, ?cet aliment incomparable?.
La production agricole est encore, en 1981, au stade préhistorique de la cueillette (bois à feu, pêche de lagon), déplore l?éditorialiste de l?express. Il se félicite de l?introduction de nouvelles variétés taiwanaises de pommes d?amour permettant un rendement à l?hectare de passer de 9 à 30 tonnes. Il met son espoir dans la production du poulet et de la viande de cerf et augure que, avant 1991, le Mauricien ne consommera que ces deux viandes. Faisons notre deuil de la viande de cerf si l?on doit croire les visées politiques cherchant déjà à faire disparaître les chassés à flanc de montagne, servant de parcs à nos hardes de cerfs, comme elles ont détruit, cette année, le ressort poussant des Mauriciens de toutes ethnies à posséder une résidence primaire ou secondaire, avec accès autant que possible au bord de mer. Vaches à lait, à traire sans scrupule, qu?elles se tiennent sur le battant de la lame ou perchées sur un mirador.
L?express du 16 octobre 1981 consacre ses deux pages du milieu à des avis vantant nos produits alimentaires locaux : poulet de table, ?uf, lait de nos coopératives laitières, thé (50 tasses succulentes pour seulement Rs 2.90), thon Tropical, café de Chamarel, biscuits Subana, sucette Tamarino au pur jus de tamarin, légumes surgelés, porc de la Salaison coopérative de Terre-Rouge, yaourt Yoplait ou Juta, mine Apollo, bonbons Maucob, conserves de Food Canners, lait National de l?avenue Berthaud, Quatre-Bornes, ou encore d?Union S.E., Rivière-des-Anguilles, étals maraîchers de la diversification agricole de l?industrie sucrière, offrant, entre autres, de la salade de palmiste, etc.
C?est quand même plus concret qu?une énième promesse ministérielle, cherchant à nous faire accroire que le gouvernement du 3 juillet 2005 veut que nous produisons ce que nous consommons et que nous consommons ce que nous produisons, à l?encontre de ce que prône la sacro-sainte mondialisation. Ceux qui en doutent n?ont qu?à se pencher sur le déficit de notre balance commerciale nationale, dépassant aujourd?hui, quand exprimé en roupies dépréciées, nos exportations, entre autres agricoles, de 1981.
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