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Revendication créole
L?île Maurice aime bien le compartimentage culturel. Et elle ne le cache pas. Tant mieux, cela fait un ingrédient de moins dans le panier des hypocrisies. Mais c?est tout de même d?un tel prosaïsme qu?on ne peut s?empêcher de le souligner. Voire de le regretter sinon de le dénoncer.
Du 28 octobre au 11 novembre prochain se tient le Festival international de la langue et de la culture créoles à Maurice. Une initiative salutaire tant nous nous sommes évertués à occulter ce festival. ?Des personnes ayant à c?ur la question créole se sont réunies afin de marquer le Festival? Un comité a été institué? Le thème central retenu pour cette année est : ?Kreol, Afirm to lexistans, Selebre nou valer?, lit-on dans la convocation envoyée aux médias pour la conférence de presse organisée par le comité organisateur.
Si nous lisons bien le libellé de cette convocation, il y a des nuances qui ne nous échappent pas. D?abord les ?personnes ayant à c?ur la question créole? sont bizarrement d?une seule et même communauté. D?autres ne diront pas bizarrement mais logiquement.
Ensuite, le thème retenu évoque le créole à qui on s?adresse à la deuxième personne du singulier pour lui demander d?affirmer son existence ? existence à entendre comme identité ? et qui est appelé à célébrer ses valeurs. Le glissement pronominal du ?tu? au ?nous? participe d?une volonté de regroupement. L?affirmation individuelle de l?identité créole passe ainsi par la célébration des valeurs collectives. Ce discours identitaire est tout ce qu?il y a de plus légitime.
Tout aussi légitime est l?initiative prise par le comité pour marquer ce festival. On pourrait y voir un déterminisme ethnique qui réduit la portée de l?événement. On pourrait aussi y voir une volonté d?enfermement qui ne sert pas une idée générale. Mais on doit concéder qu?il est tout à fait naturel qu?un groupe socio-ethnique cherche à affirmer sa cohésion.
Il a d?autant plus ce droit que personne d?autre n?a voulu jusqu?ici voir autre chose dans ce substantif ?créole? que des référents ethniques. Cependant s?il revient aux autres de venir à soi, le soi ne peut non plus s?astreindre de l?effort d?ouverture. Et a fortiori lorsqu?il est question de langue et de culture. Car c?est bien ce qui détonne dans la démarche.
On parle de langue et de culture créoles. L?universalité du concept ne fait aucun doute. Pourtant, il y a un embrigadement en cours qui risque de dévier de son sens un concept aussi fondamental. Il importe aujourd?hui de faire voler en éclat ce genre de cloisonnement et de revoir certains cadres conceptuels réducteurs. Aussi longtemps qu?on sera incapable de revendiquer indistinctement ce qui est l?un des principes fondateurs d?une nation, l?un des éléments constitutifs d?une identité commune, on s?écartera de la voie d?une destinée partagée.
La langue et la culture créoles participent au sentiment d?appartenance commune. C?est l?un des marqueurs, sinon le principal marqueur, de l?identité mauricienne. Parce qu?il dit l?universalité de notre être. La construction d?une nation est un processus infini. La langue et la culture, c?est ce qui permet à cette nation de se dire et d?exprimer une manière d?être.
À chaque moment de son histoire, une nation a besoin de se nourrir à sa source pour pouvoir construire son à venir. S?il y a une certitude, c?est que la langue et surtout la culture créole seront toujours là. C?est une fierté commune. Peut-être pas partagée par tout le monde mais indubitablement vécue par chacun même s?il peut hésiter à l?avouer.
En quelques mots, la langue et la culture créoles, c?est un festival permanent pour l?île Maurice. Voilà ce qui nous fait. Voilà ce qui n?a aucun caractère ethnique et encore moins religieux.
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