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Pour que le sourire revienne chez les Payen

12 octobre 2006, 00:00

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La pauvreté matérielle est insupportable. Elle devient insoutenable lorsqu?elle s?allie à la détresse humaine. Antoinette Payen est bien placée pour le savoir.

Depuis cinq mois, cette quinquagénaire et les siens, soit sept personnes, vivent dans une maison branlante en bois pourri et tôles rouillées, qui tient encore sur ses fondations par on ne sait trop quel hasard.

La vie n?a pas toujours été tendre envers Antoinette. Mais autrefois, elle avait pour elle sa jeunesse et sa force qu?elle mettait à profit en travaillant comme femme de ménage. Cette mère de cinq enfants, dont deux sont mariés et établis ailleurs, a perdu son mari.

Ensuite, sa fille de 20 ans, a subitement développé un trouble psychiatrique grave qui l?a privée de toute autonomie. Son autre fille de 16 ans, employée d?usine, gagne Rs 500. par mois, dont la moitié part en frais de transport.

Un malheur n?arrive jamais seul

Bon gré, mal gré, Antoinette arrivait à joindre les deux bouts chichement grâce à la pension de vieillesse de son nouveau compagnon. Mais le couple, qui vivait dans un réduit avec les deux filles de la quinquagénaire, a dû déménager quand l?aînée d?Antoinette, mariée et mère de deux enfants, est revenue chez sa mère. Cela après qu?un proche de son mari ait sodomisé leur fils de six ans.

Antoinette s?est retrouvée avec trois personnes supplémentaires à héberger et à nourrir. D?où son emménagement dans cette maison de quatre pièces à Engrais- Martial. ?Proprieter isi inn tir mwa dan difikilte parski mo ti tro sere laba. Mo ti krwar mo ti pou dan byen me isi li pli pa bon.?

Et c?est vrai. L?humidité a fait un travail de sape sur les lattes en bois et les partitions internes en préfabriqué. Une des pièces de la maison, où se trouvaient les deux seules fenêtres, a été condamnée car elle prend l?eau comme un navire qui coule.

Les autres pièces, qui permettent aussi à la pluie de s?infiltrer par la toiture trouée, sont exiguës et sombres du fait que seules deux ampoules à faibles ampères les éclairent. L?eau potable n?est fournie que par un unique robinet dans le couloir qui sert de cuisine. Le lieu est sordide et infesté de rats.

Avec sa fille qui n?a plus toute sa tête, Antoinette ne peut prendre le risque d?aller travailler. La mère de l?enfant abusé, pourtant en état de travailler, ne peut le faire car elle est encore sous le choc. Comme un malheur n?arrive jamais seul, le propriétaire les a avertis qu?ils devaient vider les lieux car il compte faire raser sa maison.

?Si chaque famille fortunée...?

C?est par le biais de Roselyne, une des volontaires de l?organisation non gouvernementale (ONG), Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (CEDEM), que la directrice, Rita Venkatasamy, a eu vent du cas des Payen et a décidé de les aider. Elle va contacter le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups pour voir s?il est possible de les faire reloger. Elle entend aussi les accompagner dans toutes leurs formalités administratives.

Touchés par la misère des Payen, les enfants du CEDEM ont, eux, décidé d?économiser et de leur offrir mensuellement un colis alimentaire pendant un an. Vendredi, ces enfants recevront les Payen à déjeuner dans les locaux du CEDEM à Floréal. ?Nous organiserons aussi des sorties et nous ferons pour eux tout ce qui permet à un être humain de vivre dans la dignité.?

Rita Venkatasamy pousse la réflexion plus loin. ?Je ne crois pas qu?il faut compter sur l?Etat pour résoudre tous les problèmes de pauvreté. L?Etat doit s?y atteler mais de concert avec le secteur privé, les ONG et la société civile. Chacun doit y mettre du sien. Il y a des gens riches à Maurice. Si chaque famille fortunée prenait en charge une famille indigente, nous n?aurions pas autant de pauvres dans ce pays. C?est ce que j?enseigne à mes enfants du CEDEM.?

Bel enseignement?

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