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La princesse Margaret visite Maurice

8 octobre 2006, 20:00

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Notre presse contemporaine nous annonce que le prince Edouard visitera Maurice les 11 et 12 octobre prochain. La nouvelle ne fait pas la une de tous nos journaux, ni même l?unanimité parmi eux. Certains reprendront la nouvelle et peut-être couvriront cette visite princière et même royale. D?autres feront l?impasse, la jugeant, peut-être pas assez intéressante pour l?ensemble de leurs lecteurs.

Le prince Edouard n?est d?ailleurs pas à sa première visite à Maurice puisqu?il est déjà venu nous visiter en novembre 2003, sans oublier un plus long séjour à Rodrigues. Il peut difficilement espérer le même engouement, le même enthousiasme que la visite, à Maurice, en septembre-octobre 1956, de sa grand-tante, la défunte princesse Margaret, visite qui occupe entièrement la une de tous les journaux de l?époque avant, pendant et après cette visite mémorable et inoubliable, une visite qui se déroule incontestablement sous le signe de l?enthousiasme général et de la ferveur contagieuse, en dépit de la tristesse inconsolable qui se lit toujours sur le visage de cette royale visiteuse.

Advance écrit à juste titre que la date du 29 septembre 1956 entre dans l?histoire de Maurice, à l?occasion de cette visite. La plus grande effervescence règne pendant les jours et les heures qui précèdent le débarquement de la royale princesse, propulsée à la une de la press people de l?époque, en raison de ses amours contrariées pour le colonel Peter Townsend, un roturier, de surcroît divorcé. Il y a 50 ans, les membres de la famille royale et régnante anglaise n?ont pas encore droit aux excès qui suivront et que nous connaissons que trop. La reine-mère a beau approuvé les amours et autres élans de c?ur de sa cadette et faire l?éloge de l?aristocratie de c?ur et du courage de Townsend, rien n?y fait. Un référendum, organisé par le Daily Mirror, a beau donné 97 % de réponses favorables aux éventuelles épousailles de Margaret et de Peter. Cela ne sert à rien. Philip d?Edimbourg y est résolument hostile, tout comme l?intransigeant Dr Geoffroy Francis Fisher, archevêque de Canterbury et chef réel de l?église anglicane. Tous se remémorent le précédent d?Edouard VIII, obligé d?abdiquer en faveur de son frère cadet, Bertie, le futur Georges VI (le père d?Elizabeth et de Margaret) afin de pouvoir convoler en justes noces avec sa bien-aimée, Mme Wallis Simpson, une divorcée, connue aussi pour ses affinités hitlériennes.

Le 31 octobre 1955, Margaret, la princesse aux yeux tristes, doit annoncer qu?elle renonce à épouser le colonel Peter Townsend. Inconsolable, ce dernier démissionne de la Royal Air Force et se résigne à faire un tour du monde solitaire de 95 000 kilomètres en jeep Land Rover, tour du monde qui le conduira successivement à Lambaréné, Gabon, où l?attend le Dr Schweitzer, et au Japon

Moins d?un an après, la princesse mélancolique effectue une tournée officielle en Afrique de l?Est mais aussi à Maurice où les paparazzi anglais trouveront trace d?un Townsend et sur lequel ils feront leurs choux gras, preuve s?il s?en faut que la presse anglaise n?est pas toujours aussi recommandable que certains anglophiles invétérés, que nous connaissons bien, veulent bien le croire.

Le prince Edouard peut difficilement espérer le même engouement, le même enthousiasme que la visite, à Maurice, en septembre-octobre 1956, de sa grand-tante, la défunte princesse Margaret.

Ces adeptes de la Gutter Press londonienne retiendront du voyage de Margaret à Maurice une invention de leur cru, une pure affabulation selon laquelle les autorités coloniales mauriciennes ont obligé un garnisseur automobile, nommé Townsend, à enlever l?enseigne portant son nom, route royale, à Rose-Hill, car elle se trouve sur le parcours que doit emprunter la princesse Margaret et son cortège princier.

Ian Schilling, chef des scouts mauriciens de l?époque, essayera tant bien que mal de rétablir les faits. Mais peut-on faire entendre raison à la Gutter Press londonienne ? La vérité historique, selon Ian Schilling, c?est que notre Townsend, qui n?ignore rien des amours contrariés de la princesse Margaret, prend sur lui pour enlever les deux enseignes portant son nom et donnant sur la route Royale, entre Beau-Bassin et Rose-Hill. Il y a bien une troisième enseigne mais donnant sur une impasse peu fréquentée. Il se contente de la neutraliser, en la recouvrant d?une feuille de papier que le vent découvrira en partie cependant. Cela suffit pour que des paparazzi anglais s?emparent de l?affaire, mitraillent l?enseigne à demi-dissimulée et annoncent aux Anglais comme au reste du monde que les autorités coloniales ont harcelé le Townsend mauricien jusqu?à ce qu?il consente à enlever les enseignes portant son nom, celui capable de raviver tant de souvenirs douloureux dans le c?ur d?une princesse de seulement 26 ans car elle voit le jour le 21 août 1930, l?année de naissance de notre président de la République, de sir Gaëtan Duval et de notre poète Edouard Maunick.

Très tôt dans cette matinée du samedi 21 septembre 1956, une immense foule envahit la place du Quai, ainsi que les abords de la place d?Armes et les rues adjacentes, au Port Louis. Dans la rade, il y a un va-et-vient incessant de remorqueurs et une flottille d?embarcations officielles et privées. Ce n?est pourtant qu?à 7 h 15 qu?apparaît à l?horizon un point, signalant l?arrivée imminente du yacht royal, le Britannia. Le remorqueur Princess of Wales, avec à son bord le pilote attitré, le capitaine Booker, s?en va à sa rencontre.

À 7 h 45, le Britannia atteint le Bell Buoy et entre en rade, salué comme il se doit par tous les navires présents, dont le Drakensberg Castle, l?Arabistan, la Perle, le Maurice, l?Avon Moor, le Turkistan.

À 8 heures, la batterie du Fort George tire une salve de 21 coups de canon pendant que le Britannia accoste au Quai D. Le yacht royal est mis à flot le 16 avril 1950. Il mesure 413 pieds de large sur 55 de long. Il jauge 4 715 tonnes. Sa vitesse de croisière est de 21 n?uds.

Les cabines royales se trouvent à l?arrière du navire. L?équipage se compose de 21 officiers et de 250 hommes. Il est commandé par le vice-amiral Sir Conally Abel Smith, chef d?escadre des yachts royaux depuis février 1953.

Vers 9 h 45, le gouverneur, Sir Robert Scott, son aide de camp, le capitaine Newitt, Lady Scott, Miss Anne Scott, arrivent au pavillon de la douane et prennent place à bord du remorqueur Princess of Wales. Ils s?en vont saluer la princesse Margaret à bord du Britannia.

Ils sont de retour à 10 h 10.10 h 25, la vedette royale quitte le Britannia avec à son bord la princesse Margaret et sa suite royale. Le Fort George tire une nouvelle salve de 17 coups de canon, en son honneur. Cinq minutes plus tard, apparaît la princesse Margaret, portant un boléro bleu roi (cela s?entend) à petit pois ton sur ton, un chapeau-cloche blanc mais qui ne cloche guère, des gants blancs et des souliers blancs et bleus.

À 10 h 30, le gouverneur, le nouveau maire de Port-Louis, non pas Abdool Razack Mohamed, tristement bafoué par ses futurs amis et alliés travaillistes, mais Edgar Millien, l?adjoint de ce dernier, Seewoosagur Ramgoolam, souhaitent la bienvenue à la princesse Margaret. Commence alors une mémorable visite qu?une prochaine chronique racontera peut-être.

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