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Victimes de viol : La souffrance des conjoints

8 octobre 2006, 00:00

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«Pa fasil pou viv ek sa sitiasion la. Mo ti ena enn bon lantant avek mo fam et enn kout tout fine sanze. Mo ti nepli kapav ambrass li kan mo sorti travay. Asoir mo al dan lasam bann zanfan, mo zoue ar zot, mo lir liv ar zot ziska mo gaign somey et lerla mo al dormi. Mo pa ti pe kapav touss mo fam. »

On l?appellera Ashok. Son épouse a été violée il y a quelques années. Quand, où, comment, on n?en saura rien car il ne veut pas revenir sur les détails. Ashok est en période de reconstruction. « Mo pa anvi reviv sa, less moi gett divan aster-la », affirme-t-il. Et s?il a le courage de nous faire part de ce qu?il a vécu, c?est uniquement parce qu?il sent qu?il sort du gouffre et qu?il a envie d?aider d?autres hommes qui sont dans sa situation et qui ne savent peut-être pas quoi faire.

Mais Ashok n?a pas toujours eu cette sérénité. Au départ, il a tenté de garder pour lui ce qui était arrivé à sa femme, de l?enfouir quelque part. « Ou la tatet fatige, ou bien bien abat. Ou anvi blie sa, efass sa problem la depi ou latet me li revini a sak foi. » Il était au travail quand il a reçu un coup de téléphone lui demandant de rentrer tout de suite. Ashok est resté aux côtés de son épouse tout au long des procédures juridiques, mais paradoxalement, il ne communiquait pas avec son épouse

« Kan lagazet inn koz sa, tou mo banne kamarad travay inn kone kinn ariv moi, derrière mo ledo mo kone zot ti pe fer bann remark. Dimounn gett ou lot kalite. Mo ti pe santi moi gaign onte », confie-t-il. Pendant un bon moment, il ne sortait plus de chez lui, passait beaucoup de temps devant la télévision pour essayer de se distraire l?esprit.

« Sitiasion ti pe dezenere lakaz me zame nou pas koz se ki finn arive », ajoute-t-il.

Entre tristesse,colère et culpabilité

C?est alors qu?il s?est adressé à l?association Victim Support qui l?a écouté et lui a permis d?être soulagé. Après un certain temps, il en a parlé à sa femme et le couple s?est rendu au bureau de Victim Support. « Se Koumsa ki nou finn kapav koze ek zordi nou bien. »

Le témoignage de cet homme illustre parfaitement les réactions-types à la suite d?un viol. Entre tristesse, colère, sentiment de culpabilité, désir de vengeance etc., l?entourage ne sait pas toujours sur quel pied danser. Après la période de choc, vient celle du réajustement, puis la période d?intégration. Il s?agit, comme l?explique la psychothérapeute, Jaya Balgobin, de passer de l?état de victime à celui de survivant.

« D?un côté, les conjoints ne savent pas toujours comment réagir et de l?autre, ils n?arrivent pas à comprendre la victime, surtout celles qui s?accrochent à des mécanismes de protection mal adaptés. Ils ont donc besoin d?un espace où ils peuvent partager leurs réactions et émotions », souligne-t-elle. Dans le cas d?Ashok, Victim Support lui a été d?un grand secours. Il est persuadé que sans leur écoute, il serait encore dans le néant.

Raj Mootoosamy, président de cette association, explique, quant à lui, qu?il a l?habitude de recevoir dans ses locaux des femmes qui, après un viol, développent une phobie pour les relations sexuelles. Elles se sentent souillées, perdent le goût à la vie et à leur conjoint, qui souffre aussi de cette situation et se sent impuissant.

« Si rien n?est fait pour crever l?abcès, un malaise s?installe et crée une cloison entre l?homme et la femme. Un couple qui a vécu 15 ans de vie commune peut se séparer parce qu?il n?a pas pu gérer la situation », dit-il. Il avance, par ailleurs, que le conjoint peut aggraver les choses en reprochant à la femme d?avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. « On doit alors leur rappeler que dans le viol, il n?y a pas de consentement, qu?une femme n?invite pas un homme à la violer. Il arrive aussi qu?au tribunal, lorsqu?on demande à la femme la couleur des sous-vêtements de son agresseur, qu?elle ne donne pas la même réponse que lors de son interrogatoire au poste de police. Cela fait alors douter le mari. Un médiateur est dès lors important pour établir une passerelle entre les conjoints. »

Pour Mudhoo Ramlogun, Acting Executive Director de la Mauritius Family Planning Association qui gère le projet Men as Partners, il y a aussi un problème d?éducation. Certains hommes violent leur épouse et trouvent cela normal. D?autres pensent que si les femmes sont victimes de violence, c?est parce qu?elles l?ont cherché.

« Si on n?a jamais abordé directement ce sujet dans nos causeries, on passe quand même des messages, on veut casser les préjugés. On cherche en fait à amener les hommes à condamner tout type de violence », avance-t-il. Certes, il y aurait aussi tout un travail à faire pour que les hommes condamnent systématiquement et visiblement la violence d?autres hommes et même les blagues idiotes sur le viol.

Une expérience déshumanisante

Il faut dire qu?il y a pire ailleurs. Dans certains pays en guerre, la situation est encore plus révoltante. On viole les femmes devant leur mari et quand ces derniers tentent de s?interposer, on les tue. Dans d?autres cas, les conjoints rejettent leurs épouses considérées par les autres membres de leur communauté comme impures, ou même consentantes et donc immorales. Parfois les conjoints craignent que les victimes n?aient été contaminées par une maladie sexuellement transmissible. Les victimes préfèrent alors se taire, craignant d?être stigmatisées.

Ce qui est sûr, c?est qu?il n?y a pas d?exception à la règle : le viol est vécu comme une expérience déshumanisante. Le traumatisme post-viol qu?endurent les victimes et leur entourage les empêche souvent de se reconstituer. « Si on ne peut éliminer le traumatisme, puisqu?il n?y a pas de baguette magique pour tout effacer, il faut apprendre à vivre avec, et surtout essayer de se tourner vers l?avenir et ne pas se laisser paralyser par l?expérience », explique Raj Mootoosamy. Bref, les victimes, les conjoints et l?entourage doivent réapprendre à vivre.

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