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Déficit de collectif social
C?est un climat délétère de pessimisme qui imprègne le pays depuis quelque temps. Une nation sans imaginaire ? D?autres préféreront une nation sans ambition. Peut-être parce que nous ne remplissons pas efficacement les règles du bonheur imposées par l?Organisation mondiale du commerce ! Bref, le scepticisme est ambiant et le destin collectif ne semble pas se nourrir d?un effort individuel généralisé.
La complexité du monde nous renvoie aujourd?hui de multiples interrogations et un faisceau de réponses prévisibles. La vie s?écoule et le temps s?est arrêté à l?itératif. Les ressources sont déployées dans un même exercice de bachotage. Réussir un diplôme, réussir une vie sans souci de trouver un contenu. L?essentiel, c?est d?être dans l?air du temps. Un temps qui célèbre et encense particulièrement l?égotiste. Le culte du succès l?emporte sur le reste. C?est la sagesse commerciale du parvenu qui nous attire. Il sera cité en exemple. Il sera l?inspiration de la nation. C?est ce modèle de développement humain qui fait recette.
Comment dans un tel contexte trouver un sens à cette expression de ?destinée collective? ? Sans doute en s?arrêtant et en réfléchissant à ce qui fait l?être social. Qu?est-ce qui en ressort ? Une dépendance à la consommation, à l?information, au conformisme? Un rejet de l?irénisme, du pluralisme, du principe du doute?
La conscience, éclatée et écarlate devant une société qui n?a de réponse que bienséante, finit par s?accoutumer à la fainéantise d?une vie déjà établie. Pourquoi en effet faire l?effort de lutter contre ce qui, de toute évidence, est trop puissant ? Entre les deux extrêmes que sont la réalisation de soi et la réponse apportée à ses besoins, la seconde tend de plus en plus à supplanter la première. Ou pour être plus exact, il n?y a de besoin que dans le matériel. Situés sur l?axe de la temporalité, nous exprimons surtout la peur de la quête verticale.
Aujourd?hui la parole est dans un rapport de dépendance au référentiel. Le mode de vie se résume à l?éternelle histoire de mimétisme des valeurs dithyrambiques. A l?inverse lorsqu?on se tourne vers le religieux, au mieux on adopte une attitude de repli et, au pire, on succombe à la tentation des recettes à la carte que quelques illuminés exploitent abondamment de nos jours. C?est ainsi que le fixisme de l?individu contribue à l?affadissement de la société.
Il ne peut être question d?un procès du matérialisme ou de l?individualisme. C?est le genre de critique des ?ismes? qui nous enferme mieux dans une révolte programmée. Certains y trouvent un sens. Mais c?est l?attitude qui illustre à la perfection le cloisonnement cérébral tant la contestation et la réponse qui y sera apportée sont prédéterminées. Piège d?une liberté illusoire. Réflexe d?une société qui nous renvoie une image déformée de nous même parce que nous ne faisons pas l?effort d?une construction sociétale fondée sur l?obsession de vérité et d?authenticité.
La démarche individuelle est, dans ce contexte, souvent soumise à la religiosité davantage qu?à la spiritualité. Il y a une obligation à laquelle on consent librement parce qu?elle conforte nos certitudes. Par contre, l?exigence de dépassement et de dépouillement de soi, dans la voie de la remise en cause, est trop sinueuse.
Les théories progressistes servent cette cause. Pourquoi perdre du temps avec soi-même lorsque le bien-être de la société dépend tellement de nous ? Faire utile, rester dans le concret avec une dose raisonnable d?hédonisme, cela ne suffit-il pas amplement pour une paix intérieure qui n?est jamais questionnée ? C?est ce qui explique les intentions velléitaires des responsables religieux. De peur d?effaroucher les brebis, on célèbre le prosaïsme au nom de la liberté individuelle. C?est une autre création de la société et de la démocratie modernes. Le bonheur de l?inconscience, ce n?est pas un prix cher payé pour une béatitude du dogmatisme.
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