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Le prix du mensonge
La vérité des prix est incontournable. C?est elle qui dicte les augmentations. Les prix sont soumis aux aléas des cours mondiaux, du fret aérien et des taux de change et ne sont pas tributaires de la volonté des pouvoirs publics. Ainsi, quand les partis d?opposition fustigent leurs adversaires politiques, les rendant responsables des hausses, on peut se demander s?ils n?abusent pas de la crédulité populaire.
Nos politiciens devraient penser à sensibiliser les consommateurs à la vérité des prix plutôt que de hurler, quand ils sont dans l?opposition, des slogans contre le ?gouvernement sans c?ur?. Certes, les augmentations survenues hier sont douloureuses pour les classes les moins aisées, mais elles ne sont pas imputables à une politique gouvernementale. D?ailleurs, à moins de prôner un retour à l?âge de pierre et celui des prix administrés, personne ne peut souhaiter que l?Etat contrôle les prix. Le retour des subventions, non plus, n?est pas souhaitable. Pour accorder des subventions, il faut appliquer de nouvelles taxes et ponctionner davantage le contribuable?
Au lieu de contester les augmentations, l?opposition aurait mieux fait de réclamer la mise en ?uvre de programmes pour amortir le choc social provoqué par les nouveaux prix du gaz et de l?essence. Elle peut proposer des moyens pour économiser l?énergie ou alors proposer une solution alternative aux carburants d'origine fossile mais elle ne peut s?enliser dans le cercle vicieux de la démagogie et persister à faire porter le chapeau des hausses au gouvernement du jour.
Si les opposants, quels qu?ils soient, continuent à infantiliser l?électorat en soutenant qu?il suffit de voter contre le gouvernement pour que les prix cessent de grimper, c?est parce que l?opinion publique est bien naïve. Imaginons des politiciens qui prennent le parti de la rationalité et qui se prononcent contre l?aberration des subventions, contre le gaspillage engendré par l?Etat providence et pour le ciblage des prestations sociales. Ces politiciens ne plairont pas à l?électorat. Pour être élu, le politicien est donc amené à ne pas parler vrai.
Les propos que tiennent Jayen Cuttaree et Pravind Jugnauth aujourd?hui sur le gaz et l?essence peuvent se retourner contre eux demain si leurs partis arrivaient à reconquérir le pouvoir. Ils donnent l?impression qu?un gouvernement peut agir artificiellement sur les prix. Le parti travailliste doit lui-même se maudire d?avoir conspué, quand il était dans l?opposition, les partis au pouvoir à chaque fois qu?une augmentation de prix survenait. Des allégations pernicieuses étaient faites par le PTr à l?encontre de l?ancien Premier ministre, accusé de connivence avec un secteur privé profiteur.
Juste retour du balancier : ce sont les travaillistes qui, face aux attaques du MMM et du MSM, doivent aujourd?hui se défendre d?avoir oublié les pauvres. En vérité, ni les uns ni les autres n?ont les moyens de décréter des augmentations et des baisses de prix.
Navin Ramgoolam doit regretter la campagne qu?il avait menée alors qu?il était dans l?opposition. A peine était-il retourné à son bureau de la rue Desforges, après sa défaite de septembre 2000 qu?il annonçait ?qu'il avait déjà décidé qu'en cas de victoire de l'alliance PTr-PMXD, le prix de l'essence n'allait pas augmenter?. Commentant une augmentation des produits pétroliers annoncée quelques jours plus tôt, Navin Ramgoolam dira qu?elle ?met en péril la croissance économique ? ainsi que la paix sociale et la création d'emploi?. ( Voir compte rendu dans ?l?express? du dimanche 1er octobre 2000 ). ?Le gouvernement n'est pas une compagnie privée. Il faut prendre en considération le social?, ajouta-t-il. Le même refrain est entendu ces jours-ci mais avec d?autres interprètes.
Il est temps que les électeurs mauriciens grandissent. Si possible avec l?aide pédagogique des leaders politiques.
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