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?Kabhi alvida naa kehna?
C?est un sentiment fugace qui accompagne le cinéphile féru des films en hindoustani à la sortie de salle obscure après le visionnage de la dernière réalisation de Karan Johar, ?Kabhi alvida naa kehna? (Il ne faut jamais dire adieu). Non détrompez-vous, cette colonne ne va pas être consacrée à la critique d?un film. On en parle parce que. C?est tout. Parce qu?il raconte un peu nos préjugés et nos a priori culturels. En quelques mots, il est question de deux couples qui vont à la dérive. D?un homme et d?une femme qui franchissent le pas menant vers l?infidélité. De cet époux et de cette épouse trahis mais qui ne veulent pas condamner. D?une traversée du désert avant la rencontre subliminale avec le bonheur. Un instant épiphanique mais entaché de la souillure de la trahison. De cette parole donnée mais non respectée.
Il ne faut jamais dire adieu. Parce que la vie est ainsi faite. D?incertitudes. D?impermanence. Ces sentiments dont on est si sûr aujourd?hui. Et qui quelque temps après coulent le long du fleuve de la déception. Dans notre représentation du monde idéal, de cette société mauricienne parfaite, il y a une opacité du dire. N?avez-vous pas remarqué qu?on ne parle de ces choses que sous la forme de la palabre ? Pourquoi prendre le risque de se dire ? De se confier dans des ?uvres de création, qu?elles quelles soient. Dire, c?est se mettre au centre du monde. Dire, c?est se risquer. C?est prendre le risque de lever le voile. Il y a d?autres fanatismes, d?autres fondamentalismes que ceux qu?on croit connaître.
Il ne faut jamais dire adieu. Parce qu?il faut se donner l?occasion de se revoir. Et non fermer la porte sur celui qui, parce qu?il nous est culturellement différent, ne nous inspire que l?indifférence. L?avez-vous remarqué ? Comme il est facile d?enfermer les gens dans des stéréotypes. De cloisonner des sentiments dans le rejet et la condamnation. De vivre dans l?inculture de sa solitude. Seul, on n?est pas vulnérable. On n?a pas besoin de se remettre en question. Seul, on règne sur le trône de ses certitudes. Cela n?empêche pas la colère. Cela péche trop par médiocrité. Ceux qui se ressemblent s?assemblent. Et nous qui croyons que le seul fait d?être humain suffisait pour s?assembler.
Il ne faut jamais dire adieu. C?est un tropisme qui porte vers l?isolement identitaire. Mais surtout vers le refus de la réalité. Depuis qu?il existe, il n?a jamais cessé de changer, ce monde. Il multiplie les mues. Que faire ? Continuer à croire qu?il n?y a qu?une vérité qui existe ? Qu?une seule parole révélée qui nous livre au sens profond de notre existence ? Nous vivons dans une société et pourtant nous ne cessons de refuser le droit à cette société de vivre. Au lieu d?un laboratoire, nous en avons fait une fourrière de nos sentiments outillés aux valeurs de race, de caste, des ancêtres et d?un à-venir déjà couru d?avance.
Il ne faut pas dire adieu. Parce que les bons sentiments ne sont pas figés. Dans la déviance parfois peut surgir des vérités. Une pureté nouvelle. Il faut éviter d?être malade de ses convictions. Mais c?est vrai aussi qu?il y a un autre extrémisme contre lequel il importe de s?immuniser. Celui de condamner trop vite au nom du bon sens. Et admettre en conséquence que les individus de cette société prendront le temps qu?il faut avant de surmonter le prosaïsme d?un parcours tracé entre les interstices de la bêtise et de la méfiance.
Adieu, par contre, aux clichés, aux endoctrinements, aux tentatives d?instrumentalisation, aux efforts incessants d?abêtissement et de crétinisme moral?
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