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Jane témoigne pour ?sauver? le centre SOS Femmes
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Jane témoigne pour ?sauver? le centre SOS Femmes
Le centre de SOS Femmes à Moka est menacé de fermeture car son principal bailleur de fonds ne peut plus le financer. Mais en plus de cela, c?est une tragédie pour quelque 5 000 femmes et enfants violentés dans leur chair et dans leur âme, qui y ont fait halte depuis 1989. Car le centre leur a permis de se reconstruire pour mieux faire leur choix de vie.
Jane est de celles-là. Elle témoigne à visage découvert pour apporter sa pierre à la résistance qui s?est organisée dans le but de ?sauver? le centre. Une femme scrute les arrivants entre la rangée de fils barbelés surmontant la muraille du centre. Elle se tient droite comme un i et soutient notre regard sans ciller. C?est Jane. Elle s?habille court, elle est bien coiffée et a les ongles laqués.
A en croire Ambal Jeanne, la directrice du centre, la tenue générale de Jane contraste singulièrement avec celle qu?elle présentait, il y a deux ans, lorsqu?elle a débarqué au centre avec bagages et enfants. A l?époque, elle était couverte de la tête aux pieds. Elle était si terrorisée qu?elle n?osait pas regarder les gens en face. Jane le reconnaît. ?Séjourner ici a été formateur à bien des égards.?
C?est au bout de 13 ans de vie commune qu?elle quitte le toit conjugal en douce. Munie de quelques affaires, elle entre dans le premier bus qui s?arrête. Ce n?est qu?une fois rendue à la gare Victoria, à Port-Louis, qu?elle se rend compte où elle est.
Une amie chez qui elle se rend, comprend qu?elle a besoin d?un encadrement plus sérieux que le simple gîte et le couvert et la réfère au centre de SOS Femmes. ?J?ai débarqué à Moka, un matin, après avoir pris toutes sortes de garanties téléphoniques que j?y serai en sécurité??, raconte Jane.
Dans les premiers temps de son hébergement, elle est angoissée à l?idée d?être rattrapée par son passé et d?être retrouvée. A tel point que lors du partage des tâches ménagères, elle accepte tout, du moment qu?elle n?a pas contact avec le monde extérieur. ?Pour nettoyer le porche, il fallait que quelqu?une m?accompagne tant j?avais peur d?être repérée.?
Lorsque ses enfants reprennent l?école, elle fait les cent pas dès que le car de ramassage scolaire accuse un léger retard. Ayant tout le temps de réfléchir, elle comprend bien qu?en sus de sa terreur incontrôlable, elle a tendance à surprotéger ses enfants.
Un encadrement aux enfants
SOS Femmes ne se contente pas d?héberger. Il offre un encadrement scolaire aux enfants et trouve du travail à leurs mères. Au bout de trois mois, Ambal Jeanne propose à Jane un petit emploi à l?université de Maurice. Jane se force à s?y rendre mais chaque après-midi avant de rentrer, elle appelle le centre pour savoir si la voie est libre et si elle ne court aucun danger.
Vu son expérience passée en puériculture, le centre la fait postuler pour remplir un poste de surveillante d?enfants. Elle est embauchée. Après neuf mois d?encadrement au centre de SOS Femmes, Jane est en mesure de quitter le centre pour aller vivre non loin de son lieu de travail. ?S?il n?y avait pas eu SOS Femmes, je ne sais pas où j?aurais été aujourd?hui. La prise en charge offerte par le centre est totale. Ici, j?ai appris à m?exprimer et à me faire respecter sans me laisser dominer. Je peux désormais prendre mes décisions seule. Je me suis stabilisée.?
Si dans son cas cela ne s?est pas produit, elle a apprécié qu?Ambal Jeanne et les animatrices laissent les femmes libres de décider si elles veulent entamer une réconciliation avec leur conjoint ou pas. ?Si le centre ferme, ce sera terrible car c?est un endroit neutre où l?on est accueilli à bras ouverts et où l?on a tout le temps de réfléchir et de décider de sa vie sans être influencé. Ce centre est vital pour les femmes en difficulté??
CONSTAT DE RADA GUNGALOO
?Le sentiment d?avoir été flouée?
■ L?avocate Rada Gungaloo, fondatrice de SOS Femmes, est dégoûtée. Elle a le sentiment d?avoir été ?flouée? par la ministre de la Femme. ?Dès le début de notre existence, nous avons toujours opéré en autonomie financière et n?avons jamais rien demandé à aucun gouvernement. Le seul à nous aider ponctuellement a été le Mouvement militant mauricien, sans doute du fait qu?il venait d?être porté au pouvoir et que sept cocktails Molotov avaient été balancés sur le centre. En juin dernier, c?est le ministre de la Femme, qui lors des dernières consultations pré-budgétaires, m?a dit que Rama (NdlR : le ministre des Finances) avait une surprise pour moi. La surprise a été un ?petar fizet?. Le plus ironique, c?est que ce ministère et la police nous réfèrent, tous les jours, des femmes battues. Nous les acceptons car nous ne voulons pas que la femme victime souffre une deuxième fois. Mais cette prise en charge a un coût que nous devons payer. Selon nos informations, il y a un Trust Fund pour les femmes en détresse au ministère de la Femme. Je me demande à qui profite ce fonds et sur quels critères il est alloué car il semblerait que les femmes de SOS Femmes n?aient pas les qualifications requises pour y être éligibles.? Rada Gungaloo compte sur la générosité des Mauriciens qui ?comprennent la cause des femmes battues et la nécessité et l?urgence de les aider?. La balle est maintenant dans le camp de ces derniers?
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