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Et si l’amour changeait de visage
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Et si l’amour changeait de visage
Les problèmes de couple ont de tout temps fourni aux cinéastes de tous les pays des sujets de films : triangles amoureux, ruptures, discordes et féroces règlements de comptes, passions inavouées et inavouables – autant de variations sur le thème des relations entre les sexes. Pourtant, le cinéma populaire indien a toujours semblé prudent sur ce sujet, exception faite de quelques excursions dans le film noir, inspirées du cinéma américain. Le couple et le mariage sont le plus souvent présentés comme des institutions respectables et respectées, entourées d’un tabou.
C’est à ce tabou que vient s’attaquer Khabi Alvida Naa Kehna, le dernier film de Karan Johar, réalisateur en pleine ascension. Deux couples : Shah Rukh Khan, dont la carrière de footballeur est brisée à cause d’un accident, marié à Preity Zeina qui, elle, réussit sa carrière de journaliste de mode et Abhishek Bachchan, patron d’une entreprise de relations publiques, marié à Rani Mukherjee, enseignante. L’histoire se passe chez des Indiens vivant aux Etats-Unis, personnages typés, bons sentiments “sucrés”, indigènes plus américains que nature, numéros de chants et danses (dont un qui réunit énergie et charme), tableaux intimistes sous la pluie, magnifiques images artificiellement colorées, etc.
Ce film bien dans le moule du film bollywoodien (ou traditionnel ?) a ceci de très particulier et de très audacieux qu’il raconte en fait la cassure définitive de ces deux couples. Dans sa mise en scène, Khabi Alvida Naa Kehna est un mélange assez étonnant de maladresses diverses, de coups d’éclat, de lourdeurs, et de moments d’émotions vraies. On pensera par exemple, au tout début du film où ne sont crédibles ni ce match de football dans lequel “brille” Shah Rukh Khan, ni les locaux et le personnel de ce magazine de mode dans lequel Preity Zinta se fait embaucher, décrochant son emploi haut la main.
Par contre, un peu après, il y a cette rencontre entre ce même SRK et Rani Mukherjee qui s’apprête à se marier : les dialogues sont justes, les deux acteurs ont bien saisi l’instant dans lequel leurs personnages évoluent et on est tout près d’un moment de grâce. Pour citer un coup d’éclat, il y a cette scène dans laquelle SRK, toujours, attend Rani Mukherjee, un bouquet de roses à la main (et…). Lui, homme diminué, qui dissimule son désarroi sous un humour corrosif (les dialogues sont parfois au niveau d’un film d’auteur occidental) et elle, qui n’a pas osé trop en demander à la vie, voulant s’éviter une désillusion. Sans le faire exprès, ces deux-là finissent par retenir notre attention – un peu au détriment des autres, probablement parce qu’ils finissent par devenir le couple illégitime et parce qu’il y a bien un courant qui passe entre les deux.
Pourtant, Preity Zinta et Abhishek Bachchan méritent aussi nos applaudissements, tout comme Amitabh Bachchan qui, dans son personnage d’incorrigible noceur, fait non seulement un beau tandem avec son fils, mais aussi presque un couple avec Kiron Kher à travers leurs réparties. “Il vaut mieux vivre une histoire vraie que de rester toute sa vie dans un demi mensonge…” dit-il à sa belle-fille dans un moment chargé d’émotion.
Khabi Alvida Naa Kehna raconte la cassure de ces deux couples, parfois assez maladroitement, avec des bavardages inutiles, là où quelques images auraient suffi. Mais on appréciera les portraits de ces quatre personnages qui se sont tout simplement trompés d’histoire d’amour. Et aussi la façon généreuse avec laquelle il est démontré qu’il vaut parfois mieux changer de route plutôt que de persister dans une mauvaise voie.
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