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Gloire à Toi, Glorieuse Révolution libyenne…

15 septembre 2006, 00:00

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Lisons et relisons nos journaux depuis le 1er septembre 2006, souvenons-nous des propos tenus, ce mois-ci, par les nouveaux locataires de l’Hôtel du gouvernement, en partie incendié, et de ceux de leurs adversaires politiques et posons-nous la question à mille euros : combien de fois ont-ils fait référence à la Glorieuse Révolution libyenne (Al Fateh) du colonel-camarade Muammar el Kadhafi ?

J’entends déjà vos objections, les plus légitimes d’ailleurs : pourquoi vouloir que nos dirigeants politiques chantent les louanges d’une révolution étrangère, fût-elle Glorieuse et même libyenne ? Tout simplement parce qu’en septembre 1981, il y a seulement un quart de siècle, nos politiciens d’alors font assaut de superlatifs et de coups d’encensoir pour prouver au bon Khadafi qu’ils sont les plus grands admirateurs, à Maurice, de sa Glorieuse Révolution. La presse travailliste, jamais plus responsable, jamais plus rigoriste, jamais moins prostituée ni mercenaire, se fend d’un numéro spécial de huit pages de grand format, à l’occasion du 12e anniversaire de la Glorieuse Révolution du 1er-Septembre. Voilà du bon journalisme qui plaît à l’Hôtel du GM comme à l’ensemble de la classe politique mais qui n’honore peut-être pas la presse mauricienne (233 ans d’âge).

Ami lecteur lis bien les grands titres de ce numéro spécial et des louanges travaillistes à la glorieuse Révolution libyenne. Il s’agit, dit-elle, d’un événement qui marque l’Histoire… du peuple prenant le pouvoir… de la Libye fêtant le 12e anniversaire de sa Révolution… de douze ans de liberté et de progrès… des moyens de défense entre les mains du peuple… des idéaux de la Glorieuse Révolution du 1er-Septembre… de la marche de l’Homme en Jamahiriya libyenne… du Livre Vert, la base politique de la troisième théorie universelle… du rôle de la femme libyenne plus tchadorée que jamais… Le tout enrobé d’un surtitre : Les pages étincelantes de l’Histoire et d’un titre : Quand la délivrance devient un besoin vital. Dans l’emphase dithyrambique on ne peut faire mieux. En matière d’aplatissement, non plus.

Les politiciens de tous bords font encore mieux que les journalistes travaillistes, encensant à qui mieux mieux le camarade-colonel Muammar el Kadhafi. Le PTr salue un “événement phare pour le tiers monde”. Le CAM (Comité d’action musulman) met en exergue la voix d’une conscience. Le PMSD salue, en anglais, afin d’être mieux compris par Tripoli, une nouvelle ère d’amitié ininterrompue (mais qu’interrompra, à la mi-janvier 1984, le Premier ministre d’alors – merci ! Anerood Jugnauth – avec l’assentiment tacite de ses ministres MSM-PTr-PMSD, son vice-Premier ministre compris). L’aile boolelliste constate que peu de pays ont autant changé que la Jamahiriya. Le MMM s’incline devant une Glorieuse Révolution du 1er-Septembre, à “l’avant-garde de la lutte des peuples !”

Une place prépondérante est, bien sûr, allouée, dans ce numéro spécial, non pas au message mauve et militant, mais bien au message de M. Abraham Al Jaddy, le “frère” de tant de nos politiciens d’alors, l’ambassadeur libyen omnipotent et omniprésent à Maurice, grand distributeur de fonds et de subsides tous azimuts, à l’agenda plus rempli qu’un Premier ministre raffolant de bains de foule et de contacts étroits avec les masses populaires.

Les photos de ce numéro spécial à la louange de cette Glorieuse Révolution sont parlantes. Cette presse socialiste et travailliste se garde d’oublier les armoiries libyennes, avec l’aigle regardant à droite, que des mercenaires à la solde de conseillers américains, venus sauver en 1982 ce qui peut l’être encore de la campagne électorale du PAN (Parti de l’Alliance nationale du PTr, du PMSD d’Eliézer François et du RPL de Philo Blackburn et compagnie), confondront stupidement avec l’aigle égyptien de Gamel Abdel Nasser qui regarde à gauche. On voit d’ailleurs Kadhafi en compagnie de ce dernier. Les autres photos montrent, entre autres, le désert libyen converti en immense jardin ou en agglomération urbaine, avec déplacements par hélico ou à l’aide d’un réseau routier ultra-rapide à huit voies ; le camarade-colonel Kadhafi, arborant la toge impériale romaine, reçoit un SSR en complet ; le “frère” Al Jaddy posant la première pierre d’un complexe culturel en compagnie d’un ministre local, plus complexé que jamais. Ce “frère” remet des chèques en faveur d’un fonds de secours, destiné en principe aux sinistrés des cyclones Gervaise et Claudette. Il y a enfin la photo en contre-plongée de l’ancien château Boissard, devenu, depuis, le siège du Bureau Populaire de la Libye, dans le quartier huppé de Floréal. La tronche des signataires des messages à la louange de la Glorieuse Révolution libyenne n’est, bien sûr, pas oubliée. Celle du porte-parole mauve manque curieusement à l’appel. Impossible de savoir s’il s’agit d’une censure de la presse ou d’un excès de modestie.

Une prochaine réminiscence commentera le contenu de ces dithyrambes. Elle s’appesantira plus particulièrement sur l’approche 1981 de la diplomatie libyenne à Maurice. Avec la presse travailliste d’alors, nous nous interrogerons sur le pourquoi des critiques à l’encontre d’une Révolution libyenne si glorieuse et si bienfaisante. Elle essaiera d’en savoir davantage sur sa nature et sur son contenu. Elle s’efforcera enfin de résoudre cette énigme : pourquoi ce silence en 2006 après l’abondant panégyrique pro-libyen de septembre 1981 ?

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