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Décollage réussi

15 septembre 2006, 00:00

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Avec Bloody Sunday sorti il y a quelques années, Paul Greengrass, ancien documentariste de la série World in Action pour Granada TV, s’annonçait comme le maître d’un nouveau genre, la fiction documentaire. Un évènement véridique dont on ignore les détails est raconté dans les faits saillants et les détails reconstitués le plus fidèlement possible à l’aide d’interprétation et de témoignages. Tout cela avec le plus grand souci de vérité – l’idée étant de s’en rapprocher le plus – et le plus grand respect des personnages impliqués dans l’évènement en question. Ce qui suppose une certaine distanciation par rapport au sujet et la plus grande objectivité par rapport aux faits relatés, en même temps qu’une certaine retenue pour ce qui est des émotions.

Vol 93 est donc un film élaboré suivant ce choix narratif. C’est, en fait, toute la tragédie du 11/9/01 qui nous est racontée, le film faisant le va-et-vient, à travers ce vol, entre les tours de contrôle de Newark et de Boston, le Q-G de la défense aérienne et l’intérieur de l’avion détourné. Au début, une matinée normale, puis un message à peine compréhensible provenant d’un avion. On a beau être au courant de la suite, le cinéaste nous fait vivre l’évènement comme si nous étions dans l’instant, le cauchemar s’intensifiant de manière exponentielle.

La perplexité faisant place à l’agitation puis à l’incrédulité dans les tours de contrôle ; la panique faisant place à la résignation puis à l’action à bord du vol 93. Le réalisateur se refuse à tout spectacle mais cela n’empêche pas Vol 93 d’être un film spectaculaire en ce sens que les images ont un impact certain, filmées caméra à l’épaule dans un style qui, même s’il n’a rien d’original, est des plus efficaces, nous mettant au cœur du cauchemar dans l’avion et de l’agitation dans les tours de contrôle.

On a l’impression du reportage, l’horreur se trouvant principalement et simplement dans cette séquence de faits que les témoins du drame suivent sur un écran radar ou sur un écran de télévision. Le cri que tous poussent au moment de l’impact du deuxième avion sur le World Trade Center, prend littéralement aux tripes.

Cette rigueur dans la démarche s’applique également aux personnages – tous réels – joués soit par des acteurs inconnus, soit à l’instar de Ben Sliney, directeur de la FAA (autorité régissant l’aviation civile) s’interprétants eux-mêmes. Les terroristes ne sont pas noircis, ils sont humains et, les faits parlant d’eux-mêmes, leurs actes perpétrés pour des motivations politico-religieuses sont suffisamment révoltants. Les militaires sont paralysés par leur mauvaise organisation et leur indécision. Et, les passagers de ce vol 93 ne sont pas des héros de cinéma, mais des gens ordinaires qui se voient soudainement condamnés à mort à brève échéance.

Leur attaque contre les terroristes telle que le film nous le montre, est donc des plus réalistes avec sa part de panique, d’hésitations, de maladresses et de désordre. Peut-on dans un tel cas parler d’héroïsme ou d’une bravade devant une mort certaine ? Vol 93 reste assez flou sur cette question. Heureusement.

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