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Nos handicapés sont-ils des citoyens à part entière ?

14 septembre 2006, 00:00

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Face à nos 50 000 handicapés (statistiques de 1981) nous avons le choix entre lâcheté et solidarité, entre politique de l’autruche, ne les voyant plus dans son trou de sable, et l’accompagnement le plus courageux qui soit, en leur faveur.

Les handicapés attendent cependant autre chose de nous. Ils ressentent naturellement, comme chacun d’entre nous, le besoin d’être aimés pour eux-mêmes, tels qu’ils sont et non pas tels que les autres voudraient qu’ils soient. Dans une lettre pastorale à l’occasion de l’année internationale des handicapés (voir /l’express/ d’hier), Mgr Margéot précise: « C’est le regard de l’autre sur nous qui crée en nous le sentiment de notre propre valeur, de la place que nous sommes appelés à occuper, du rôle que nous devons jouer dans notre société ». Les handicapés attendent de nous ce changement de regard en leur faveur. Leurs possibilités de s’intégrer à notre société et de s’épanouir, en dépendent. Notre désarroi vis-à-vis d’eux s’explique par notre ignorance de ce qu’ils ressentent et de ce qu’ils attendent de nous. Plus qu’aucun d’entre nous, ils ont besoin de l’aide des autres, de leurs amis, de leur famille. L’évêque du Port Louis cite à présent Helen Keller (1880-1968), pédagogue américaine, devenue aveugle, sourde et muette, à l’âge de 19 mois : “La personne handicapée ne connaît sa force cachée que le jour où elle est traitée comme une personne normale et encouragée à diriger elle-même sa vie”.

Mgr Margéot veut prêter sa voix autorisée, sa crédibilité, aux handicapés, pour nous redire ce qu’ils veulent nous dire, l’essentiel de leurs aspirations. Le principe de base à ne jamais oublier est que le handicapé est un être humain à part entière, avec tous les droits correspondants, innés, sacrés, inviolables. Le handicapé, avec ses limites et ses souffrances, fait mieux ressortir la dignité et la grandeur de toute vie humaine. C’est pour cette raison que nous devons bannir à jamais toute tentation de mettre un terme à toute vie humaine, fût-elle celle d’un handicapé, avant, pendant ou après sa naissance. L’avortement, dans ce cas, demeure un crime, l’assassinat d’une partie de nous-même. Quand la médecine ôte la vie au lieu de la donner, de la sauver, elle perd du même coup ses lettres de noblesse. Elle devient boucherie.

Nous sommes tenus de respecter tous les droits de tout handicapé. Cela signifie ceci : les familles doivent intégrer le mieux possible l’enfant handicapé ; il doit être, pour elle, une occasion providentielle de dévouement, de dépassement, de revitalisation des liens familiaux ; les familles doivent pouvoir compter absolument sur l’aide de l’Etat et des communautés religieuses ; des instituts spécialisés d’accueil, de prise en charge, de formation tous azimuts, doivent fournir aux handicapés, dès leur plus jeune âge, ce que leurs familles ne sont plus en mesure de leur fournir.

Le 3 décembre 1975, les Nations Unies exhortent les gouvernements à favoriser l’intégration sociale des handicapés. Ni les handicapés, ni leurs proches, ni des particuliers ne peuvent assumer la totalité du fonctionnement des instituts spécialisés, devant leur donner la formation, susceptible de surmonter leur handicap et de leur permettre de jouir pleinement de leur droit inaliénable au statut de citoyen à part entière. Les gouvernements sont donc tenus d’assumer totalement leurs responsabilités à leur égard. Il en va de leur devoir de solidarité nationale.

Les communautés religieuses et les lieux de culte ont également un devoir à l’égard des handicapés, auquel ils ne peuvent déroger, sous peine de faillir à leur mission première qui est de témoigner que les pauvres et les handicapés sont les préférés de Dieu. Ils doivent veiller au bien-être des handicapés et de leurs proches, là où ils se trouvent, favoriser les valeurs d’accueil, d’entraide, de solidarité, faire preuve de créativité, de solidarité, leur donner, en leur sein, une position centrale, privilégiée, évangélique. Ils doivent savoir que nos handicapés ont quelque chose d’unique, de providentiel, à offrir à leurs membres. Les pauvres, les malades et les handicapés sont les témoins privilégiés et visibles de la Béatitude éternelle, à laquelle nous sommes tous conviés. Les handicapés doivent devenir des membres à part entière de chacune de nos communautés religieuses. Elles doivent devenir chaque jour davantage des lieux de partage et d’enrichissement mutuel. L’enjeu est entre nos mains, nous les “bien-portants”, nous les privilégiés, nous les chanceux, aux yeux du monde. Au-delà de tout ce qui est fait (ou pas fait) en faveur de nos frères et sœurs handicapés, nous devons changer notre regard à leur égard, découvrir leur vrai visage, trop souvent masqué par leurs infirmités, découvrir que leur vraie souffrance est le sentiment de n’être pas aimés, de n’être pas acceptés, découvrir qu’ils peuvent éminemment nous aider à transformer, de la meilleure façon qui soit, nos habitudes, nos comportements, nos mentalités, nos principes, nos convictions, à changer notre cœur, à nous humaniser davantage, à vaincre nos égoïsmes, nos individualismes. Alors seulement, nous pourrons dire que nous assumons davantage nos responsabilités et nos devoirs à l’égard de nos frères et sœurs handicapés.

Un quart de siècle après ce message percutant de Mgr Jean Margéot, nos frères et sœurs handicapés peuvent-ils dire s’ils se sentent mieux intégrés au sein de la société mauricienne ? A chacun d’entre nous d’avoir le courage de répondre en toute sincérité à cette question. Mieux encore : osons demander à nos frères et sœurs handicapés ce qu’ils pensent des efforts que nous accomplissons (ou n’accomplissons pas) dans ce but. Ne pas se poser cette question, aujourd’hui même, ne pas y répondre, c’est déjà déchoir.

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