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Créole, la reine
Non, il ne s?agit pas d?un hymne à la créolité. Encore moins d?une vaine péroraison sur l?antique poésie de la coolitude. Il est seulement question de la langue créole, cette reine si bêtement minorée à l?école au profit des langues étrangères standardisées.
En réalité, les choses se passent autrement. Mais dans notre représentation de ce qui est politiquement correct, nous n?avons pas cessé de prétendre que nous étions à la fois des locuteurs attitrés de l?anglais et des excellentissimes polyglottes. Bref, nous avons cultivé de manière éhontée le mythe du Mauricien vivant dans une île multilingue et possédant des compétences langagières élargies. Le mythe n?a que trop perduré. Cependant, tout est orchestré pour qu?il s?éternise dans notre imaginaire social. C?est l?un des nombreux paradoxes de cette île.
Une île qui, pendant longtemps, a célébré une élite. Une élite qui s?illustrait dans un monde qui s?émerveillait de la capacité des insulaires à faire preuve d?une certaine connaissance encyclopédique. Connaître un peu de Molière et de Shakespeare suffisait à ne plus être l?inculte des broussailles africaines. Le monde a changé. Le temps a passé. Aujourd?hui, le monde s?est rapetissé. Seuls s?illustrent les femmes et hommes qui transcendent l?académisme primaire. Pour notre part à Maurice, on s?est arrêté à cette étape primitive de l?évolution de l?acquisition des connaissances.
Aujourd?hui, nous continuons à feindre que l?anglais et le français sont des médiums d?enseignement. Nous savions que ce n?était pas le cas. Mais le rapport préparé par le British Council sur la situation de l?enseignement de l?anglais dans nos écoles a le mérite de rendre la gifle encore plus violente. La maîtrise de l?anglais est ?médiocre? dans les star schools et ?exceedingly poor? dans les écoles préprofessionnelles parmi les élèves âgés entre 11 et 14 ans.
Les causes de ce drame sont connues. La formation des instituteurs du primaire et des enseignants du secondaire laisse beaucoup à désirer. Ne soyons plus indulgents. Ne nous voilons plus la face. A la base de la gangrène se trouve l?enjeu de la formation. Ceux qui arrivent sur le marché de l?enseignement ne sont pas, d?une part, suffisamment équipés pour remplir leur tâche et, d?autre part, ils sont eux-mêmes victimes d?un système vicié qui produit de bons relayeurs d?un savoir statique. Eux-mêmes ne gèrent pas la différence fondamentale entre langue première et langue étrangère.
On commence, dans beaucoup de cas, les cours dans un français ou un anglais approximatif pour aboutir à un créole parfait. Si on ne peut pas penser en anglais ou en français, comment peut-on apprendre dans ces langues, voire parler ces langues ? A travers le monde, il y a eu une réflexion profonde et des recherches approfondies sur cette question. Qu?en est-il à Maurice ?
?No creative thinking?, ?no communicating skills?, lit-on dans le rapport du British Council. Doit-on être surpris ? Les méfaits de l?apprentissage mécanique ont été suffisamment mis en exergue. Il ne reste plus rien à prouver. Or, c?est précisément à ce moment que d?autres malades de l?élitisme croient toujours qu?on peut réinventer la roue de l?histoire. Ils se trompent d?époque. Ils nous mènent droit au gouffre.
Il est hors de question d?imposer une langue comme médium d?enseignement au détriment d?une autre au nom d?une quelconque conviction idéologique. Il importe seulement de déterminer des modes d?enseignement qui correspondent aux aptitudes naturelles des enfants mauriciens.
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