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Le recul démocratique
L?escalade verbale s?intensifie. Les journalistes ont d?abord été associés aux ?prostituées? puis, depuis dimanche, au ?diable?. On ne sait pas si cette surenchère insensée se terminera par des lois plus contraignantes pour les journalistes mais l?image du pays prendra un coup avec la guerre que le pouvoir a déclarée à la presse ? à l?ensemble de la presse qui a tort de ne pas comprendre qu?il est visé. Dans le monde entier, le viol de la liberté de la presse par des dirigeants est considéré comme une preuve d?arriération politique.
L?«Attorney general», Rama Valayden, déclare dans une interview à l?express-samedi que ?nous voulons entrer dans l?histoire?. Il y arrivera sans doute si les intentions affichées par le gouvernement de renforcer l?arsenal législatif contre la presse se concrétisent. Une mesure comme celle-là est susceptible de générer une publicité négative de grande portée. Déjà, les bruits de sabots sont à nos portes. Rama Valayden affirme dans la même interview : ?nous venons de l?avant avec la Media Commission?. Certes, les objectifs de cette instance ne sont pas encore connus, mais les attaques faites contre la presse ces temps derniers laissent présager une situation désastreuse pour la liberté de la presse et le droit des citoyens à l?information.
Il n?y a pas que les démocraties de référence qui se préoccupent de la liberté de l?information. La question est aujourd?hui débattue avec beaucoup de sérieux au niveau africain et les gouvernements qui mettent en danger la liberté de la presse sont sévèrement dénoncés. Lors d?une conférence qui s?est tenue au Kenya le mois dernier sur le thème de la presse en Afrique, il est clairement apparu que les dérives des gouvernements voulant contrôler la presse ne seront pas tolérées au plan international.
Le compte-rendu de cette conférence est disponible à l?adresse suivante : http://www.ipsnews.net/news.asp?idnews=34309
Les intervenants, venant à la fois du monde des médias et des organisations internationales, ont affiché une grande sensibilité sur le droit des populations à l?information. Wilfred Kiboro, patron du ?Nation?, premier groupe de presse du Kenya, a évoqué le danger auquel font face les journalistes : ?The media is threatened from everywhere by draconian laws passed by Parliament, threats from the executive and threats from the judiciary, which locks up journalists for doing nothing. This is actually judicial terrorism?.
Un dirigeant de l?Association des parlementaires européens pour l?Afrique, Pär Granstedt, met en garde contre les politiciens qui veulent réguler la presse : ?There are lots of risks if governments take to regulating the media too much. There is bound to be lots of mismanagement (and) bad governance where corruption is never revealed. A lot of bad practices can happen without control when the media is silenced.?
C?est le Zimbabwe qui a été le plus accablé au cours de cette conférence sur la presse africaine. Mais qu?a fait son gouvernement ? Il a institué une Media and Information Commission qui est contrôlée par l?Etat et a introduit des amendements au Code pénal pour rendre passibles de peines de prison ceux trouvés coupables de ?publish information that proves to be false -- and which is deemed to promote public disorder??. Nos dirigeants devront prendre acte de cette condamnation unanime des pratiques liberticides du gouvernement de Robert Mugabe.
Le Comité pour la protection des journalistes, une ONG américaine, établit chaque année une liste des dix nations qui possèdent les lois les plus draconiennes contre la presse. Maurice devrait tout faire pour ne pas rejoindre les trois pays africains ? la Guinée équatoriale, l?Erythrée et la Libye ? qui figurent déjà sur cette liste.
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