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Les instabilités
Tous nos gouvernements vivent dans la hantise d?être « déstabilisés ». Question : quelle stabilité ?
L?histoire de la démocratie mauricienne est au contraire faite d?une longue série de déstabilisations de l?opposition. Le transfugisme a été pratiqué avec l?art d?un vieux renard par celui qui porte le nom de père de la nation : il n?a pas arrêté de soutirer à l?IFB de Sookdeo Bissoondoyal des députés de fragile conviction. L?autre technique de déstabilisation de l?opposition a été d?orchestrer une aussi longue série de revirements d?alliances. Or il faut savoir que ces alliances se sont révélées de redoutables guets-apens : à tout coup, d?un rival potentiel, le plus adroit a fait un simple bibelot.
L?alliance Ramgoolam père-Gaëtan Duval a détruit Duval. Au moment où, avec ses 42% des suffrages, Gaëtan Duval était en position de force pour établir une fois pour toutes les conditions d?une saine alternance de gouvernement, Ramgoolam lui a fait goûter le vin du pouvoir et l?a avalé cru. Toutes les alliances imaginables et inimaginables ont été essayées par tous les partis sans exception.
Le pouvoir corrompt l?opposition absolument.
Chacun peut voir que Ramgoolam fils va avaler les X.L.Duval et les M.Allet à la même sauce. Le MSM croupion et le MMM affaibli vont probablement se battre entre eux pour être avalés à leur tour. Depuis 1968 on n?a pas eu une seule fois un gouvernement solidaire contre une opposition décente. Nos politiciens changent de couleur comme des « ourites ».
Maurice a besoin de stabilité, c?est indéniable : pour l?investissement, l?égalité des chances, une formation accélérée de sa jeunesse. Mais d?autres principaux éléments de stabilité n?y sont pas ? ni de nom, ni de fait. Le Premier ministre n?a qu?à balayer devant sa porte.
Le dernier budget était le meilleur possible dans les circonstances ; pourquoi se heurte-t-il à tant de résistance ? On n?a pas confiance?
Navin Ramgoolam a promis d?effacer toutes les traces du colonialisme. Fera-t-il école à New Delhi pour qu?on « efface » le Taj Mahal et le Fort Rouge parce qu?ils sont l??uvre de la colonisation moghole ? Le passé doit-il empoisonner encore longtemps le présent pour compromettre l?avenir ? Le double langage du pouvoir est tellement évident que ses rapporteurs fidèles ? dont l?infatigable MBC - obtiennent finalement un résultat contraire à celui qu?ils sont supposés rechercher. Le gouvernement actuel n?est pas fait que de saints !
L?égalité des chances est à sens unique. Le gouvernement, sans le dire, vise le secteur privé ; mais entend-il que cette égalité règne également dans toutes les chasses gardées : le service civil, les corps paraétatiques, les petits planteurs et la filiale « maraîchers/bazardiers » ? On n?a pas confiance?
Nous ne changerons pas le passé mauricien (comme l?Australie ne changera pas le sien). Et ce n?est pas assainir le présent que de pratiquer la politique de « ôtes-toi de là que je m?y mette. » Prenons un exemple récent. Bérenger, Premier ministre de l?île Maurice aurait-il obtenu de New Delhi ce que Navin a obtenu ? Non. Dira-t-on alors que nos amis nous déstabilisent ? Pourtant, après la débâcle sucrière et l?indifférence de l?Occident, il n?y avait pas d?autre alternative que le réalignement avec nos voisins du Sud : depuis l?Afrique du Sud jusqu?à l?Australie.
Nous sommes un pays. Nous ne sommes pas encore une nation. Même l?état d?urgence économique où nous nous trouvons n?inspire pas un élan unanime. La méfiance règne. Chaque mesure suscite des arrière-pensées. Maurice est encore à faire. C?est le plus important problème de fond ; la stabilité en dépend. Le vrai père de la nation sera celui qui fera de nous une nation. Pour l?instant nous avons des statues.
Amartya Sen, un éminent politicologue d?actualité affirme que « Voice is democracy »
Les voix libres ? pas avec des muselières.
Périscope
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